Les agriculteurs font des efforts pour améliorer leurs pratiques et limiter la quantité de produits phytosanitaires. © Flickr

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Les pesticides en France devaient baisser de 50 %..., ils ont augmenté de 25 %

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La quantité de produits phytosanitaires pour l'agriculture utilisée en France a augmenté de 25 % entre 2011 et 2018, là où le plan Écophyto prévoyait une réduction de 50 %. Comment expliquer cette utilisation accrue de pesticides, alors que les agriculteurs et l'État assurent faire beaucoup d'efforts pour réduire la consommation ?

En 2009, la loi de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l'environnement s'était fixée pour objectif une réduction de 50 % de l'usage des pesticides en dix ans. Un chiffre bien loin d'être atteint, malgré les 371 millions d'euros dépensés chaque année dans le plan Écophyto, principal outil de cette politique depuis 2012. Même avec le report de l'échéance en 2025 (assorti d'un objectif intermédiaire de -25 % en 2020), la réduction escomptée semble inatteignable. Selon la note de suivi 2018-2019 publiée par le ministère de l'agriculture le 7 janvier 2020, la quantité de substances actives (QSA) vendue en 2018 a, au contraire, progressé de 21 % par rapport à 2017 et atteint 85.876 tonnes. En moyenne triennale (2016-2018 par rapport à 2009-2011), on arrive même à une hausse de 22 %. Si l'on considère le NODU des seuls produits agricoles (nombre de doses unités), on observe même une hausse de 25 %, les principales substances vendues étant le soufre et le glyphosate.

En moyenne, les cultures subissaient 6,5 traitements à pleine dose par hectare en 2018. Une hausse de 24 % par rapport à 2017. © Ministère de l’Agriculture

Des conditions climatiques défavorables

Mais comment expliquer cette hausse alors que tant d'efforts sont menés pour réduire les produits phytosanitaires ? Il y a d'abord des raisons spécifiques à 2018, qui a connu une forte augmentation de la quantité de produits utilisés (+24 % par rapport à 2017). Premièrement, des conditions climatiques défavorables, avec notamment de fortes pluies au printemps ayant favorisé les maladies fongiques et les insectes durant l'été. « Les blés ont été attaqués par la septoriose et la fusariose et les betteraves par la cercosporiose », rapporte par exemple le ministère de l'Agriculture. Deuxièmement, la hausse des taxes sur les produits sanitaires au 1er janvier 2019 qui a conduit à des achats anticipés fin 2018 (effet stock).

L’agriculture biologique, pas si vertueuse

Mais sur le long terme, la tendance s'explique paradoxalement par... les politiques de réduction elles-mêmes. « L'État nous a interdit toute une série de molécules très actives, ce qui nous oblige à les remplacer par des produits moins efficaces. On doit donc en mettre beaucoup plus », justifie ainsi Guillaume Cabot, agriculteur dans le pays de Caux en Seine-Maritime. Le développement de l’agriculture biologique a lui aussi eu des effets pervers : les ventes de produits de biocontrôle (autorisés en agriculture biologique ont presque doublé (+85 %) entre 2009-2011 et 2016-2018. Certes, ces produits sont censés représenter un plus faible risque toxicologique, mais on peut se demander si les quantités massives utilisées (plusieurs kilogrammes par hectare pour le soufre par exemple), n'ont réellement aucun impact sur les sols.

Les principales substances actives vendues en 2017 et 2018. Le soufre, autorisé en agriculture biologique, arrive largement en tête du fait des grosses quantités utilisées. © Ministère de l’Agriculture

L’usage des substances les plus dangereuses en baisse

Les agriculteurs se défendent pourtant de tout abus. « Je dépense 40.000 euros par an en produits phytosanitaires, je n'ai donc aucun intérêt à en utiliser trop », se défend Guillaume Cabot. Ce dernier assure d'ailleurs avoir fait de nombreux efforts. « J'ai déjà réduit considérablement les doses. Pour le glyphosate par exemple, j'utilise 1/6e de la dose homologuée. On décale aussi les périodes de semaison et on travaille avec des outils pour calculer exactement la bonne dose au bon moment », témoigne l'agriculteur.

Les nouvelles pratiques testées dans les fermes pilotes DEPHY ont permis de réduire le nombre de traitements. © Ministère de l’Agriculture, p. 30

Le ministère de l'Agriculture souligne lui aussi les efforts accomplis, comme l'interdiction de tous les produits contenant du métam-sodium ou de l'époxiconazole (suspectés d'être des perturbateurs endocriniens) ainsi que des néonicotinoïdes. Sur la période 2009-2018, les QSA les plus préoccupantes pour la santé ont ainsi diminué de 9 % à 15 %, fait valoir le ministère. Quinze millions d'euros ont été mobilisés en 2018 et 2019 pour financer des projets de recherche destinés à réduire l'usage des pesticides, avec notamment 3.000 fermes pilotes DEPHY pour tester en grandeur nature ces nouvelles pratiques.

Diminuer les pesticides, un objectif inatteignable ?

Cela suffira-t-il à inverser la tendance et parvenir à nos objectifs ? « Nous devrons faire beaucoup d'efforts dans les cinq ans à venir », reconnaît Guillaume Cabot. « Pour certains produits, on peut y arriver, mais pour d'autres, ce sera beaucoup plus compliqué. Les années pluvieuses, je peux perdre l'intégralité de ma production de pommes de terre si je n'applique aucun traitement. Dans le blé, les rendements peuvent chuter de 30 % à 40 % selon les conditions climatiques ». De gros efforts de recherche devront donc encore être menés pour mettre au point des produits de substitution moins toxiques et de variétés plus résistantes. Les nouvelles technologies, comme les drones ou les robots, sont également appelées à jouer un plus grand rôle.

  • La quantité de produits phytosanitaires pour l’agriculture utilisée en France a augmenté de 25 % entre 2011 et 2018.
  • Cette augmentation est liée à des facteurs climatiques conjoncturels, mais aussi à l’utilisation de produits moins efficaces dont on doit mettre de plus grandes quantités.
  • De nombreux efforts sont quand même menés par les agriculteurs pour améliorer leurs pratiques.
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