Ce printemps, les oiseaux manquent à l’appel… © mobilise248, Fotolia
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Disparition inquiétante de 30 % des oiseaux communs en 30 ans en France

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[EN VIDÉO] Biodiversité : sommes-nous entrés dans la sixième extinction de masse ?  Depuis quelques années, la biodiversité fait régulièrement la Une des médias. Elle serait en train de s’effondrer. En 40 ans, l’effectif des populations de vertébrés sauvages a décliné de 60 %, d’après le WWF. Au point d’affirmer que l’humanité provoque la 6e extinction de masse ? Gilles Bœuf, président du conseil scientifique de l’Agence française pour la Biodiversité, dévoile ses arguments sur la question. 

Les populations d'oiseaux en France déclinent dangereusement. Les scientifiques et les associations lancent à nouveau l'alerte sur cette situation catastrophique, et il faut agir immédiatement.

Les scientifiques continuent de tirer sur la sonnette d'alarme concernant le déclin des oiseaux en France. Ils nous alertaient déjà en 2018, en parlant d'« un niveau proche de la catastrophe écologique ».

Les oiseaux occupent un rôle majeur dans l'environnement et sont d'excellents indicateurs de l'état de santé des écosystèmes. C'est pourquoi, depuis 1989, des observateurs collectent des données sur le terrain et les analysent pour mesurer l'évolution des 123 espèces d'oiseaux les plus communes en France via le programme de Suivi temporel des oiseaux communs (Stoc). 

Ornithologue collectant des données sur le terrain. © alvenmod, Adobe Stock

Après trente ans de suivi, le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), l'Office français de la biodiversité (OFB) et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) dressent un bilan tout aussi désolant qu'en 2018. La population des oiseaux des villes et des champs en France a décliné de 30 % en 30 ans. Parmi 123 espèces, 43 régressent, 32 sont en expansion, ce qui n'est pas forcément une bonne nouvelle, et le reste est stable. 

Les effets du réchauffement climatique se font également sentir. Les oiseaux doivent composer avec, et migrent vers le nord pour continuer de vivre à une température qui leur convient.

Un déclin des espèces des milieux urbain et agricole

En milieu urbain, les populations ont chuté de 27,6 %. La transformation des bâtiments et la rénovation des façades détruisent les cavités où les oiseaux ont l'habitude de nicher ; leurs ressources alimentaires diminuent et la pollution due à l'activité industrielle et aux transports impacte leur santé.

C'est une hécatombe

La situation est pire en milieu agricole : les effectifs des espèces comme l'alouette des champs ou les perdrix ont chuté de 29,5 %. C'est une hécatombe, dénonce Benoît Fontaine, scientifique au MNHN. Pour cause, l'agriculture intensive développée après-guerre, la diffusion de pesticides, en particulier les néonicotinoïdes qui déciment les insectes, mais aussi l'uniformisation des paysages qui appauvrit les habitats ou encore la mécanisation.

En milieu forestier, le déclin est moins important : les effectifs ont baissé de 10 % en 30 ans.

Alouette en plein vol, une larve dans le bec. © Yakubovich Dmitry, Adobe Stock

Un accroissement des espèces généralistes 

Certaines espèces sont en expansion, mais c'est tout sauf une bonne nouvelle. Les oiseaux « généralistes », comme le pigeon ramier, le geai des chênes ou la mésange bleue, s'adaptent et prolifèrent au détriment des espèces dites « spécialistes » citées plus haut, occupant des niches écologiques particulières. Le fait qu'il y en ait de moins en moins signale une perte de biodiversité et une uniformisation de la faune sauvage. 

Le geai des chênes, une espèce généraliste. © creux1, Adobe Stock

Il faut agir pour lutter contre le déclin

Si l'on veut conserver ces espèces, il faut prendre les choses en main dès aujourd'hui. Des analyses ont démontré l'efficacité de la création de réserves naturelles pour préserver les populations d’oiseaux et l'utilité des aides financières pour des pratiques agricoles non intensives et favorisant la biodiversité. 

L'adoption d'une agriculture plus verte aiderait à protéger les oiseaux, notamment en arrêtant l'utilisation massive et déraisonnée des pesticides, en soutenant l'agroécologie et en réduisant l'artificialisation des sols.

Pour en savoir plus

Les oiseaux disparaissent de nos campagnes

Article de Futura avec l'AFP-Relaxnews, publié le 21/03/2018

Le Muséum d'histoire naturelle et le CNRS tirent la sonnette d'alarme : les oiseaux des campagnes connaissent un grave déclin, qui s'est intensifié depuis deux ans selon de nouveaux recensements. Les pesticides qui font diminuer les populations d'insectes sont pointés du doigt.

Moins 60 % de moineaux friquets depuis 10 ans, un tiers d'alouettes des champs disparues en 15 ans... Les oiseaux des campagnes françaises sont victimes d'un déclin « vertigineux », qui s'est encore intensifié depuis deux ans, selon de nouveaux recensements. « Le printemps 2018 s'annonce silencieux dans les campagnes françaises », s'alarment le CNRS et le Muséum national d'histoire naturelle dans un communiqué mardi, estimant que « ce déclin atteint un niveau proche de la catastrophe écologique ».

En zones agricoles, les populations d'oiseaux ont perdu en moyenne un tiers de leur effectif en 15 ans, montrent les relevés conduits depuis 1989 par le Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC), qui, au sein du Muséum, surveille aussi la situation des villes et forêts. « On ne prend pas de grands risques en disant que les pratiques agricoles sont bien à l'origine de cette accélération du déclin », a dit à l'AFP Grégoire Loïs, directeur-adjoint de Vigie-Nature, qui chapeaute le STOC, car les oiseaux ne déclinent pas au même rythme dans d'autres milieux. « Il y a un déclin léger sur le reste du territoire, mais rien à voir en termes d'amplitude », ajoute-t-il.

Des espèces comme l'alouette des champs, la fauvette grisette ou le bruant ortolan, ont perdu un individu sur trois en 15 ans ; la linotte mélodieuse est à - 68 % depuis 1989. En Île-de-France, la tourterelle des bois approche - 90 %.

Les oiseaux menacés par la disparition des insectes

Une autre étude, menée par le CNRS depuis 1995 dans les Deux-Sèvres, sur 160 zones de 10 hectares d'une plaine céréalière typique des territoires agricoles français, enfonce le clou. Selon ces recherches, en 23 ans, l'alouette a perdu plus d'un individu sur trois (-35 %), la perdrix grise huit sur dix...

« Ce qui est alarmant, c'est que tous les oiseaux du milieu agricole régressent à la même vitesse. Cela signifie que c'est la qualité globale de l'écosystème agricole qui se détériore », analyse Vincent Bretagnolle, chercheur CNRS au Centre d'études biologiques de Chizé (Deux-Sèvres). Toutes les espèces sont concernées, probablement du fait de l'effondrement des insectes, « le problème numéro un », pour le chercheur. Car même les volatiles granivores ont besoin d'insectes à un moment dans l'année, pour leurs poussins.

Ce qui est alarmant, c'est que tous les oiseaux du milieu agricole régressent à la même vitesse

Cette disparition massive est concomitante à l'intensification des pratiques agricoles ces 25 dernières années, plus particulièrement depuis 2008-2009, période qui correspond à la fin des jachères imposées par la Politique agricole commune, à la flambée des cours du blé, à un nouveau recours au nitrate et à la généralisation des insecticides néonicotinoïdes, énumèrent le CNRS et le Muséum.

Selon Grégoire Loïs, le constat est similaire ailleurs en Europe, notamment dans l'ouest du continent. Selon deux études récentes, l'Allemagne et l'Europe ont perdu 80 % d'insectes volants et 421 millions d'oiseaux en 30 ans.

La perdrix fait partie des oiseaux qui se raréfient dans les campagnes, selon le CNRS et le Museum d'histoire naturelle. © Denis Charlet - AFP/Archives

Vers un changement des pratiques agricoles

Les scientifiques français s'interrogent sur les raisons de « l'accélération très forte » de ce déclin constatée en 2016 et 2017, et à ce stade largement inexpliquée. Ce qui les a conduits à diffuser ce communiqué commun, sans attendre de voir leurs études publiées dans une revue scientifique.

Y a-t-il de quoi redouter un « printemps silencieux », comme le « silent spring » prédit par la célèbre écologue américaine Rachel Carson il y a 55 ans à propos du DDT, finalement interdit ? « Si cette situation n'est pas encore irréversible, il devient urgent de travailler avec tous les acteurs du monde agricole, pour accélérer les changements de pratiques », appellent le Muséum et le CNRS. Réagissant sur Twitter, le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot a appelé à se mobiliser car selon lui « chacun peut agir : réduire les pesticides, lutter contre l'artificialisation des sols, réduire les pollutions ».

Hervé Lapie, 2e vice-président à la commission environnement de la FNSEA, en charge de la biodiversité, a rappelé la présentation par son syndicat d'un contrat de solution recensant 292 pistes pour réduire l'utilisation de l'ensemble des traitements phytosanitaires, dont le glyphosate. Il a réclamé un accompagnement notamment financier des agriculteurs pour mettre en place des solutions.

Outre la réduction des pesticides, « il faudrait reconstruire le milieu naturel », pour Gilles Menou, porte-parole de la Confédération paysanne dans la région Centre-Val de Loire, et peut-être « réduire la taille des parcelles, ou créer des zones de rupture dans les grandes parcelles ». « Je ne suis pas surpris. Le modèle agricole a modifié de façon importante le biotope », a-t-il déclaré à l'AFP.

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