Reconstitution de l’enterrement de l’enfant par des Néandertaliens à La Ferrassie, en Dordogne (France). Illustration d’Emmanuel Roudier, publiée dans Qui était Néandertal ? l’enquête illustrée, aux éditions Belin. © Emmanuel Roudier
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Néandertal enterrait ses morts, c'est confirmé !

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Depuis un demi-siècle, les quelques ossements d'un très jeune enfant retrouvés sur le site de La Ferrassie, en Dordogne, étaient restés inexploités. Une équipe pluridisciplinaire a repris les carnets de fouilles et s'en est retournée sur les lieux de cette découverte afin de mieux comprendre les pratiques funéraires de Néandertal qui, grâce à la reprise de cette étude, se trouvent confirmées.

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[EN VIDÉO] Archéologie : découvrez le passionnant travail de l'anthropologue  Lors de recherches archéologiques, il n’est pas rare de trouver d’anciens sites d’inhumation. Ces tombes renferment en général de nombreux indices et témoignages des civilisations passées que l’anthropologue saura interpréter précisément. L’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) nous parle de son travail au cours de cette courte vidéo. 

L'inhumation des morts a-t-elle été pratiquée par Néandertal ou est-ce une innovation propre à notre espèce ? Il existe des indices en faveur de la première hypothèse. Des dizaines de squelettes enfouis de Néandertaliens ont été découverts en Eurasie, et certains scientifiques en ont déduit que, comme nous, Néandertal enterrait ses morts mais certains scientifiques restaient sceptiques car les fouilles qui ont révélé la plupart des squelettes les mieux conservés, au début du XXe siècle, n'étaient pas menées avec les standards de qualité actuels.

C'est dans ce cadre que, pour la première fois, une équipe internationale dirigée par les paléoanthropologues Antoine Balzeau, du CNRS et du Muséum national d'Histoire naturelle, et Asier Gómez-Olivencia, de l'université du Pays basque (Espagne), démontre avec des critères diversifiés qu'un enfant néandertalien a été inhumé par les siens probablement il y a près de 41.000 ans sur l'un des sites néandertaliens les plus célèbres en France : l'abri sous roche de La Ferrassie, en Dordogne. Leur étude est publiée dans la revue Scientific Reports.

Après six squelettes néandertaliens découverts au début du XXe siècle, le site en avait livré un septième entre 1970 et 1973, appartenant à un enfant d'environ 2 ans. Mais, depuis près d'un demi-siècle, les collections associées à ce spécimen restaient inexploitées dans les réserves du Musée d'archéologie nationale.

La Ferrassie en huit dates. Vue du dessus d’un modèle 3D de la zone fouillée en 2014 où a été découvert le Néandertalien La Ferrassie 8 (en haut). Plan en 2D des restes de l’enfant et des objets associés (au milieu). Projection dans la direction Est-Ouest de tous les objets découverts dans cette zone du site (en bas). Les restes archéologiques associés à l’enfant néandertalien (représentés par les points rouge et verts) sont bien séparés de la couche située au-dessus (point gris) et ne suivent pas l’orientation naturelle des autres couches archéologiques. Les âges obtenus par 14C (localisés par des points et flèches jaunes) montrent que le fossile humain directement daté est plus récent que les objets venant de la couche située au-dessus et que le sédiment, daté par la méthode OSL (points bleus et valeurs en bleu), qui l’entoure. © Antoine Balzeau, CNRS, MNHN

Nouvelle exploration minutieuse des carnets de fouilles

L'équipe pluridisciplinaire rassemblée par les deux chercheurs a rouvert les carnets de fouilles et passé en revue le matériel collecté à l'époque, révélant 47 nouveaux os humains non identifiés lors des fouilles, appartenant sans aucun doute au même squelette. Les scientifiques ont aussi analysé de manière poussée les ossements : état de conservation, étude des protéines, génétique, datation...

Ils sont enfin retournés à La Ferrassie dans l'espoir de retrouver d'autres fragments du squelette, en vain... Mais ce retour sur le terrain, associé aux carnets de leurs prédécesseurs, a permis de reconstituer et d'interpréter la distribution spatiale des restes humains et des rares ossements animaux associés.

Recherche dans les caisses issues des fouilles des années 70 à La Ferrassie, entreposées au Musée d’Archéologie nationale, Saint-Germain-en-Laye. Des milliers de restes osseux ont été triés et 47 nouveaux restes fossiles appartenant à La Ferrassie 8 ont été reconnus. © Antoine Balzeau, CNRS, MNHN

Les chercheurs et chercheuses ont montré que le squelette reposait dans une couche de sédiments inclinée vers l'ouest (la tête, à l'est, plus haute que le bassin), alors que les autres couches stratigraphiques du site sont inclinées vers le nord-est. La position des os, relativement peu dispersés, restait conforme à l'anatomie. Leur conservation, meilleure que celle des os de bison et d'autres herbivores retrouvés dans la même strate, indique un enfouissement rapide après la mort. Par ailleurs, le contenu de cette couche s'est révélé plus jeune que les sédiments alentours.

La zone dans laquelle le squelette néandertalien La Ferrassie 8 a été découvert. © Antoine Balzeau, CNRS, MNHN

Enfin, un minuscule ossement, identifié comme humain par les protéines conservées en son sein et comme néandertalien par son ADN mitochondrial, a été daté directement grâce par la méthode du carbone 14. Âgé de 41.000 ans environ, cela en fait l'un des plus récents restes néandertaliens datés directement.

Le corps d'un enfant néandertalien de deux ans a donc bien été déposé dans une fosse creusée dans une couche sédimentaire, probablement il y a 41.000 ans. D'autres découvertes seront nécessaires pour comprendre la chronologie et l'extension géographique des pratiques funéraires de Neandertal.

L’ensemble des restes humaines attribués à La Ferrassie 8, présenté lors d’une exposition au Musée national de Préhistoire aux Eyzies de Tayac. © Musée national de la Préhistoire
Pour en savoir plus
L'Homme de Néandertal enterrait intentionnellement ses défunts

Article de Quentin Mauguit, publié le 18 décembre 2013

L'Homme de Néandertal découvert en 1908 à La Chapelle-aux-Saints a probablement été enterré intentionnellement. Voici une nouvelle observation qui confirme l'existence de pratiques funéraires en Europe de l'Ouest avant l'arrivée des premiers Hommes modernes. Elle nous rappelle également l'importance des capacités cognitives dont faisait preuve cet hominidé. 

La question suscite des controverses depuis plus d'un siècle : l'Homme de Néandertal enterrait-il ses morts ? La question a une première fois été soulevée par Amédée, Jean et Paul Bouyssonie qui, en août 1908, ont découvert les restes parfaitement conservés d'un Homo neanderthalensis dans la grotte Bouffia Bonneval, près de La Chapelle-aux-Saints (Limousin, France). L'indice qui leur a suggéré l'existence de ce comportement : le défunt reposait couché en position fœtale dans une cavité qui semble avoir été creusée à même le sol.

Cette découverte avait plusieurs implications. Premièrement, elle suggérait que des pratiques funéraires avaient cours en Europe de l'Ouest avant l'arrivée des premiers Hommes modernes (Homo sapiens). Deuxièmement, elle sous-entendait que les capacités cognitives et symboliques d'Homo neanderthalensis étaient bien plus importantes qu'on ne l'a cru durant le Pléistocène supérieur (il y a environ 50.000 ans). Bref, voilà de quoi motiver les plus sceptiques. Pourquoi le corps n'aurait-il pas pu tout simplement tomber dans une cavité naturelle ? Ajouter à cela qu'ils peuvent également s'appuyer sur des lacunes observées dans le protocole de fouille de 1908 pour émettre leurs critiques.

En  1999, un programme de recherche a vu le jour afin d'étudier la présence de l'Homme de Néandertal dans plusieurs cavités naturelles de la région de La Chapelle-aux-Saints. Dans ce contexte, la Bouffia Bonneval, mais aussi les ossements qui en ont été extraits, ont été réétudiés en 2011 et 2012. Les résultats obtenus corroborent fortement l'hypothèse des frères Bouyssonie. Ils viennent d'être présentés dans la revue Pnas par William Rendu (Center for International Research in the Humanities and Social Sciences) et 13 de ses collaborateurs.

Voici le crâne d’Homo neanderthalensis extrait de la grotte Bouffia Bonneval en 1908. Il appartenait à un vieillard dont plusieurs éléments ostéologiques suggèrent qu’il avait du mal à se déplacer sans aide. © Luna04, Wikimedia Commons, cc by 3.0

Des os restés intacts au cours du temps

Des restes d'un adulte et de deux enfants ont été mis au jour durant les fouilles archéologiques, en plus d'ossements de bisons et de rennes. La cavité dans laquelle le corps a été trouvé en 1908 ne porte aucune trace de l'utilisation d’outils. Cependant, des analyses géologiques suggèrent qu'elle n'est probablement pas naturelle, et donc qu'elle a été creusée. Ces quelques indices ne suffisent pas pour tirer des conclusions. Passons donc à la suite...

D'autres éléments probants ont été recherchés sur les ossements en la possession des chercheurs. Les restes de bisons et de rennes montrent qu'ils ont été convoités par des charognards et soumis aux intempéries (ils ont été lissés avec le temps). En revanche, les os de La Chapelle-aux-Saints 1, la référence scientifique du squelette découvert en 1908, sont parfaitement conservés. Ils présentent peu de fissures, ne sont pas lisses et n'ont visiblement pas été affectés par des animaux en mal de viande. 

Une explication peut justifier ces points : la dépouille a rapidement et intentionnellement été ensevelie, ce qui traduirait un soin porté aux défunts et donc l'existence de pratiques funéraires. Indirectement, cette conclusion confirme l'importance progressivement reconnue des capacités cognitives de cet hominidé.

La grotte Bouffia Bonneval se trouve dans la vallée de la Sourdoire, près de La Chapelle-aux-Saints. Visible sur la photographie, la tombe a été creusée dans un lit de marne. Elle fait environ 39 cm de profondeur. © Cédric Beauval

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