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Pollution de l'eau par l'Homme : causes et solutions

Dossier - L'eau est-elle encore bleue ?

Pourquoi l'eau nous est-elle nécessaire, à nous autres, humains ? Pourquoi peut-elle être si dangereuse lorsqu'elle est infectée ? Tantôt amie, tantôt ennemie, l'eau est une richesse précieuse. Découvrez ses différentes facettes dans ce dossier.

  
DossiersL'eau est-elle encore bleue ?
 

La pollution de l'eau par l'Homme peut prendre diverses formes. Découvrez ici une page complète dédiée à ce problème, qui évoque aussi les solutions pour y remédier.

Quelles solutions pour lutter contre la pollution de l'eau ? Ici, des champs inondés. © Counselling, DP

Une grande quantité d'eau est utilisée à la fabrication des produits de consommation courante, par exemple, dans le désordre :

  • 41.500 litres d'eau pour produire un kilo de viande.
  • 500 litres d'eau pour produire une seule orange.
  • 1.340.000 litres d'eau pour produire une tonne d'aluminium.
  • 50 litres d'eau pour produire une copie de journal du samedi.
  • environ 5.000 litres d'eau pour créer un kilogramme de riz.
  • 4 litres d'eau pour produire une bouteille de bière.

Nous séparerons cette page dédiée à la pollution de l'eau en quatre parties qui, en fait, sont souvent liées :

  • la première partie sera consacrée à quelques effets de l'urbanisation sur la qualité de l'eau,
  • la deuxième à l'agriculture au sens large,
  • la troisième aux industries,
  • la quatrième aux particuliers que nous sommes tous.

Sources de pollution de l'eau par l'Homme

Voici un résumé des différentes sources possibles de pollution de l'eau :

  • Sources physiques :

    • Pollution thermique : rejets d'eau chaude centrales thermiques
    • Pollution radioactive : radio-isotopes installations nucléaires
  • Sources chimiques :

    • Fertilisants NO3, PO4 : agriculture, lessives
    • Métaux et métalloïdes : industries, agriculture, pluies acides
    • Pesticides etc. : agriculture, industries
    • Organochlorés solvants : industries
    • Composés organiques : industries
    • Agents tensio-actifs : effluents domestiques
    • Hydrocarbures : industrie pétrolière, transports
  • Sources microbiologiques :

    • effluents urbains
    • effluents d'élevage

Effets de l'urbanisation sur la qualité de l'eau

Elle n'est pas polluante en soi mais elle a beaucoup d'incidences sur la qualité de l'eau souvent indirectes. Le bétonnage de grandes surfaces favorise une accélération des écoulements et ne laisse pas le temps ni la possibilité à l'eau de s'infiltrer pour être purifiée par le terrain. D'autre part ce bétonnage systématique des villes favorise des inondations en aval à cause de l'accélération des écoulements précisément. Une autre incidence notable de l'urbanisation sur la qualité de l'eau et des milieux aquatiques est la modification du milieu et ceci est particulièrement grave quand il s'agit de rives de fleuves ou de lacs ou de côtes marines. Nous allons étudier quelques cas :

IJsselmeer, aux Pays-Bas, en 1964. © USGS
IJsselmeer, aux Pays-Bas, en 1973. © USGS
IJsselmeer, aux Pays-Bas, en 1987. © USGS

Ces images montrent les changements dans cette lagune de la côte néerlandaise. Le lac est noir et la végétation en vert, le sol nu ou bétonné apparaît en rouge.

Jusqu'en 1932 cette zone était le Zuidersee (Mer du Sud) une lagune salée de la mer du Nord. En 1968 les Pays-Bas ont construit des digues faisant ainsi de grands polders, drainés par des pompes géantes. Les roseaux ont poussé qui favorisent l'évaporation beaucoup mieux que le sol nu ! Puis on planta du colza, puis des choux et des navets (toujours des crucifères). Enfin on planta du grain et en 5 ans les terres devinrent commercialement rentables. Et les fermiers vinrent s'installer et commencèrent à construire. Puis des villages et de petites villes apparurent...

Sur l'image de 1964 le polder sud fut le dernier à être drainé et sur l'image 1973 il l'est et le sol y est cultivé. Le Markerwaard fut endigué en dernier et apparaît légèrement recouvert d'eau sur la photo 1973. Il ne fut pas drainé mais utilisé comme réservoir d'eau douce qui récolte les eaux de pluie.

On voit sur ces images une modification complète de la côte en 25 ans ! Alors que ces zones humides et peu profondes sont des milieux très riches et nécessaires à la vie marine avec des estrans particulièrement productifs...

La construction près des grands fleuves ou dans les deltas (dont les digues sont de plus en plus hautes pour protéger les habitations construites pendant des décennies sans plan directeur et sans tenir compte de la sécurité) a des conséquences dramatiques aussi bien en France que dans d'autres pays témoin la Nouvelle Orléans en 2005 avec Katrina.

La Nouvelle-Orléans, en 2005.

Ceci ne se passe pas qu'à l'étranger, les digues du Rhône ont lâché récemment et... Paris fut bien inondé en 1910, les quais sont, toujours, régulièrement fermés et le Zouave donne la mesure de la cote de la Seine...

Paris en 1910.

Il est évident que, dans ces situations extrêmes il y a pollution (égouts, cadavres d'animaux et malheureusement parfois aussi d'humains) et ceci peut prendre des proportions dramatiques si des usines sont inondées (stockage de produits toxiques). Bien de ces catastrophes seraient évitées si des mesures draconiennes d'aménagement du territoire étaient prises.

Un exemple criant est Venise avec son immense zone industrielle et portuaire à l'entrée de la lagune... et le risque de pollution majeure. Le complexe chimique de Porto Marghera compte deux entreprises chimiques dont plus de 30 anciens dirigeants sont passés en jugement parce que les ouvriers respirent de nombreux carcinogènes : chlorure de vinyle et autres...mais ils sont aussi accusés de polluer délibérément la lagune avec de la dioxine, un puissant cancérigène. De nombreuses personnes récoltent encore les crevettes dans la lagune et les vendent aux restaurants de Venise alors que le « fond de la lagune est une sorte de goudron noir et visqueux » affirme Greenpeace...

Marghera, à Venise.

Sans parler de la pollution visuelle dramatique des côtes touristiques que ce soit en France, en Croatie ou ailleurs, c'est une catastrophe écologique lente mais sûre...pas seulement pour l'eau. Les plages, qui sont des écosystèmes très fragiles, avec un fonctionnement particulier, sont complètement bétonnées : il n'y a plus de dune, plus d'espace entre la plage et la route ou la plage et les hôtels... sans parler de la pression humaine de ces vagues de migrants saisonniers qui utilisent des installations prévues pour des populations 5 ou 10 fois moindres et prennent 3 douches par jour dans des pays qui manquent d'eau....Ce n'est pas un procès fait aux touristes mais le tourisme de masse est un problème grave pour l'eau de ces régions.

Pollution de l'eau : rôle de l'agriculture et de l'aquaculture

À l'échelle du monde, l'agriculture accapare 70 % des ressources d'eau, il est donc essentiel d'avoir des cultures adaptées aux climats, une irrigation efficace réduisant les besoins d'eau et des productions agroalimentaires moins énergivores que, par exemple, l'élevage qui, en Amérique du Nord, absorbe près des deux tiers des céréales. Un récent rapport de l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires souligne avec inquiétude que, d'après les observations par satellite, l'irrigation draine les eaux souterraines beaucoup plus rapidement que leurs capacités de recharge et que 84 % des sols agricoles dans le monde ont des problèmes de fertilité.

Les pollutions agricoles sont dues à deux facteurs principaux : les produits chimiques, engrais, pesticides, fongicides, herbicides, insecticides... l'élevage avec les excréments, fumiers, lisiers... et le méthane (effet de serre)...

Les fertilisants, nitrates et phosphates, concourent ainsi à la dystrophisation (prolifération des algues, l'eutrophisation n'est pas le terme approprié, puisqu'elle peut être tout à fait naturelle) des eaux continentales et littorales, dont les conséquences économiques (impact sur le tourisme, la pisciculture, la conchyliculture...) s'ajoutent au dommage environnemental et écologique. Les pollutions ponctuelles sont localisées : fuites d'effluents, issues directement des bâtiments d'élevage ou fuites de produits de traitement des cultures liées à leur manipulation (pendant le remplissage ou la vidange des pulvérisateurs). Les pollutions diffuses, liées à l'utilisation des fertilisants et des produits de traitement des cultures dans les champs, concernent des millions d'hectares. Les régions d'agriculture intensive (liée à l'élevage ou aux grandes cultures) sont les plus touchées par la pollution.

Dystrophisation.

Les nitrates : issus de la décomposition de l'azote, on constate une évolution de leur teneur dans les eaux bien que variant considérablement dans le temps et dans l'espace, et notamment dans les eaux du robinet pour lesquelles l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a fixé un seuil admissible de 50 mg/l. Les estimations attribuent la responsabilité des rejets d'azote vers le milieu naturel à l'activité agricole pour 55%, à l'activité domestique pour 35 %, et à l'activité industrielle pour 10 %. Les quantités d'engrais azotés chimiques épandues s'élèvent en moyenne nationale (F) à 90 Kg/ha/an auxquels s'ajoutent 50 Kg/ha/an pour les effluents d'élevages. Les teneurs les plus fortes s'observent soit dans les zones de cultures céréalières et maraîchères, soit dans les zones d'élevage intensif où la production d'engrais de ferme épandue dépasse souvent les capacités d'épuration des sols et des cultures. (Voir notre dossier Marée verte et nitrate).

Bien que les connaissances actuelles soient encore incomplètes (complexité des facteurs et des phénomènes en cause), le phosphore est réputé être le facteur de maîtrise, ou facteur limitant, de l'eutrophisation pour les eaux douces continentales. Les estimations faites attribuent 25 % des rejets dans l'eau à l'activité agricole, 50 % à l'activité domestique et 25 % à l'activité industrielle. Les quantités de phosphore épandues sont de l'ordre de 30 kg/ha/an dont 60 % d'origine chimique. Ces apports de phosphore chimique ont diminué de près de 50 % en 20 ans. Cependant, les apports de phosphore issus des engrais de ferme sont concentrés dans les zones d'élevage intensif où les teneurs en phosphore des sols sont déjà élevées.

Les produits phytosanitaires : le rapport publié en 2003 par l'Institut français de l'environnement (Ifen) confirme que leur présence est préoccupante. Au total, une centaine de molécules sont détectées à des teneurs et des fréquences variables. L'essentiel de la pollution est toutefois le fait d'une dizaine de molécules, dont principalement les herbicides de la famille des triazines. L'utilisation de ces dernières est interdite à partir de septembre 2003. Cette pollution affecte en priorité les eaux de surface, les eaux côtières, puis les eaux souterraines, mieux protégées.

Et les effets sur la santé : il n'y a qu'à regarder le personnage ci-dessous et réfléchir au fait qu'on traite les vignes par hélicoptère...

Traitement phytosanitaire.

Pour maîtriser les pollutions d'origine agricole, les pouvoirs publics s'appuient sur la combinaison de différents outils : réglementaires, économiques ou basés sur le volontariat... est-ce suffisant ?

Concernant l'aquaculture la pollution se fait directement dans l'eau : les excédents de nourriture et les engrais sont des sources de dystrophisation et les antibiotiques donnés aux animaux induisent des résistances chez les bactéries d'autres animaux ou de l'homme...donc danger et les contrôles sont très limités !

L'aquaculture consiste à élever des poissons (saumon en Norvège par exemple), de mollusques (huîtres et moules par exemple) et des plantes aquatiques (Les algues, végétaux aquatiques). Elle s'exerce à partir de sujets d'élevage (engraissement en milieu naturel) ou sauvages (prélèvement et engraissement), mais elle peut aussi concerner toutes les étapes du cycle biologique. Le déclin des stocks sauvages et la demande de poisson comme source de protéine favorisent le secteur aquacole.

Aquaculture en Grèce.

Les effets : gaspillage de nourriture non consommée (de 10 à 30 %), des produits du métabolisme des poissons, des traitements chimiques pour les filets, et des produits pour traiter les poissons, les engrais pour les algues et des produits phytosanitaires. Selon les experts de l'ONU, l'aquaculture produit 110 kg d'azote par tonne de poissons produits, 12 kg de phosphore, et 450 kg de carbone. Et on ne connaît pas les effets des autres produits sur le milieu marin.

La capacité de production méditerranéenne, 5 % du chiffre mondial, a été multipliée par dix en dix ans : 96.500 tonnes annuelles en 1998. La Grèce, numéro un européen de l'aquaculture, a produit en 2000, 47,25 % de la totalité de la production de Méditerranée. 76.000 tonnes de poissons et de coquillages.

La pisciculture en chiffres

En France, un poisson sur quatre provient d'un élevage. Cette proportion atteint pratiquement 100 % pour des espèces comme le saumon ou la truite et 60 à 70 % pour le bar ou la daurade.

La pisciculture (salmoniculture, pisciculture en étang et pisciculture marine) représente 60.000 tonnes et 222 millions d'euros de chiffres d'affaires, Bretagne et Aquitaine essentiellement.

  • 66 % des sites de production ne traitent pas leurs rejets.
  • 86 % des sites ont utilisé au moins 1 produit de traitement antiseptique (le formol est le plus usité).
  • 58 % des sites ont utilisé au moins 1 antibiotique (la fluméquine est le plus répandu).
Parcs à huîtres.

La conchyliculture (huîtres, moules et coquillages) : 90.300 tonnes d'huîtres pour la façade atlantique principalement et dans ce cas il y a d'autres pollutions : l'introduction de nouvelles variétés d'huîtres ont entraîné la prolifération de la Sargasse et d'un autre coquillage (Crepidula fornicata) semble-t-il. Mais il y a plus grave, les manipulations génétiques : en effet on essaie de faire des triploïdes qui n'auraient pas de laitance, je ne sais pas exactement où en sont les recherches ...

Dans ce chapitre, on ne peut pas passer sous silence les effets dévastateurs de l'irrigation dans les écosystèmes secs.

Dans les écosystèmes secs, l'agriculture pluviale est mise en danger par l'érosion hydrique et l'érosion éolienne, l'agriculture irriguée l'est par l'engorgement et la salinisation qui menacent de nos jours l'économie de pays comme l'Irak, l'Egypte, le Pakistan... dont l'irrigation est le pivot de l'agriculture. Au Pakistan, par exemple, 67 % des terres arables sont irriguées et 40% affectées par la salinisation et en Australie occidentale la perte de production due à la salinisation du bassin de la rivière Murray dépasse les 100 millions de dollars par an et au Turkménistan, chaque nouvel hectare mis en culture remplace un hectare perdu à cause du sel ! (Voir à ce sujet le site de la FAO.

Pollutions industrielles : l'exemple du plomb

Là il y a toute la gamme des produits chimiques fabriqués, employés et rejetés par l'industrie... Tout le monde connaît le problème du pétrole (voir notre dossier Prestige : la marée était noire) nous n'en parlerons pas ici, il y a aussi les métaux lourds (chrome, cuivre, zinc, étain, mercure, plomb, cadmium, nickel, arsenic, aluminium, manganèse...).

Le plomb dans l'essence qui est maintenant interdit en Europe, revenons-y un instant, puisque, dans ce cas, on a réussi à éliminer le polluant, c'est donc un succès, laborieux, mais il faut le mentionner pour prouver que, même avec la grande industrie, on peut le faire ! Le plomb est ajouté à l'essence depuis les années 1920, pour deux raisons. Il sert à lubrifier les soupapes des moteurs et surtout a un rôle d'antidétonant, en évitant que le mélange air-essence n'explose trop tôt. Cette caractéristique est symbolisée par « l'indice d'octane ». Avec l'évolution des moteurs à essence (le plomb n'existe pas dans le diesel), la demande en indice d'octane a augmenté (plus l'indice d'octane est élevé, meilleures sont les capacités d'accélération) et l'additif de plomb est devenu de plus en plus nécessaire. Le plomb représentait alors le tiers du poids des particules émises par les gaz d'échappement. La production mondiale de plomb pour la production d'additifs aux carburants automobiles n'a cessé d'augmenter jusqu'au milieu des années 70, pour atteindre alors 380.000 tonnes de rejets par an.

Les États-Unis sont les premiers à avoir interdit le plomb dans l'essence, en 1975. La mesure s'impose, mais beaucoup plus tard, en Europe, qui devient à partir du milieu des années 80 le premier responsable des émissions de plomb dans l'atmosphère. Cette diminution prend d'abord la voie d'une réduction du pourcentage de plomb incorporé dans l'essence, grâce aux progrès des carburants et des moteurs (du maximum, dans les années 1960, qui était de 1,3 g de plomb par litre, on est passé à 0,63 g en 1970, puis à 0,15 g en 1995). La réduction passe ensuite par les mesures de prohibition, décidée d'abord de façon unilatérale dans certains pays d'Europe (pays du Nord, Allemagne) puis de façon collective, par une directive européenne. Les pratiques diffèrent cependant encore beaucoup selon les pays. Quatre pays ont une dérogation, normalement temporaire (Portugal, Espagne, Italie, Grèce). La commercialisation de l'essence sans plomb débute en France en 1990.

La substitution totale est décidée par l'arrêté du 23 décembre 1999 et est appliquée en métropole depuis le 2 janvier 2000 (une dérogation existe cependant encore dans les DOM).

Cette substitution est aujourd'hui totale. Les résultats sont immédiats. La diminution des émissions de plomb liées à l'essence est drastique. Emissions anthropiques de plomb dans l'air en France métropolitaine (en tonnes) :

--- 199019952002
Additifs dans les carburants407012500
Industries450450450
Total45201600450

Il ne faudrait pas conclure que l'automobile a cessé d'être un émetteur de métaux lourds. Plusieurs sources d'émission demeurent : plaquettes de frein (plomb), usure des pneus (zinc et cadmium), batteries en fin de vie (plomb), mais les valeurs sont évidemment considérablement réduites par rapport aux années 80, où rappelons-le, l'Europe était alors la principale source mondiale d'émission de plomb.

Il y a une grande incertitude sur les lieux de dépose et les effets du plomb automobile. Le plomb émis par le trafic automobile peut être transporté sur de très longues distances, à la surface des sols et des océans. Les particules en circulation dans l'air sont incorporées dans l'eau de pluie. Et le plomb s'accumule dans la biosphère sans possibilité d'en sortir autrement que par sédimentation.

Attention toutefois de ne pas tomber dans l'excès contraire : il semble que l'énergie dépensée pour fabriquer (carburant, engrais, irrigation, pesticides, etc.) du biocarburant est plus grande que celle qu'il peut fournir (université Cornell, New York, 2005) sans compter pollution sols donc de l'eau par engrais et pesticides.

Le plomb a été très utilisé dans la plomberie justement et beaucoup d'immeubles contiennent encore du plomb. Remplacer la tuyauterie en plomb va coûter des centaines de millions d'euros, les travaux sont immenses et dépendent des particuliers propriétaires des immeubles en question. Un bon moyen de se protéger la santé, en tous les cas, à défaut de protéger l'eau, est de laisser couler l'eau un moment avant de la boire. Mais il a aussi, et très abondamment été utilisé dans les peintures et bien des maisons ont des murs qui s'écaillent et les petits enfants jouent avec ces petits morceaux et les portent à la bouche...

Les chasseurs plombent aussi l'environnement au point que les canards du Lac de Grand-Lieu au sud de Nantes sont atteints de saturnisme ! Alors qu'il existe depuis des dizaines d'années des « plombs » en acier qui ne polluent pas (utilisés par tous les chasseurs américains depuis longtemps et à leur entière satisfaction).

La bioaccumulation

Si un bord de route, un pré, un lac est contaminé par un métal lourd par exemple ou un produit chimique (DDT, PCB, atrazine...) les herbivores vont manger une herbe « contaminée » et ils vont accumuler ces toxiques dans leur organisme. Le carnivore qui mange cet herbivore va le consommer avec son taux élevé de polluants et va lui aussi l'accumuler. Mais le carnivore va multiplier par 10 environ ce taux parce que pour « fabriquer » un kilo du carnivore qu'il est, il lui faut manger 10 kg des herbivores que sont ses proies et ainsi de suite...donc un rapace, ou l'homme, qui sont des carnivores de 2ème ou même 3ème catégorie, c'est-à-dire qui mangent des carnivores qui ont, eux-mêmes, mangé des carnivores ont multiplié par 100 ou 1.000 le taux de polluants et le taux est maintenant assez élevé pour que cela soit toxique. Un exemple : tous les vieux brochets du Lac Léman dépassent les doses légales en métaux lourds !

Pyramide des biomasses et pyramide de la cioaccumulation.

Pollution de l'eau par les particuliers

Vient ensuite notre tour en tant qu'individu responsable de pollutions !

Les jardins privés sont des sources de pollution de l'eau importante parce que, souvent, le jardinier amateur ne respecte pas les dosages indiqués sur les paquets de produits : herbicides et autres, persuadé qu'il est que « plus on en met, plus c'est efficace » ce qui est faux naturellement. Il en va de même pour les engrais...avec, là, un cri d'alarme aux golfeurs qui jouent sur des gazons qui sont des « tapis de nitrates » tapis par ailleurs extrêmement gourmands en eau. Il est vrai que quelques golfs en ont pris conscience et ont pris des mesures (drainage des terrains, récupération de l'eau de pluie, utilisation des eaux de stations d'épuration etc.) mais ils sont trop rares.

À la maison on utilise plus de 150 litres d'eau potable par personne et par jour dont 30 à 40 % pour les toilettes. Mais la sauce à salade avec son huile dans l'évier peut polluer jusqu'à 1000 litres d'eau, l'huile formant un film étanche en surface comme le pétrole, en moins toxique, mais l'huile de friture versée dans les toilettes ou dans l'évier : c'est à éviter. Il faut ensuite payer des stations d'épuration !

Les lavages de voiture qui utilisent 200 litres d'eau potable, le plus souvent : il est possible à tout un chacun de laver sa voiture moins souvent, ou/et on peut le faire avec 2 à 3 bidons d'eau (non) potable et un petit coup de jet !

Récupération des piles.

Les piles que certains jettent encore dans la nature vont polluer le sol puis l'eau avec des métaux lourds...

Les produits de nettoyage non biodégradables à 100 % et les phosphates contenus dans les produits pour lave-vaisselle, phosphates qui sont des facteurs de dystrophisation de l'eau.

Une autre atteinte à un environnement aquatique très fragile : la pêche à pied en bord de mer par centaines de personnes dans les herbiers de zoostères lors de grandes marées, ces herbiers sont allègrement piétinés pour chercher quelques bigorneaux, mais ils sont une très fragile réserve de vie et de nourriture pour les oiseaux d'eau...

Et j'en oublie sûrement... Bien sûr à l'échelle individuelle tout ceci paraît insignifiant, mais vous multiplier tous ces petits riens par 60 millions !

Pêcheurs à pied dans un herbier de zoostères en Bretagne (coeff.119). © C. König

Le 9 juin 2005, un rapport a été publié qui se veut très pessimiste sur la qualité de l'eau en France. Ainsi, l'eau, en France, n'est souvent pas de bonne qualité, et le but fixé par la directive cadre européenne de 2000 sur l'eau (qui impose aux états membres d'obtenir un bon état écologique et chimique de l'eau d'ici 2015, sous réserves de dérogations) ne pourra pas être atteint sans mesures complémentaires. Pour mesurer la qualité de l'eau, ce rapport utilise des analyses provenant de six grands bassins. D'après ce rapport, seulement 25 à 50 % « des masses d'eau (de surface et souterraines) pourront atteindre un bon état écologique en 2015 ». Ces chiffres sont d'autant plus inquiétants qu'ils se basent essentiellement sur la mesure des taux de nitrates et de pesticides (les polluants les plus fréquents) mais négligent de nombreux autres facteurs (antibiotiques, phtalates utilisés dans le PVC, micro-algues, etc.). Il est probable qu'en tenant compte de tous les facteurs, la proportion d'eau de bon état écologique serait encore plus faible. Bien entendu, ce mauvais état écologique de l'eau a des répercussions économiques, comme l'a bien montré la récente interdiction à la vente des huîtres et moules du bassin d'Arcachon pour cause de pollution par des micro-algues.

Les solutions semblent passer par des actions préventives et non curatives comme par exemple le développement de talus boisés disposés perpendiculairement à la pente pour ralentir et « filtrer » les eaux de ruissellement, le développement de pratiques culturales faisant moins appel aux pesticides comme le désherbage mécanique, et aux engrais comme l'absence d'épandage par temps de pluie ou en présence de vent, etc.

L'épuration des eaux usées est collective ou individuelle.

Solutions pour lutter contre la pollution de l'eau

Voilà une longue liste bien démoralisante, ma foi, mais il faut dire les choses clairement. Mais on a trouvé quelques remèdes... chers. À ce propos, je mentionnerai quand même que plus de 50 % du coût d'une station d'épuration est représenté par la pose des tuyaux et que, souvent ces stations ne fonctionnent ni de manière continue, c'est cher, ni de manière optimale, c'est encore cher ! et les petites communes n'ont pas toujours les moyens.

Vorticelle.

Il s'agit dans un premier temps de remplacer le système des saprobies qui est débordé par notre pollution. Après un filtrage, une décantation primaire, on envoie de l'air sous pression dans de grandes cuves brassées dans lesquelles on a installé des Protozoaires capables de consommer les matières polluantes : les Vorticelles et on peut en mettre beaucoup, jusqu'à 700 g / l. Il s'agit de l'épuration biologique. Les Vorticelles devenues lourdes sont éliminées par décantation secondaire, et traitées avec les boues.

On peut aussi traiter l'eau polluée avec un floculant puis décantation secondaire et récupération des boues floculées. On peut encore faire passer l'eau à travers du charbon actif qui va adsorber les particules polluantes, puis lavé à contre-courant, on récupère les boues et on peut remettre l'installation en service. Il s'agit alors d'une épuration dite chimique.

Usine d'épuration.

Mais la France est un grand pays et on ne peut pas faire des stations d'épuration pour chaque ferme ou habitation donc il y a beaucoup d'épuration individuelle. Il s'agit d'une fosse septique et d'un peigne d'épandage ou d'un bassin de décantation planté de roseaux, par exemple. Le traitement individuel est une bonne solution dans les régions à habitat dispersé dans la mesure où il répartit la pollution et renvoie dans la nature une eau que celle-ci peut traiter mais il faut que les fosses soient bien entretenues.

Assainissement individuel.

Toutes ces solutions sont a posteriori. Pourtant, il est tellement moins cher de prévenir ; voici quelques bons gestes pour protéger et économiser l'eau :

  • Dans la maison : les éviers, lavabos, baignoires et cuvettes de W. C. ne sont pas des poubelles. N'y jetons :

    •  ni déchet solide (cotons-tiges, serviettes hygiéniques, préservatifs, langes, litière du chat, sable des oiseaux),
    • ni huile de friture usagée,
    • ni médicaments,
    • ni liquide toxique (dissolvants, restes de peinture, décapants, bains photos, produits de traitement des plantes, etc.).

  • En plein air : les grilles de sol, souvent appelées à tort « grilles d'égout », mènent directement l'eau au lac ou à la rivière. Évitons :

    • de vidanger un moteur dans la nature ou sur une grille,
    • de laver des voitures ou autres objets sur la voie publique,
    • de verser des produits chimiques ou toxiques dans les grilles (produits de traitement pour les plantes, etc.), 
    • de vider les cendriers dans le caniveau, 
    • de jeter des mégots et autres déchets sur la chaussée,
    • de répandre des substances nocives (essence, détergents) sur le sol.

Le Rhin réhabilité après la catastrophe de Schweizerhalle

Pour terminer ce chapitre prenons un exemple « rose » : le Rhin réhabilité après la catastrophe de Schweizerhalle. Suite d'évènements, un peu longue, mais qui prouve que si tout le monde s'y met, tout est possible !

De Reichenau à la mer du Nord, le fleuve aura parcouru 1.320 kilomètres. Au total, le bassin hydrographique rhénan couvre quelque 250.000 km2, où vivent 51 millions de personnes. Il concerne la Suisse, l'Autriche, l'Allemagne, la France, le Luxembourg et les Pays-Bas. Voie fluviale la plus fréquentée d'Europe, le Rhin est navigable sur 883 kilomètres, de son embouchure à la région de Bâle. Depuis des siècles, de nombreuses villes et d'importantes zones industrielles, dont la Ruhr, occupent ses rives. Le long du fleuve s'étend un réseau ferroviaire et routier parmi les plus développés du monde. Le Rhin irrigue aussi une agriculture intensive.

La réputation de sa viticulture n'est plus à faire. Plus dangereux pour l'environnement, d'autres cultures comme le maïs, le tabac, la betterave à sucre et les produits maraîchers (souvent sous serre) consomment davantage d'engrais, sans parler des pollutions dues à l'élevage laitier et porcin. Enfin, des milliers de citoyens consomment une eau potable issue du Rhin, tandis que s'y déversent les effluents urbains. D'une part, la civilisation exerce une forte pression sur le fleuve ; d'autre part, cinq pays sont baignés par le Rhin, prototype même des eaux internationales. Le fleuve n'est devenu le cloaque de l'Europe qu'à partir du milieu du XXe siècle. Souvent, l'eau sentait le phénol et avait un goût salé.

Péniche sur le Rhin.

La nécessité de créer une instance inter-étatique permanente chargée des questions générales de pollution s'est imposée. C'est ainsi qu'est née, le 11 juin 1950, l'actuelle Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR), à l'issue d'une réunion à Bâle des représentants des Etats riverains (plus le Luxembourg), qui la financent. Les résultats se sont fait attendre. Mais, entre 1970 et 1990, les pays riverains ont implanté quantité d'installations d'épuration, travaux qui ont coûté au total 38,5 milliards de dollars. Le taux d'oxygène a augmenté régulièrement, jusqu'à ce que le Rhin retrouve une partie de sa biodiversité. Les spécialistes font toutefois remarquer que les stations d'épuration interviennent par définition après que la pollution a eu lieu ; elles limitent les effets sans s'attaquer aux causes. Et ces stations ne parviennent qu'à réduire faiblement la présence de métaux lourds dans le fleuve. La teneur du fleuve en métaux lourds (mercure, cadmium, zinc, etc.) et en substances nocives (PCB ou polychlorobiphényls, benzène ou atrasine issu des pesticides) est donc restée élevée.

En 1976, les États membres de la CIPR ont conclu une convention sur les produits chimiques : des taux maximum ont été fixés pour le cadmium, le mercure et quelques substances particulièrement polluantes. Ces mesures ont été prises à un moment où les industriels avaient la possibilité technique de s'équiper d'installations permettant d'éliminer ou d'écarter les substances dangereuses dès le stade de la production.

Le traumatisme de l'incendie de l'usine Sandoz

Durant cette année 1976, les pays riverains ont signé une convention sur les chlorures, destinée à faire passer la teneur du Rhin en sel de 500 à 200 mg/l à la frontière germano-néerlandaise. Ce taux élevé, gênant pour l'eau potable, s'expliquait notamment par les rejets des mines de potasse. Les riverains du fleuve ont ensuite vécu un véritable traumatisme en novembre 1986, lors de l'incendie de l'usine chimique Sandoz près de Bâle. À Schweizerhalle, des quantités énormes d'insecticides et de pesticides ont été déversées dans le fleuve avec l'eau utilisée par les pompiers pour combattre les flammes. La conscience environnementale a ainsi pris une autre dimension, les populations concernées et leurs représentants exigeant des industriels des mesures plus draconiennes.

Engagement a été pris de réduire de moitié, avant 1995, les taux de diverses substances polluantes jugées prioritaires. D'après ce programme, le Rhin devait redevenir un espace de vie sain pour les saumons, les brochets, les sandres, et les truites, entre autres espèces. Il fallait donc encore améliorer la qualité de l'eau. Or, cet objectif a été atteint avant l'échéance, fixée à l'an 2000. L'idée d'un écosystème intégré, qui permette au Rhin mais aussi à ses affluents d'accueillir une faune et une flore diversifiées, a progressé. En attendant, tous les problèmes de pollution n'ont pas disparu. L'un des plus graves est celui de l'immense bassin situé dans le delta du Rhin aux Pays-Bas, où sont déversées depuis les années 70 les boues draguées du port de Rotterdam, avec leurs substances toxiques. Par ailleurs, plusieurs anciens dépôts toxiques dans les sédiments du fleuve ne s'élimineront que très lentement. Enfin, tout au long du Rhin, la principale source de pollution reste les engrais agricoles qui suintent toujours vers le fleuve avec les eaux de pluie...

On pourrait, parmi d'autres, encore citer le cas du Lac Léman grand malade dont l'état s'améliore un peu et qui est surveillé de près par la Cipel.