L’Homme de Neandertal a cohabité avec l’Homme moderne. © Ginettigino, Fotolia

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Exceptionnel : Shanidar Z, un nouveau Néandertal enterré dans la « tombe fleurie »

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Soixante ans après sa découverte, la grotte de Shanidar regorge encore de trésors. Elle est connue pour abriter la « tombe fleurie » où dix squelettes de Néandertal ont été retrouvés dont l'un était entouré de fleurs. En septembre 2019, un autre squelette est découvert. Lui aussi a été inhumé selon des rites funéraires propres.

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Le trésor découvert dans la grotte de Shanidar située dans la région du Kurdistan-Irakien n'est pas fait d'or mais d'os. En septembre 2019, des archéologues de l'université de Cambridge ont exhumé le premier squelette articulé de Néandertal, le premier depuis près de dix ans ; les deux précédents squelettes avaient été retrouvés au sud-est de l’Espagne. Quant au nouveau squelette déterré, baptisé Shanidar Z, il reposait à proximité des dix squelettes de la fameuse « tombe fleurie ».

Cette découverte a fait l'objet d'une publication détaillée publiée récemment dans Antiquity et renforce l'hypothèse, encore débattue, que l'Homme de Néandertal enterrait volontairement le corps des défunts.

Les os que la partie supérieure du corps de Shanidar Z retrouvés dans la grotte du même nom en septembre 2019. © Graeme Barker

Shanidar Z, le penseur préhistorique

Plus de 50 ans après sa découverte, une équipe d'archéologues retourne dans la grotte de Shanidar pour collecter des échantillons de sédiments. Ils ne s'attendaient pas à trouver un squelette intact et articulé, c'est-à-dire sur lequel les os sont à leur emplacement anatomique. Pour le moment, seul le haut du squelette, du dénommé Shanidar Z, a pu être correctement exhumé, les membres inférieurs semblent manquants.

Les premières analyses estiment l'âge de ce squelette entre 60.000 et 70.000 ans. Il s'agirait d'un adulte d’âge moyen, dont le sexe reste encore à déterminer. Shanidar Z a été retrouvé dans une position particulière qui pourrait rappeler celle du Penseur de Rodin : sur le dos avec la tête reposant sur le côté gauche de la main gauche. Une pierre triangulaire à proximité semble avoir été placée entre l'épaule droite et la tête au moment de l'enterrement.

Ces éléments orientent les scientifiques sur la piste d'un enterrement volontaire et éloigne l'hypothèse d'une mort accidentelle. « La nouvelle excavation suggère que certains de ces corps furent déposés dans un canal sur le sol de la grotte creusée volontairement grâce à de l'eau. C'est une preuve importante que Shanidar Z a été enterré sciemment », explique Graeme Barker, dans un communiqué de presse.

Le corps se situe juste en-dessous de Shanidar 4, l'un des dix individus découverts par Ralph Solecki en 1962, retrouvé allongé en position fœtale sur le flanc gauche.

Une représentation simple de la position dans laquelle Shanidar Z a été placé après sa mort. La forme grise derrière sa tête représente la pierre triangulaire retrouvée à proximité de son crâne. © Emma Pomeroy

La « tombe fleurie », un site archéologique de première importance

La grotte de Shanidar a révélé ses premiers trésors dans les années 1950-60. À l'époque, dix squelettes d'hommes, de femmes et d'enfants avaient été extraits de la grotte. La présence de pollen autour de l'un des squelettes, Shanidar 4, avait piqué la curiosité de Ralph Solecki, l'archéologue découvreur du site.

Il avait alors émis l'hypothèse que les Hommes de Néandertal avaient intentionnellement placé les fleurs autour des corps. S'ensuivirent des décennies de controverses sur les rites funéraires de cette espèce d'hominidés considérée comme « primitive ». Aujourd'hui encore, les débats sur les pratiques culturelles des Néandertaliens sont toujours en cours.

« Ces dernières années, les preuves que les Néandertaliens étaient plus sophistiqués qu'on le croyait s'accumulent : des marques sur les grottes en passant par les coquillages décorés. [...] Si les Hommes de Néandertal utilisaient la grotte de Shanidar pour des enterrements rituels répétés de leurs morts, cela suggérerait une culture complexe d'un autre ordre », explique Emma Pomeroy, archéologue et première auteure de l'étude, dans ce même communiqué.

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