Des chercheurs de l’université de Nouvelle-Galles du Sud (Australie) affirment qu’il y a 200.000 ans, nos premiers ancêtres vivaient dans une oasis verdoyante au milieu du désert du Kalahari, du côté de l’ancien lac Makgadikgadi, aujourd’hui transformé en désert de sel. © Diflope, Adobe Stock

Sciences

Une étude affirme que l’Homme moderne est né au Botswana

ActualitéClassé sous :Homme , Homme moderne , anthropologie

L'Homme moderne a vu le jour en Afrique il y a 200.000 ans. Mais où, exactement ? La question reste posée. Et même si certains restes de squelettes orientent les chercheurs vers l'est du continent, une nouvelle étude pointe plutôt l'Afrique australe et plus précisément, le Botswana.

Le lac Makgadikgadi, situé sur les terres du Botswana, a disparu il y a plus de 10.000 ans, laissant derrière lui un désert de sel. Mais, à en croire les récents travaux de chercheurs de l'université de Nouvelle-Galles du Sud (Australie), c'est précisément là que les premiers Hommes modernes ont vu le jour, il y a environ 200.000 ans.

Une conclusion qu'ils tirent de l'analyse de l'ADN mitochondrial de plus de 1.200 personnes vivant dans le sud de l'Afrique. « L’ADN mitochondrial, c'est un peu comme une capsule temporelle qui garderait trace des mutations qui se produisent au fil des générations », explique Vanessa Hayes, chercheur à l'université de Nouvelle-Galles du Sud.

Ainsi, les chercheurs ont reconstitué l'une des plus anciennes lignées d'ADN sur Terre, connue des spécialistes sous le nom de lignée L0. Une lignée qu'ils ont retrouvée remarquablement préservée dans certaines populations. Et c'est en identifiant où et quand cette lignée a connu ses premières divisions que les chercheurs pensent être remontés à nos origines.

Les travaux des chercheurs de l’université de Nouvelle-Galles du Sud (Australie) tentent de combiner des données génétiques, géologiques et climatiques afin de retracer l’histoire de l’humanité et de remonter à ses origines au Botswana. Aujourd’hui, à la saison humide, on y trouve l’une des plus importantes populations de zèbres d’Afrique. © efriedrich, Pixabay License

Des doutes subsistent

S'appuyant cette fois sur la géologie et sur les modèles climatiques, ils ont aussi établi que la région -- qui correspond aujourd'hui au pan de Makgadikgadi -- était alors luxuriante« L'un des écosystèmes les plus productifs de la planète », remarque Andy Moore, géologue à l'université de Rhodes (Afrique du Sud). Un environnement qualifié par les chercheurs d'écologiquement stable et propice au développement de la vie. Nos premiers ancêtres y auraient prospéré pendant quelque 70.000 ans.

Ce n'est que lorsqu'une évolution du climat a ouvert de nouvelles voies vertes à travers le désert que les Hommes ont commencé à migrer vers d'autres contrées, il y a entre 130.000 et 110.000 ans. « Les premiers migrants se sont aventurés au nord-est, suivis d'une deuxième vague de migrants qui ont voyagé vers le sud-ouest. Une troisième population est restée sur place jusqu'à aujourd'hui », raconte Vanessa Hayes.

N’existe-t-il pas aussi d’anciennes lignées ailleurs en Afrique ?

Mais déjà, certains spécialistes se déclarent sceptiques quant à ces conclusions. L'utilisation de distributions génétiques modernes pour déduire où vivaient des populations ancestrales, en particulier sur un continent aussi vaste et complexe que l'Afrique, leur apparaît comme quelque peu aléatoire. Et le fait que les travaux des chercheurs de l'université de Nouvelle-Galles du Sud se concentrent sur une région bien précise également. Comment être sûr, dans ces conditions, en effet, qu'il n'y a pas aussi d'anciennes lignées dans d'autres régions d'Afrique ?

  • L’Homme moderne a vu le jour en Afrique.
  • Quelque part au Botswana, révèle aujourd’hui une analyse d’ADN mitochondrial.
  • Mais des preuves plus solides devront être fournies pour le confirmer.
Pour en savoir plus

Origines de l'Homme : l'Afrique de l'Est n'est peut-être pas le seul berceau de l'humanité

Une découverte réalisée sur un site en Algérie brouille encore plus les cartes en ce qui concerne le lieu et la date des premiers représentants du genre Homo et surtout du début de l'industrie lithique. L'histoire de l'Humanité pourrait bien prendre naissance non seulement en Afrique de l'Est mais aussi en Afrique du Nord.

Article de Laurent Sacco paru le 01/12/2018

Premier représentant officiel du genre humain, voici Homo habilis, l’« homme habile », ici représenté par une femelle ! Il fut ainsi nommé parce qu’il avait été trouvé non loin d’outils dont on sait aujourd’hui qu’ils ne sont aucunement le propre de l’homme. © Dunod, tous droits réservés

L'arbre généalogique des hominines s'est singulièrement compliqué depuis environ 50 ans. Il apparait particulièrement buissonnant et avec des hybridations. Pour s'en convaincre, rappelons-nous que Lucy et ses congénères ne sont plus considérés comme à l'origine du genre Homo et que l'on a trouvé des traces génétiques de l'Homme de Neandertal chez Homo Sapiens.

Depuis des décennies, la région du site d'Ain Hanech (Sétif), découvert en Algérie à la fin des années 1940 par le paléontologue Camille Arambourg, est fouillée sous la direction de son homologue, Mohamed Sahnouni, du Centre national d'investigation sur l'évolution de l'humanité (CNIEH). On estime qu'il est âgé de 1,8 millions d'années environ mais celui d'Ain Boucherit, à proximité, pourrait bien dater d'environ 2,4 millions d'années. Ce qui change tout, à la lecture de l'article publié dans Science par des chercheurs issus de différentes institutions, algériennes, espagnoles, australiennes et françaises et qui a réuni plusieurs disciplines : archéologie, géologie, paléontologie, géochronologie, taphonomie et archéozoologie. Dans la vidéo ci-dessous, Mohamed Sahnouni, coordinateur du programme d'archéologie du CNIEH explique la découverte qu'il a faite avec ses collègues.

Le groupe de chercheurs comprend, pour l’Algérie, le Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH), de l’Université Alger II et l’Université Sétif II ; pour l’Espagne,  l’Institut de Paleoecologia Humana et Evolucion Social et le Museo Nacional de Ciencias Naturales, le Centro Nacional de Investigacion Sobre la Evolucion Humana ; la Griffith University, pour l’Australie ; et le Musée National d’Histoire Naturelle, en France. Traductions et sous-titrages en cliquant sur l'écrou, en bas à droite de la vidéo. © CENIEH 

Une diffusion rapide de l'Oldowayen ou une naissance multiple et indépendante ?

En effet, les paléontologues annoncent qu'ils ont découvert à Ain Boucherit des preuves d'une industrie lithique du Paléolithique inférieur visiblement typique de l'Oldowayen : plus de 250 pierres taillées en calcaire ou en silex, notamment des choppers et des nucleus. La fabrication et l'utilisation d'outils de coupe à arêtes vives, en pierre, démontrent des activités de boucherie, un traitement des carcasses d'animaux, sur environ 600 ossements d'éléphants, d'hippopotames, de rhinocéros, d'équidés ou de  bovidés.

Il s'agit donc clairement de traces d'une technologie de subsistance, et doncd'une activité d'hominines remontant à 2,4 millions d'années, avec la réserve qu'il convient d'émettre quant à la datation restant approximative. Toutefois, comme dans le cas des autres traces d'industries lithiques, il y a plus d'un million d'années en Afrique, nous n'avons encore aucun os des hominines les ayant produits. L'Homo Habilis, le premier représentant du genre homo connu, semble apparaître entre 2,3 et 2,1 millions d'années. Ce qui laisse supposer que Homo lui-même est apparu quelques centaines de milliers d'années auparavant.

Mais l'espèce ayant vécu, il y a 2,4 millions d'années à Ain Boucherit, pourrait être totalement inconnue jusque là. Toujours est-il que l'on n'imaginait pas sa présence à cette période en Afrique du Nord, ni qu'elle soit associée avec une industrie lithique à « galets aménagés », cette dernière semble être apparue il y a 2,6 millions d'années (pour le moment) et, pensait-on jusqu'alors, spécifiquement en Afrique de l'Est. Rappelons que l'Oldowayen doit son nom aux gorges d'Olduvai en Tanzanie, où il a été reconnu et défini par les célèbres Louis et Mary Leakey en 1936.

Contrairement aux sites tanzaniens, la datation du site de Ain Boucherit n'a pas été aisée car il n'y a pas de saupoudrage de cendres d'éruptions volcaniques permettant d'utiliser les méthodes de la géochronologie isotopique. Les chercheurs se sont donc appuyés sur d'autres méthodes comme l'étude du paléomagnétisme.

Finalement, il est avéré que les hominines étaient présents dans le pourtour méditerranéen de l'Afrique du Nord plus tôt qu'on l'avait imaginé et que, au minimum, l'industrie lithique de l'Oldowayen pourrait s'être répandue, comme les hominines, plus rapidement que prévue sur le continent africain

Mais l'article de Science va plus loin dans sa conclusion. La diffusion de la technologie  de l'Oldowayen semble bien trop rapide si elle ne date que de 2,6 millions d'années, compte tenu de la barrière que devait déjà être le Sahara à cette époque, même si l'on peut penser qu'il était plus accueillant. Avec des découvertes à venir en Afrique du Nord, on pourrait être amené à conclure que les hominines ont évolué selon plusieurs foyers dans toutes l'Afrique, et pas, seulement, en Afrique de l'Est, inventant indépendamment une technologie similaire car encore trop rudimentaire pour être diversifiée et donc presque par nécessité unique à ses débuts.


L’Homme moderne vient-il d’Afrique de l’Est ou du Sud ?

Article de Jean-Luc Goudet publié le 09/03/2011

D'après une étude génétique sur des populations africaines, le berceau de l'Humanité serait plutôt l'Afrique du Sud où l'on rencontre encore aujourd'hui une très grande diversité génétique.

L'Homme moderne, c'est-à-dire Homo sapiens, semble bien être apparu en Afrique et plus précisément en Afrique de l'Est. C'est l'hypothèse admise aujourd'hui et qui avait été étayée, notamment, par l'analyse génétique du programme Genographic. Elle vient d'être remise en cause par une équipe d'anthropologues des États-Unis après une étude conduite dans plusieurs peuples de chasseurs-cueilleurs d'Afrique du Sud (comme les Bushmen Khomani, adeptes de la langue à clics, en Afrique du Sud) et dans des populations d'Afrique du Nord (notamment les Massaï au Kenya).

Chez ces vingt-sept populations, les chercheurs ont analysé 580.000 SNP (Single Nucleotide Polymorphism), des petites variations au sein de l'ADN, très communes, qui représentent les neuf dixièmes de la différence génétique entre deux personnes. Les résultats viennent d'être publiés dans la revue Pnas. Verdict : les résultats obtenus penchent du côté d'une origine sud-africaine des groupes ethniques actuels.

Une histoire plus complexe ?

Selon eux, les six populations subsahariennes de chasseurs-cueilleurs partagent un ancêtre commun distinct des ethnies agricultrices. Les auteurs eux-mêmes soulignent cependant que leur étude porte sur un petit nombre d'individus (47 personnes pour les Bushmen par exemple).

Ils concluent tout de même à une variété génétique remarquablement élevée pour les chasseurs-cueilleurs d'Afrique du Sud, en particulier les Khomani et les Bushmen de Namibie. Schématiquement, la diversité génétique diminue du sud au nord de l'Afrique, ce qui situerait au sud du continent l'origine des populations humaines.

S'exprimant dans BBC News, l'anthropologue britannique Chris Stringer émet un doute sur la conclusion, arguant que les peuples actuels de chasseurs-cueilleurs sont issus de populations bien plus vastes dont le territoire était très étendu et qu'il est donc difficile de remonter 60.000 ans plus tard à une origine géographique précise.

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