Les abeilles sont toujours décimées par la persistance des résidus des pesticides, pourtant interdits depuis 2013... Des années après, ils restent détectables dans le pollen et le nectar de colza. Une équipe pluridisciplinaire de scientifiques français vient de mettre en évidence, après cinq ans d'observations, que trois néonicotinoïdes jugés nocifs pour les abeilles, notamment l’imidaclopride, continuent de contaminer la plupart des parcelles étudiées.

 

L'implication des néonicotinoïdesnéonicotinoïdes dans le déclin des abeilles a conduit en 2013 à un moratoiremoratoire de l'UE pour restreindre l'emploi de trois de ces insecticidesinsecticides -- la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxame -- dans des cultures attractives pour les abeilles butineuses. Moratoire complété depuis septembre 2018 par une interdiction totale sur toutes les cultures extérieures en France. Mais des néonicotinoïdes sont fréquemment détectés dans les fleurs sauvages ou cultures non-traitées, ce qui suggère une diffusiondiffusion dans l'environnement consécutive à leur utilisation agricole.

Le saviez-vous ?

Les néonicotinoïdes agissent sur le système nerveux des abeilles et affectent leurs capacités d’orientation, d’apprentissage et de mémorisation.

Aussi, des chercheurs du Centre d'études biologiques de Chizé (CNRS/ La Rochelle Université), des unités Inra « Abeilles, paysages, interactions et systèmes de culture », et « Abeilles et Environnement » et de l'ITSAP ont recherché et quantifié les résidus de néonicotinoïdes dans le nectar de 291 parcelles (536 échantillons dans le centre-ouest de la France) de colza d'hiverhiver pendant cinq années consécutives au moratoire européen, de 2014 à 2018. Leurs travaux sont publiés en ligne le 28 novembre 2019 sur le site de Science of the Total Environment.

Selon la nature du sol et de l'infiltration des eaux de pluie, ces résidus d'insecticides continuent d'agir, alors même que ces produits, interdits depuis 2013, ne sont plus utilisés. Ici, un champ de colza en fleur. © Dusan Kostic, Adobe Stock
Selon la nature du sol et de l'infiltration des eaux de pluie, ces résidus d'insecticides continuent d'agir, alors même que ces produits, interdits depuis 2013, ne sont plus utilisés. Ici, un champ de colza en fleur. © Dusan Kostic, Adobe Stock

Interaction dépendant de la nature des sols et de la pluie

Première observation : les trois néonicotinoïdes concernés ont pu être détectés dans les échantillons prélevés. L'imidaclopride en particulier a été détecté chaque année, au total dans 43 % des échantillons analysés (48 % des parcelles), sans tendance à la baisse au cours des années mais avec une forte variation inter-annuelle. En 2016, plus de 90 % des parcelles échantillonnées étaient positives, contre seulement 5 % en 2015.

Les niveaux de résidus dépendent du type de sol et augmentent avec les précipitationsprécipitations, mais ne semblent pas directement liés à la proximité spatiale ou temporelle de cultures potentiellement traitées. Enfin, si 92 % des échantillons positifs ne contenaient qu'entre 0,1 et 1 ng/mL d'imidaclopride, les concentrations maximales dépassaient dans quelques cas celles rapportées dans les parcelles traitées, allant jusqu'à 70 ng/mL.

Les résidus de pesticides continuent de se diffuser longtemps après

À partir de ces données, les évaluations de la mortalité basées sur les modèles et paramètres des agences sanitaires suggèrent un risque non négligeable pour les abeilles butineuses. Pour les abeilles domestiques, le risque a été maximal en 2014 et 2016, avec environ 50 % des butineuses susceptibles de mourir de l'imidaclopride dans 12 % des parcelles étudiées. Ces mêmes années, entre 10 et 20 % des parcelles présentaient un niveau de contaminationcontamination associé à un risque de mortalité équivalent pour les bourdons et abeilles solitaires.

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Ces résultats indiquent qu'une persistance d'usage des néonicotinoïdes sur certaines cultures de plein champ pose un risque pour les abeilles et pollinisateurs visitant d'autres cultures, non traitées. Ils confortent l'idée que les résidus d'imidaclopride persistent et se diffusent dans l'environnement, pouvant de retrouver dans le nectar du colza, bien que cette culture ne soit elle-même plus traitée par ces produits depuis 2013. Ces travaux apportent ainsi un soutien à la récente extension du moratoire à une interdiction totale de toutes les cultures en extérieur, depuis septembre 2018, en France. 

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