Plus de 60 % des vertébrés ont disparu depuis 1970. Les chimpanzés sont notamment menacés. © sivanadar, Shutterstock

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Biodiversité : plus de 60 % des animaux sauvages ont disparu depuis 1970

ActualitéClassé sous :développement durable , WWF , rapport Planète vivante

Tous les deux ans, le Fonds mondial pour la nature (WWF) publie un rapport intitulé « Planète vivante », basé sur des analyses d'experts. Objectif : faire le point sur la dégradation des écosystèmes. Le dernier en date est encore plus alarmant que le précédent. Et le directeur du WWF appelle à un accord mondial pour sauver la nature.

Ce ne sont pas moins d'une cinquantaine d'experts qui ont contribué à la rédaction du dernier rapport « Planète vivante » publié par le Fonds mondial pour la nature (WWF). Il reprend notamment de grandes études scientifiques publiées sur le thème du déclin accéléré des populations animales sur Terre. Voici quelques-unes de ses conclusions.

Les effectifs s’effondrent et des espèces disparaissent

De 1970 à 2014, le rapport basé sur le suivi de plus de 16.700 populations (4.000 espèces) conclut que le nombre de vertébrés sauvages - des mammifères, poissons, oiseaux, reptiles et amphibiens - s'est effondré de 60 % alors que le précédent rapport évoquait un recul de 52 %. Le déclin des animaux d’eau douce atteint même 83 %, sous le coup de la surexploitation, parfois involontaire comme pour les dauphins de rivière, du fait de prises accidentelles en filets, et de la perte des habitats. Globalement la dégradation des habitats représente la menace la plus signalée. Et le déclin de la faune concerne tout le globe, avec toutefois des régions particulièrement affectées, comme les Tropiques.

L'index d’extinction montre une très forte accélération pour cinq grands groupes : les oiseaux, les mammifères, les amphibiens, les coraux et les cycadales, une famille de plantes anciennes. De manière générale, le taux d'extinction des espèces est de 100 à 1.000 fois supérieur à ce qu'il était il y a seulement quelques siècles, avant que les activités humaines commencent à altérer la biologie et la chimie terrestres. Ce qui, pour les scientifiques, signifie qu'une extinction de masse est en cours, la 6e seulement en 500 millions d'années.

La zone Caraïbe/Amérique du Sud affiche un bilan « effrayant » et le tapir des Andes en est un symbole : le nombre de vertébrés sauvages s’est effondré de - 89 % en 44 ans. Amérique du Nord et Groenland s’en sortent un peu mieux, avec une faune à - 23 %. La vaste zone Europe, Afrique du Nord et Moyen-Orient est à - 31 %. © Vladimir Wrangel, Fotolia

Des limites ont été atteintes

En 2009, les scientifiques ont mesuré l'impact des besoins croissants de l'humanité sur les « systèmes terrestres ». Ces derniers ont un seuil critique au-delà duquel le monde entre en territoire périlleux. Pour le climat, ce seuil est + 1,5 °C de réchauffement (par rapport au niveau préindustriel), ont souligné les experts climat de l'ONU en octobre.

À ce stade, nous avons déjà franchi deux autres « limites planétaires », avec les pertes d'espèces et le déséquilibre des cycles de l'azote et du phosphore (résultant de l'usage d'engrais et de l'élevage intensif). Pour la dégradation des sols, l'alerte est au rouge. L'acidification de l'océan et la ressource en eau douce n'en sont pas loin. Quant aux polluants chimiques, de type perturbateur endocrinien, métaux lourds et plastiques, nous ne savons pas encore quel est le seuil critique.

Les technologies et une meilleure gestion des sols ont légèrement amélioré la capacité de renouvellement des écosystèmes, note le WWF, mais cela n'a pas compensé l'empreinte écologique de l'homme, trois fois plus marquée depuis 50 ans.

Les forêts en plein déclin et les océans au bord de l'épuisement

Près de 20 % de la forêt amazonienne, la plus grande du monde, a disparu en 50 ans. Dans le monde, les forêts tropicales continuent de reculer, principalement sous la pression des industries du soja, de l'huile de palme et de l'élevage. Entre 2000 et 2014, le monde a perdu au total 920.000 km2 de forêts intactes, une surface quasi égale à la France et l'Allemagne réunies. Selon des données satellitaires, ce rythme a crû de 20 % de 2014 à 2016 par rapport aux 15 ans précédents.

Depuis 1950, plus de six milliards de tonnes de produits de la mer ont été pêchés. Devant l'effondrement du stock, les prises ont atteint leur maximum en 1996 et depuis déclinent doucement.

Plus globalement, chaque année, le « jour du dépassement » avance, ce jour à partir duquel le monde a consommé toutes les ressources que la planète peut renouveler en un an. En 2018, c'était le 1er août.

Pour inverser la tendance de la dégradation des écosystèmes, le directeur général du WWF International appelle notamment à une révolution culturelle qui valorise vraiment la nature, lui donne, au sens propre, une valeur. © Thomas Hulik, Fotolia

Un appel à une mobilisation générale

Ainsi pour le directeur général du WWF International, Marco Lambertini, le monde doit trouver un accord pour sauver la nature. « Préserver la nature ce n'est pas juste protéger les tigres, les pandas ou les baleines que nous chérissons. C'est bien plus vaste : il ne peut y avoir de futur sain et prospère pour les hommes sur une planète au climat déstabilisé, aux océans épuisés, au sol dégradé et aux forêts vidées, une planète dépouillée de sa biodiversité. L'attention s'est beaucoup concentrée sur le climat, à juste titre. Mais nous avons oublié les autres systèmes. La seule bonne nouvelle est que nous savons exactement ce qui est en train de se passer. Les efforts de conservation déjà consentis ont porté leurs fruits. Mais l'approche doit changer. Car nous voici face à une accélération sans précédent des impacts. Comme à Paris pour le climat, nous devons montrer les risques qu'il y a pour nous, les humains, à perdre la nature. Dans les 12 prochains mois, nous - entreprises, gouvernements, ONG, chercheurs, etc. - devrons aussi définir un objectif clair et parlant, qui soit l'équivalent de l'objectif 1,5 °C/2 °C du climat. »

  • Selon le dernier rapport du WWF, les effectifs animaliers s’effondrent et les espèces disparaissent de manière inquiétante.
  • Les milieux naturels – comme les forêts ou les océans – sont à la peine.
  • Les mesures de préservation locales ne suffisent plus. Des actions doivent être entreprises au niveau mondial.
Pour en savoir plus

Biodiversité : plus de la moitié des vertébrés ont disparu depuis 1970

Le Fonds mondial pour la nature (WWF) vient de publier son rapport biennal sur la dégradation des écosystèmes de la planète. Cette année, l'organisation s'alarme du déclin rapide des effectifs parmi les populations de vertébrés, un phénomène qui commence à ressembler à une extinction de masse.

Article de Sylvain Biget paru le 27/102016

Tous les deux ans, le WWF publie son rapport Planète vivante dressant l'état des lieux écologique de la planète. L'édition 2016 confirme encore une fois la disparition à un rythme soutenu des vertébrés recensés par l'organisation sur l'ensemble de la planète. Pour livrer un message choc au public, le WWF met en avant une réduction sur 42 ans (1970 - 2012) de 58 % des effectifs des espèces de vertébrés (poissons, oiseaux, mammifères, reptiles, amphibiens) qu'il suit. Ce chiffre dramatique ne concerne pas l'ensemble des vertébrés de la planète, mais 14.152 populations suivies, représentant 3.706 espèces. Le WWF a donné l'appellation d'Indice Planète vivante (IPV) à la mesure de l'évolution de la biodiversité.

Il s'agit toutefois d'un indicateur certain d'un déclin accéléré de ces espèces. Ce constat ne concerne pas uniquement les espèces emblématiques, régulièrement mises en avant, mais toute la biodiversité qui vient maintenir en bonne santé l'écosystème des forêts, des fleuves et des mers.

Ainsi, toujours entre 1970 et 2012, selon l'organisation, les populations de vertébrés terrestres ont vu leurs effectifs baisser de 38 %. Pour les animaux d'eau douce, l'abondance s'est effondrée de 81 % et elle a fondu de 36 % chez les vertébrés marins.

La sixième extinction de masse des espèces est en route

À force de subir une baisse de leurs effectifs, les populations peuvent finir par disparaître, entraînant la fin de l'espèce. Cette année, des chercheurs avaient précisé cette notion du seuil de sensibilité, sorte d'effectif minimal. Selon les projections du WWF à l'horizon 2020, sur ces 14.152 populations, 67 % devraient disparaître entraînant, à terme, l'extinction de leurs espèces respectives. Globalement, ces chiffres tendent à confirmer la validité du concept de « sixième extinction de masse ». Une extinction dont le coupable reste principalement l'Homme. L'évolution croissante de son empreinte sur les écosystèmes entraîne notamment une réduction des habitats. D'autres raisons, comme la surexploitation de certaines espèces, la pollution et les changements climatiques, viennent aggraver la situation. Mais, surtout, l'expansion de l'agriculture, portée par l'élevage industriel et la culture d'huile de palme et le soja, est pointée du doigt comme responsable de ce déclin. Elle est considérée comme la principale source de déforestation et de la consommation d'eau.

Le rapport dresse également un constat alarmant du dépassement de la biocapacité qu'a la planète à produire, puis absorber les déchets, et à capturer les gaz à effet de serre, et notamment le CO2. L'étude précise qu'en 2012 déjà, il fallait 1,6 fois la biocapacité de la Terre « pour fournir les ressources et services naturels que l'humanité a consommé au cours de l'année ». À titre d'exemple, le rapport souligne que le rythme d'abattage des arbres est bien plus élevé que celui de leur croissance. Il en est de même pour le prélèvement des poissons dans l'océan, supérieur au nombre de naissances.

Enfin, l'activité humaine rejette davantage de CO2 dans l'atmosphère que les forêts et les océans ne peuvent en absorber, comme le prouve par ailleurs le dépassement sur toute l'année 2015 du seuil critique de 400 parties par million de CO2 relevé par l'OMM.

Cette carte indique l'empreinte écologique moyenne par habitant dans chaque pays pour l'année 2012. Les valeurs sont exprimées en hectares globaux (hag) nécessaires pour subvenir aux besoins d'une personne. En France, l'empreinte par habitant est de 5,1 hag et la valeur moyenne est de 2,8 de hag par personne pour tous les habitants de la planète. Des données qui expliquent pourquoi il faudrait 1,6 fois la Terre pour absorber toute une année d'empreinte écologique. © WWF

Une façon de mesurer cette surconsommation est ce jour symbolique du « dépassement », qui, au fil du temps, se décale dans le calendrier vers le début de l'année. En 2016, la capacité de la planète à se régénérer sur une année a été épuisée en huit mois. Le rapport livre des pistes de réflexions politiques orientées vers une meilleure gestion de l'énergie et de l'alimentation afin de préserver le capital naturel. Autrement dit : trouver de nouveaux moyens produire mieux et consommer raisonnablement.

Pour adoucir ce tableau sombre, ce bilan relève tout de même une légère baisse de l'empreinte écologique par habitant dans les pays dits riches sur la période de 1986 à 2012. Reste à savoir si elle est issue d'une meilleure adéquation entre la production et la consommation, ou en raison de la crise économique. Pour finir sur une note d'espoir, l'organisation WWF signale qu'un changement de la façon de consommer de tout un chacun pourrait produire des conséquences bienfaisantes pour la planète entière. Reste toutefois un souci de taille pour les décennies à venir : une population grandissante.

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En 2014, le WWF s'inquiétait déjà d'une disparition des vertébrés

Article initial de Jean-Luc Goudet publié le 30/09/2014

Dans son rapport Planète vivante, le WWF présente quelques chiffres assez inquiétants. Chez les vertébrés, les effectifs des populations auraient diminué de moitié en 40 ans. Ces disparitions ne sont pas sans lien avec les grandissants besoins de l'humanité qui, eux, nécessiteraient une Terre et demie.

Le WWF entretient un suivi des données mondiales concernant les effectifs de différentes populations de vertébrés (poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères). En tout, 10.380 populations, représentant 3.041 espèces, sont ainsi étudiées depuis 1970, conduisant à un « indice planète vivante », ou ISP. Dans son dernier rapport, justement baptisé Planète vivante, qui vient d'être publié, le WWF estime à 52 % la diminution de cet indice entre 1970 et 2010, passé de 1 à moins de 0,5.

Avec ses 3 mètres et ses 180 kg pour les individus les plus massifs, l'arapaima, ou pirarucu, est le plus grand poisson connu de l'Amazone. Son poumon, en plus de ses branchies, lui permet de vivre dans des eaux pauvres en oxygène. Comme nombre de vertébrés d'eau douce, ce poisson est menacé, en l'occurrence par la surpêche car, quand il vient en surface pour respirer, il se fait facilement harponner. Mais là où des mesures de protection sont prises, l'arapaima se porte bien. © T. Voekler, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Considérant que la sélection des populations est représentative de l'ensemble des vertébrés, cela signifie que, en moyenne, les effectifs de ces animaux ont diminué de moitié en quatre décennies. Ce chiffre n'est qu'une moyenne et le WWF donne des précisions pour différents groupes :

  • 39 % de moins pour les vertébrés terrestres,
  • 76 % de moins pour les espèces d’eau douce,
  • 39 % de moins pour les espèces marines.

Les taux de réduction des populations animales varient également selon les régions du monde. Les zones tropicales sont les plus touchées (-56 %) et la palme revient à l'Amérique latine, avec -83 %. En revanche, à l'intérieur des zones terrestres protégées, l'IPV n'aurait diminué que de 18 %. Dans les régions tempérées des pays riches, la biodiversité serait donc mieux préservée. Mais c'est un trompe-l'œil, comme le souligne le rapport : « en important des ressources, les pays à haut revenu sont vraisemblablement en train d'externaliser la perte de biodiversité ».

L'indice Planète vivante entre 1970 et 2010, qui visualise l'évolution des effectifs des populations de vertébrés dans le monde. Il a diminué de 52 % entre 1970 et 2010. © WWF

L'humanité vit au-dessus de ses moyens

Le rapport souligne aussi l'écart entre les besoins de l'humanité (eau, nourriture, bois combustible) et ce que la planète est actuellement capable de fournir, données que le WWF appelle, respectivement, l'« empreinte écologique » et la « biocapacité ». Ce calcul, qui n'est pas nouveau, aboutit à un résultat exprimé en nombre de planètes nécessaires pour couvrir nos besoins, à savoir une et demie. En d'autres termes, nous prélevons davantage que ce que peut nous donner la Terre. Notre génération est donc en train de puiser dans la réserve.

Le dernier chapitre du rapport se veut optimiste. Il serait possible de revenir à une empreinte écologique égale à 1 Terre, donc d'établir une économie durable. Il faudrait pour cela à peu près tout changer, nous dit le WWF, en instaurant une gouvernance des ressources, en réorientant les flux financiers, en produisant mieux et en consommant moins.

En comparant l'empreinte écologique des différentes nations et l'indice de développement humain ajusté aux inégalités (IDHI, indiquant les ressources en matière de santé ou d'éducation, ainsi que leur distribution dans la population, calculé depuis 2010), le rapport constate qu'aucun pays ne parvient à concilier les deux. Autrement dit, les États riches consomment trop, ou inadéquatement, tandis que les pauvres ont une faible empreinte écologique mais vivent mal. Le constat n'a pas de quoi surprendre mais implique des stratégies différentes pour parvenir à un développement durable. Les uns doivent apprendre à être plus économes et les autres à augmenter leurs richesses sans piller leur environnement. Y a plus qu'à...

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