L'été 2021 a été marqué de nombreux feux de forêts hors de contrôle dans l'hémisphère nord. La Californie continue d'être menacée par les flammes. © pandpstock001, Adobe Stock
Planète

Réchauffement climatique : « il est temps pour les dirigeants de tenir leurs promesses » pour éviter la catastrophe

ActualitéClassé sous :climatologie , GIEC , Réchauffement

[EN VIDÉO] Limiter le réchauffement climatique à 2 °C, est-ce réalisable ?  La concentration de gaz à effet de serre n’a jamais autant augmenté que ces quinze dernières années. Malgré les engagements pris par de nombreux pays, aucune solution concrète ne semble émerger. Le Cnes a rencontré Jean Jouzel, climatologue de renom, afin d’en savoir plus. 

Après le Giec, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, il y a quelques semaines, c'est aujourd'hui le rapport United in Science 2021 qui nous alerte sur la situation du climat mondial. Selon les scientifiques, nous serions « très en retard » sur les objectifs de l'Accord de Paris. Et faute de mesures immédiates et à grande échelle de réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, il sera bientôt impossible de limiter le réchauffement à 1,5 °C. Les conséquences seront « catastrophiques ».

« Depuis le début de la pandémie de la Covid-19, on entend dire que nous devons mieux reconstruire pour placer l'humanité sur une voie plus durable et éviter les pires impacts du réchauffement climatique sur la société et sur les économies. Ce rapport montre aujourd'hui à quel point nous allons dans la mauvaise direction. » Ce sont les mots de Petteri Taalas, secrétaire général de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) au moment où parait le rapport United in Science 2021 qui propose, quelques semaines après la parution de celui du Giec, un nouveau point sur le réchauffement climatique anthropique« Notre monde s'est engagé sur la voie d'un réchauffement de 2,7 °C », confirme Antonio Guterres, secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (Onu). « Et les conséquences seront catastrophiques. »

Cette pancarte résume le message d’Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, au monde. Nous devons agir ensemble et de toute urgence pour réduire enfin durablement nos missions de gaz à effet de serre. © Valmedia, Adobe Stock

Le rapport United in Science 2021 évalue les engagements des pays signataire de l'Accord de Paris en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Ceux-ci devaient être révisés avant la fin de l'année 2020. Pourtant à ce jour, seuls 113 pays -- représentant moins de la moitié des émissions globales de GES -- se sont réengagés. Pour une baisse de leurs émissions de 12 % en 2030 par rapport à 2010. En tenant compte des objectifs non révisés -- ceux de la Chine, notamment, qui compte, à elle seule, pour un quart des émissions mondiales -- les émissions pourraient en réalité... augmenter de 16 % à la même échéance.

La baisse des émissions de CO2 due à la crise du coronavirus en 2020 n’a même pas été assez marquée pour se distinguer d’une variabilité naturelle. © martin33, Adobe Stock

Émissions de gaz à effet de serre et réchauffement climatique

Rappelons que nos émissions de dioxyde de carbone (CO2) ont un temps ralenti, à la faveur des confinements imposés par la crise du coronavirus. En 2019, elles culminaient à 36,64 gigatonnes d'équivalent CO2 (GtCO2). En 2020, elles reculaient de 5,6 %, soit 1,98 GtCO2 de moins. Mais les premières estimations annoncent déjà un retour au niveau de 2019 -- voire plus -- pour les secteurs de l'électricité et de l'industrie pour le 1er semestre 2021.

Résultat -- le rapport du Giec l'a rappelé, l'influence humaine est désormais « sans équivoque » --, la période 2017-2021 apparaît parmi les plus chaudes jamais enregistrées. Les scientifiques estiment que les températures moyennes se sont établies entre 1,06 °C et 1,26 °C au-dessus des niveaux préindustriels (1850-1900). Et il y a désormais 40 % de risques pour que la température mondiale moyenne dépasse le seuil des +1,5 °C inscrit dans l'Accord de Paris, au moins une fois au cours des cinq années à venir.

Des conséquences catastrophiques à venir

Ce réchauffement climatique anthropique a d'ores et déjà augmenté la fréquence et l'intensité de nombreux phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes« Ils sont cinq fois plus nombreux que dans les années 1970. Et sept fois plus coûteux », souligne Antonio Guterres. Nous en avons eu beaucoup d'exemples en cette année 2021. Avec les conséquences désastreuses qu'ils ont eues sur les populations locales -- y compris dans les pays les plus développés -- et plus généralement, sur la santé humaine. « Mais ce n'est que le début de ce qui nous attend si nous ne prenons pas immédiatement les décisions qui feront baisser nos émissions de gaz à effet de serre », assure le secrétaire général de l'ONU.

Les émissions de protoxyde d’azote (N2O) — issu notamment de l’usage massif d’engrais azotés —, le troisième plus important gaz à effet de serre après le CO2 et le méthane (CH4) augmentent aujourd’hui bien au-delà des estimations prises en considération par les scénarios du Giec. © Tian et al., 2020

La banquise arctique ne cesse de reculer. Et le niveau moyen de la mer de monter. De 20 centimètres entre 1900 et 2018, avec un rythme même accéléré depuis 2006.

La hausse des températures est également déjà responsable de lourdes pertes économiques. En 2019, cela se compte en plus de 103 milliards d'heures de travail perdues en plus par rapport à 2000.

À l’occasion de la publication du rapport United in Science 2021, Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies a délivré un message au monde. © Organisation météorologique mondiale

Un appel à la coopération et à l’ambition

« Ce rapport est clair. Le temps presse. Pour que la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de 2021 -- elle doit se tenir à Glasgow du 1er au 12 novembre prochains --, connue sous le nom de COP26, soit un tournant, nous avons besoin que tous les pays s'engagent à zéro émission nette d'ici 2050. Un engagement soutenu par des stratégies crédibles et concrètes à long terme et des contributions nationales ambitieuses qui, collectivement, réduiront les émissions mondiales de 45 % d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 2010 », a encore déclaré Antonio Guterres.

« En parallèle, nous avons besoin d'une percée dans la protection des personnes et de leurs moyens de subsistance, avec au moins la moitié de tous les financements publics pour le climat engagés à renforcer la résilience et à aider les gens à s'adapter. Et nous avons besoin d'une solidarité beaucoup plus grande. La lutte contre le réchauffement climatique ne sera un succès que si tout le monde s'unit autour de plus d'ambitions. Il est temps pour les dirigeants de prendre position et de tenir leurs promesses. Sans quoi, les populations de tous les pays en paieront le prix. Notre avenir est en jeu. »

Pour en savoir plus

L'Accord de Paris a 5 ans et le monde se dirige vers un réchauffement de +3 °C

«Négligeable »... La pandémie de Covid-19 aura un effet « négligeable » sur la baisse des émissions de gaz à effet de serre, avertit l'ONU. La Planète s'achemine vers un réchauffement de +3°, et les objectifs fixés lors de l'Accord de Paris, il y a cinq ans, s'éloignent. Pourtant, des solutions existent pour s'en approcher et les atteindre selon les experts onusiens qui voient un signe d'espoir dans le potentiel des nouvelles promesses d'émissions zéro carbone faites par les nations.

Article de Futura avec l'AFP-Relaxnews paru le 10/12/2020

La baisse des émissions de gaz à effet de serre due à la pandémie de Covid-19 aura un effet « négligeable » et la Planète va vers un réchauffement de 3 °C. © fstopphotography, Adobe Stock

À trois jours d'un « Sommet ambition climat » qui vise à donner un nouvel élan aux engagements internationaux pour maintenir le réchauffement climatique sous 2 °C, et si possible 1,5 °C, par rapport à l'ère pré-industrielle, le Programme des Nations unies pour l'Environnement (PNUE) sonne à nouveau l'alarme et prévient, dans son rapport annuel comparant les émissions réelles de gaz à effet de serre et celles compatibles avec les objectifs de Paris, que la relance post-Covid devra être sérieusement verdie si le monde veut éviter le pire.

Pour garder un espoir de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7,6 % par an, chaque année de 2020 jusqu'à 2030, selon l'ONU. Ces émissions augmentaient en moyenne de 1,5 % par an sur la dernière décennie, pour atteindre un record en 2019 (59,1 gigatonnes, ou milliards de tonnes, soit +2,6 % de plus qu'en 2018).

Mais la pandémie du Covid-19, en mettant à l'arrêt pendant de longs mois une bonne partie de l'économie mondiale et des activités humaines, a entraîné une chute brutale. Les émissions devraient ainsi baisser d'environ 7 % en 2020 pour le CO2, principal gaz à effet de serre -- un peu moins pour les autres.

Énergies fossiles : dépassement des accords climatiques. © Gillian Handyside, AFP

L'effet insignifiant de la pandémie sur le réchauffement climatique

Mais ce retournement est conjoncturel et n'aura qu'un effet « négligeable » à long terme, avec environ 0,01 degré de réchauffement évité d'ici à 2050 préviennent les experts onusiens. Et de toute façon, « la solution [au réchauffement] n'est pas de confiner le monde entier et de priver 1,9 milliard de jeunes d'éducation », explique à l'AFP la patronne du PNUE, Inger Andersen.

D'ici à la fin du siècle, la trajectoire de réchauffement est estimée à 3,2 °C de plus, même si tous les engagements actuels de Paris étaient tenus, ce qui est souvent loin d'être le cas. Or, avec +1 °C enregistré depuis l'ère pré-industrielle, les effets du réchauffement sont déjà sensibles. Les cinq années depuis la signature de l'accord de Paris ont été les plus chaudes jamais enregistrées et « les feux, tempêtes et sécheresses poursuivent leurs ravages alors que les glaces fondent à un rythme sans précédent ».

Derrière ce sombre tableau, l'ONU veut voir une bonne nouvelle : la pandémie peut servir de leçon et le monde mettre en œuvre une véritable « relance verte » : soutien direct et massif aux infrastructures et technologies décarbonées, réductions des subventions aux énergies fossiles, fin des centrales à charbon, développement des « solutions basées sur la nature », reforestation d'envergure par exemple. Ce qui permettrait de « réduire jusqu'à 25 % les émissions attendues pour 2030 sur la base des politiques pré-Covid-19 » et donnerait 66 % de chances de contenir le réchauffement sous les 2 °C.

Des émissions de CO2 trop importantes pour limiter le réchauffement climatique. © Jean Michel Cornu, AFP

La pandémie offre l'opportunité d'une relance verte et équitable

Mais pour l'heure, malgré les centaines de milliards consacrés par les États au sauvetage de leurs économies, « la fenêtre pour utiliser les mesures de relance afin d'accélérer une transition bas-carbone a globalement été manquée, préviennent les auteurs. Sans un retournement de situation, les objectifs de l'Accord de Paris s'éloigneront un peu plus ».

Le PNUE encourage donc les États qui ont annoncé des engagements datés de « neutralité carbone » à mettre en œuvre sans attendre des stratégies pour les atteindre. Car la diplomatie climatique a elle aussi été perturbée par la pandémie et la COP26, qui devait recueillir les nouveaux engagements rehaussés, a dû être repoussée d'un an à novembre 2021. Même si les États doivent quand même soumettre leurs nouveaux engagements d'ici à la fin de l'année.

Les émissions des 1 % de la population mondiale la plus riche représentent le double de celles de la moitié la plus pauvre

L'ONU prévient aussi que « l'équité » dans les efforts sera « centrale » pour la réussite, puisque les émissions des 1 % de la population mondiale la plus riche représentent le double de celles de la moitié la plus pauvre.

Appels auxquels font écho des militants comme Tim Gore, responsable climat d'Oxfam International, qui appelle à une « relance verte et équitable », ou Jennifer Morgan, directrice de Greenpeace International enjoignant les gouvernants de « prouver qu'ils font tout ce qui est en leur pouvoir » en prenant des engagements à l'occasion de l'anniversaire de l'Accord de Paris.

« La pandémie est l'avertissement que nous devons d'urgence quitter notre chemin de développement destructeur, moteur des trois crises planétaires : changement climatique, perte de biodiversité et pollution, conclut la cheffe du PNUE. Mais elle constitue aussi clairement une opportunité (...) pour protéger notre climat et la nature pour les décennies à venir ».


Nous nous dirigeons vers un réchauffement climatique de +2,5 °C à +4 °C

Article de Nathalie Mayer, publié le 23 juillet 2020

De quoi notre avenir climatique sera-t-il fait ? La question est de plus en plus brûlante. Et quarante ans après la publication d'une première fourchette de températures, des chercheurs apportent aujourd'hui enfin quelques précisions. Mauvaise nouvelle : les connaissances les plus récentes nous prévoient un réchauffement plus chaud que l'espéraient les climatologues.

Depuis le début de l’ère industrielle, la Terre s'est réchauffée de +1,2 °C. En cause : les émissions de gaz à effet de serre par les activités humaines. Au rythme actuel de ces émissions, les niveaux de dioxyde de carbone (CO2) dans notre atmosphère seront doublés -- par rapport à leur niveau préindustriel -- d'ici 60 à 80 ans. Et alors, de combien devons-nous nous attendre à ce que notre Planète se réchauffe ?

Quarante ans que la question a été posée pour la première fois par le Conseil national de recherche des États-Unis (NRC). Et quarante ans que les climatologues y apportent une réponse trop vague pour être satisfaisante : de +1,5 à +4,5 °C. Une fourchette qui, à une extrémité, nous demandera simplement quelques adaptations à ce réchauffement climatique et à l'autre, nous conduira à la catastrophe.

Aujourd'hui enfin, des spécialistes du Programme mondial de recherche sur le climat (WCRP) sont parvenus à préciser les choses. Se basant à la fois sur les tendances du réchauffement que nous vivons fournies par des données satellites notamment, sur les dernières connaissances des effets de rétroaction, sur les modèles les plus récents et sur l'étude détaillée du climat passé, ils annoncent qu'avec une telle augmentation des niveaux de CO2 dans l’atmosphère, nous devons nous attendre à un réchauffement climatique compris entre +2,3 à +4,5 °C.

Les nouvelles estimations du Programme mondial de recherche sur le climat (WCRP) viendront appuyer le prochain rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à paraître dans les prochains mois. © studioflara, Adobe Stock

La coopération internationale comme seule solution

Ainsi, selon ces chercheurs, les chances pour que les températures augmentent de moins de 2 °C ne sont que de 5 %. Pour cela, il faudrait que les scientifiques soient embarqués sur plusieurs mauvaises pistes, des pistes non liées comme un comportement inattendu des nuages et des modèles de réchauffement des océans. Et, mauvaise nouvelle supplémentaire, le risque pour que les températures augmentent de plus de +4,5 °C reste, lui, compris entre 6 à 18 %.

Une estimation plus directe conclut, quant à elle, à une fourchette plus précise encore allant de +2,6 à +3,9 °C. Globalement, « nos estimations rendent improbable le fait que la sensibilité du climat se situe à l'extrémité inférieure de la fourchette et confirment plutôt l'extrémité supérieure », constate Gabi Hegerl, chercheur à l'université d'Édimbourg (Écosse) dans un communiqué du WCRP.

Une part importante du travail des chercheurs a consisté à s'assurer de l'indépendance des preuves recueillies. « Comme si vous considériez la version mathématique d'une tentative de déterminer si un témoin d'un crime a été ou non influencé en entendant l'histoire d'un autre témoin », explique Steven Sherwood, chercheur à l'université de Nouvelle-Galles-du-Sud (Australie). De quoi consolider leurs résultats.

« Ces résultats témoignent de l'importance de la recherche interdisciplinaire et soulignent parfaitement comment la coopération internationale peut résoudre nos problèmes les plus épineux, déclare le professeur Eelco Rohling, de l'université nationale australienne. Si les décideurs peuvent trouver le même objectif et le même esprit de coopération, cela nous donnera l'espoir de pouvoir éviter le pire ».


Réchauffement climatique : de nouveaux modèles prévoient jusqu’à +7°C en 2100 !

L'amélioration des outils de calcul a permis à des scientifiques français d'affiner et de produire de nouvelles simulations. Leur conclusion : le réchauffement climatique sera bien plus radical que ne le prédisent les modèles actuels. Parmi les scénarios, qui serviront de base au Giec, le plus optimiste exige d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2060 sur l'ensemble de la Planète. 

Article de Futura avec l'AFP paru le 22/09/2019

Le réchauffement climatique sera difficile à maintenir en dessous de 2 °C en 2100. Les prévisions du Giec étaient trop optimistes. © Nasa

Le réchauffement climatique s'annonce plus prononcé que prévu, quels que soient les efforts faits pour le contrer, ont averti mardi des scientifiques français qui présentent de nouvelles simulations climatiques qui serviront de base au Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Une centaine de chercheurs et d'ingénieurs, notamment du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et de Météo-France, ont participé à ces travaux. Ils viendront alimenter le sixième rapport d'évaluation du groupe des experts de l'ONU sur le climat, prévu pour 2021-2022.

Les scientifiques français ont produit deux modèles climatiques différents, ensuite soumis à plusieurs scénarios socio-économiques. « Dans le pire des scénarios considérés, la hausse de température moyenne globale atteint 6,5 à 7 °C en 2100 », selon une présentation. Ce scénario repose sur une croissance économique rapide alimentée par des énergies fossiles. Dans le dernier rapport du Giec de 2014, le pire scénario prévoyait +4,8 °C par rapport à la période pré-industrielle.

Nécessité d'une forte coopération internationale

Le scénario le plus optimiste, « marqué par une forte coopération internationale et donnant priorité au développement durable » permet de rester sous l'objectif des 2 °C de réchauffement, mais « tout juste, [avec] un effort d'atténuation (...) important, et au prix d'un dépassement temporaire de l'objectif de 2 °C au cours du siècle ». L'Accord de Paris sur le climat de 2015 prévoit de limiter le réchauffement de la planète bien en-dessous de 2 °C, voire 1,5 °C. Les engagements jusqu'à présent pris par les États conduiraient à +3 °C.

Le scénario le plus optimiste « implique une diminution immédiate des émissions de CO2 jusqu'à atteindre la neutralité carbone à l'échelle de la planète vers 2060, ainsi qu'une captation de CO2 atmosphérique de l'ordre de 10 à 15 milliards de tonnes par an en 2100 », ce que la technologie ne permet pas de faire actuellement.

La conférence de presse. © CNRS, YouTube

Des politiques climatiques à mettre en œuvre dès maintenant

« La température moyenne de la planète à la fin du siècle dépend donc fortement des politiques climatiques qui seront mises en oeuvre dès maintenant et tout au long du XXIe siècle », insistent le CNRS, Météo-France et le CEA. Ce réchauffement plus important va dans le même sens que d'autres modèles étrangers. « Cela pourrait s'expliquer par une réaction plus forte du climat à l'augmentation des gaz à effet de serre anthropique que dans les simulations de 2012, mais les raisons de cette sensibilité accrue et le degré de confiance à y apporter restent à évaluer », selon un communiqué.

Les scientifiques français s'étaient pliés pour la dernière fois à cet exercice en 2012. Entretemps, leurs outils se sont améliorés. « Nous avons des meilleurs modèles, a expliqué Olivier Boucher, directeur de recherche au CNRS, à l'AFP. Comme les capacités de calcul augmentent, nous avons affiné la résolution et nous avons aussi des modèles qui représentent mieux le climat actuel ».

Grâce à cette échelle plus fine, les chercheurs ont mieux modélisé les conséquences du réchauffement climatique en Europe de l'Ouest, en s'intéressant aux vagues de chaleur. « L'intensité et la fréquence des vagues de chaleur ont augmenté ces dernières décennies. Cette tendance va se poursuivre au moins dans les deux décennies qui viennent, quel que soit le scénario considéré ».


Réchauffement climatique : les prévisions du Giec étaient trop optimistes

D'ici 2100, la Terre pourrait se réchauffer de 15 % de plus que la pire des prédictions du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Ces dernières étaient donc trop optimistes. Pour espérer rester sous les 2 °C, il faudra réduire encore plus les émissions de gaz à effet de serre par rapport à ce qui était prévu.

Article de Futura avec l'AFP, publié le 8 décembre 2017

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), l'organe scientifique de référence sur le réchauffement, a publié en 2014 un éventail de scénarios prédisant le réchauffement climatique à la fin du XXIe siècle en fonction du volume des émissions de gaz à effet de serre.

Patrick Brown et Ken Caldeira, climatologues à l'Institut Carnegie de l'université de Stanford, en Californie (États-Unis), estiment, dans une étude publiée dans la revue Nature, que « le réchauffement climatique sera probablement plus important » que les pires modèles du Giec. Pointant du doigt le degré d'incertitude des scénarios climatiques, ils notent que les modèles les plus pessimistes, qui supposent une augmentation des émissions de gaz à effet de serre tout au long du siècle, prévoient une augmentation des températures entre 3,2 et 5,9 °C d'ici 2100 par rapport à la période préindustrielle.

Le réchauffement serait pire que prévu

Dans l'objectif de rétrécir cette large fourchette, l'étude introduit dans les modèles des données liées à l'observation par satellite de l'énergie solaire absorbée ou renvoyée par la Terre. Et elle « élimine la partie basse de cette fourchette », concluant que « le réchauffement le plus probable est d'environ 0,5 °C plus important que ce que suggère le modèle brut » du Giec concerné, résume le communiqué de Carnegie.

À ce stade, le monde a gagné près de 1 °C, selon les scientifiques. Moins d'un degré qui a suffi à provoquer plus de précipitations, un rétrécissement de la banquise, une acidification des océans et une augmentation de leur niveau moyen. « Nos résultats indiquent que parvenir à n'importe quel objectif de stabilisation de la température mondiale nécessitera des réductions plus importantes des émissions de gaz à effet de serre que celles précédemment calculées », écrivent les auteurs de l'étude. L'accord de Paris de 2015 prévoit de limiter en deçà de 2 °C la hausse moyenne de la température mondiale par rapport aux niveaux d'avant la Révolution industrielle, voire de 1,5 °C.


Rapport Giec : enfin la reconnaissance mondiale du réchauffement climatique

Article de Jean-Luc Goudet paru le 6 avril 2007

Cette fois, c'est fait. Les experts mondiaux du climat ont validé le quatrième rapport sur l'environnement proposé par le Giec. La Commission européenne a salué le travail mais il a fallu de subtiles tractations pour éviter des mots qui fâchent dans certains pays.

Pour que le quatrième rapport du Groupe intergouvernemental du climat (Giec) rédigé par des experts de l'ONU soit publié, il fallait l'accord de toutes les nations. En discussion depuis lundi à Bruxelles, le rapport a été publié, donc validé, ce vendredi 6 avril 2007.

Ce rapport, plus alarmant que les trois précédents, a de quoi inquiéter et, surtout, met de nombreux pays devant leurs responsabilités. On connaissait déjà son premier volet, scientifique, publié en février, qui indiquait pour 2100 une hausse probable de la température moyenne de 2 à 4,5 degrés et une montée du niveau des océans de 19 à 58 centimètres.

Dans le reste du rapport, les experts du Giec énoncent les effets de ces modifications :

  • Au-delà de 2 à 3 degrés de plus qu'en 1990, le réchauffement aura des impacts négatifs sur toutes les régions du globe.
  • Au-delà de 1,5 à 2,5 °C de plus, de 20 à 30 % des espèces animales et végétales risquent de disparaître.
  • Le nombre de victimes d'inondations pourraient augmenter de deux à sept millions de personnes chaque année.
  • En 2080, sécheresses, dégradation et salinisation des sols conduiront 3,2 milliards d'hommes à manquer d'eau et 600 millions à souffrir de la faim.
  • Les conséquences de ces inondations seront plus graves là où la pression démographique s'accentue et dans les grands deltas d'Afrique de l'Ouest, d'Asie ou du Mississippi.
  • « Les populations pauvres, même dans des sociétés prospères, sont les plus vulnérables au changement climatique » ont ajouté les experts pendant la conférence de presse.

Chipotages politiques

Le débat s'est clairement déplacé du terrain scientifique sur le terrain politique. Les débats ont bien montré les réticences des uns et des autres, ainsi que les points qui font mal. L'Arabie Saoudite, la Chine, les États-Unis et la Russie ont chacun contesté tel ou tel paragraphe qui semblait gêner leurs intérêts.

La Chine, d'après l'Agence France Presse, voulait retirer l'expression « très élevé » dans la phrase annonçant « le risque très élevé, basé sur de nombreuses observations et preuves dans tous les pays et la plupart des océans, que de nombreux systèmes naturels soient affectés par les changements climatiques. »

Quant aux États-Unis, ses représentants (toujours selon l'AFP) ont fait supprimer un passage prédisant que l'Amérique du Nord « devrait être localement confrontée à de graves dommages économiques et à des perturbations substantielles de son système socio-économique et culturel ».

Ironie du sort, c'est le moment qu'a choisi une équipe de treize chercheurs américains et israéliens, dirigée par Richard Seager, climatologue au Lamont Doherty Earth Observatory (New York), pour publier dans Science une étude alarmante sur l'évolution probable du climat dans le sud-ouest des Etats-Unis et au Mexique. Selon ces chercheurs, il faut s'attendre à une baisse de l'ordre de 15 % de l'humidité dans ces régions au cours des trois prochaines décennies. Et de prédire le retour régulier des catastrophiques phénomènes météorologiques appelés American Dust Bowl qui ont ravagé l'agriculture, déjà en crise, dans les années 1930. Une forte sécheresse s'était alors abattue sur la région des grandes plaines au centre des Etats-Unis et avait mis à mal les cultures avant de provoquer une importante érosion éolienne et de puissantes tempêtes de poussière. « Durant le Dust Bowl, souligne Richard Seager dans Naturela baisse d'humidité n'a été que de 15 %. »

Une tempête de poussière dans la région de Prowers, dans le Colorado, en 1937, à l'époque du Dust Bowl. © Western History Collection, University of OklahomaVisiblement, il ne suffira pas d'effacer un paragraphe pour écarter le danger… On peut remarquer aussi que cet épisode du Dust Bowl avait causé un tel traumatisme que d'énergiques mesures avaient été prises pour améliorer les pratiques agricoles (le labourage excessif a notamment été mis en cause), que l'écologie est devenue une science à part entière et qu'une certaine conscience de l'environnement est alors apparue.Côté européen, l'accueil a été au contraire enthousiaste. La Commission européenne a salué le rapport. Stavros Dimas, le Commissaire européen, a affirmé que le texte « plaidait en faveur de l'objectif fixé par l'Union européenne, à savoir de limiter le réchauffement planétaire à 2° C au maximum au-dessus de la température de l'ère préindustrielle ». Les 27 pays de l'Union européenne ont décidé le mois dernier une série de mesures, notamment l'augmentation de la part des énergies renouvelables et la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre d'au moins 20 % d'ici 2020 par rapport à 1990.
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