Des motifs néandertaliens dans la grotte de La Pasiega (région de Cantabrie). © Paul Saura

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L'Homme de Néandertal a-t-il peint les premières fresques rupestres du monde ?

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La paléoanthropologie vit-elle une révolution ? Découvertes en Espagne, des peintures rupestres remonteraient à -64.000 ans. Or, seul l'Homme de Néandertal était présent dans cette région à cette époque. Ce qui montrerait qu'il était tout aussi capable qu'Homo sapiens d'une pensée symbolique. Tout est au conditionnel car les datations, qui viennent d'être réalisées, restent à confirmer.

L'Homme de Néandertal a été découvert en Europe, plus précisément en Allemagne, en 1856. D'abord considéré comme une sorte de précurseur primitif de l'Homme moderne, au mieux comme une sous-espèce d'Homo sapiens nommée Homo sapiens neanderthalensis, son statut a bien changé depuis quelques dizaines d'années. Elle est aujourd'hui considérée comme une espèce à part entière (Homo neanderthalensis), même si les progrès de la paléogénétique ont montré qu'il y a eu des hybridations avec H. sapiens et qu'une partie du patrimoine génétique de Néandertal survit chez les Européens actuels.

Les causes de sa disparition, il y a environ 30.000 à 40.000 ans, restent encore incomprises. Une infériorité cognitive a été supposée, impactant les liens sociaux et la technologie. Mais plus les connaissances sur les Néandertaliens progressent, plus ces différences s'amenuisent. Jusqu'à aujourd'hui, il est en général considéré que l'art dans sa dimension symbolique est l'apanage de l'Homme moderne, tout comme la préoccupation pour les défunts.

Plusieurs découvertes remettent pourtant en cause cette vision. En Espagne, sur des sites incontestablement attribuables à des Néandertaliens, des coquillages utilisés comme parure ou récipient à maquillage remontent à au moins 50.000 ans. Les plus anciennes parures retrouvées étaient attribuées à Homo sapiens et provenaient d'Afrique, plus précisément de la grotte des Pigeons au Maroc (-82.000 ans) et celle de Blombos (-75.000 ans) en Afrique du sud.

Autre exemple, la fameuse découverte de la Chapelle-aux-Saints en 1908. De nouvelles fouilles, voilà quelques années, ont démontré que des Néandertaliens avaient bel et bien creusé une tombe il y a 60.000 ans environ pour y déposer un de leur défunt.

Une présentation des peintures rupestres néandertaliennes. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Kate Rogers

Des peintures néanderlaliennes du paléolithique moyen ?

La frontière entre Homo neanderthalensis et Homo sapiens est peut-être encore plus mince qu'on ne l'imaginait si les datations avancées par une équipe de chercheurs menée par Dirk Hoffmann de l'institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste (Leipzig, Allemagne) publiées dans Science Advances sont confirmées par des études ultérieures. En effet, des peintures rupestres trouvées en Espagne dans les grottes de La Pasiega (région de Cantabrie), Maltravieso (Estrémadure) et Ardales (Andalousie) seraient âgées d'au moins 64.000 ans, d'après une méthode de datation de type uranium-thorium (U-Th) utilisée pour dater des concrétions carbonatées en calcite recouvrant ces peintures.

La datation peut être questionnée, rien ne prouverait vraiment que l'évolution des rapports des isotopes par désintégration radioactive s'est faite dans un système clos, de sorte que certaines des abondances pourraient avoir été faussées par des infiltrations. Mais si elle est exacte, elle prouve que ces peintures ont été réalisées environ 20.000 ans au moins avant l'arrivée d'Homo sapiens en Europe. Elles seraient donc sans discussion possible l'œuvre de Néandertaliens. Comme le montre la vidéo ci-dessus, les trois grottes contiennent des peintures principalement en rouge, parfois en noir, montrant des groupes d'animaux, des points et autres signes géométriques ainsi que des pochoirs à la main.

Toutes ces découvertes semblent montrer de manière convaincante que les Néandertaliens n'avaient probablement rien à nous envier au point de vue cognitif et que l'apparition des traits propres à l'Humanité doit être plus ancienne qu'on ne le pensait, remontant à des ancêtres communs d'Homo neanderthalensis et Homo sapiens.

  • La pensée symbolique, sans usage pratique, est l'une des caractéristiques de l'Homme moderne, notamment avec l'art.
  • De nouvelles datations de peintures rupestres dans trois grottes espagnoles par une méthode uranium-thorium conduisent à les attribuer à l'Homme de Néandertal. Les âges trouvés sont d'au moins 64.000 ans, soit 20.000 ans au moins avant l'arrivée d'Homo sapiens en Europe.
  • Ces datations restent à confirmer mais elles prouveraient que l'Homme de Néandertal avait des capacités cognitives similaires à celles de l'Homme moderne.
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