La part des émissions de gaz à effet de serre des terres émergées est importante. Mais ces dernières contribuent aussi à stocker une partie du carbone atmosphérique. © Игорь Кляхин, Fotolia

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Réchauffement climatique et agriculture : les terres de la Planète se meurent, alerte le Giec

ActualitéClassé sous :développement durable , Environnement , GIEC

Soumises à la pression des activités humaines et au changement climatique, les terres émergées souffrent. Mais des mesures rapides et de grande envergure de gestion durable et de réduction des émissions des gaz à effet de serre pourraient leur être salvatrices. Et constituer un élément de la solution contre le réchauffement global. C'est ce qui ressort du dernier rapport du Groupement d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec).

Trois quarts des terres émergées -- non englacées -- sont exploités et un quart peut même être considéré comme dégradé. C'est l'une des conclusions choc du dernier rapport rendu par les experts du Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Pour la toute première fois, ces derniers se sont en effet intéressés aux terres émergées de l'ensemble de notre planète et aux pressions qu'elles subissent.

Des pressions dues d'abord aux activités humaines. De plus en plus de bouches à nourrir. Des cultures énergétiques qui se multiplient. Les terres souffrent de leur (sur)exploitation. Mais elles peinent aussi sous le poids du changement climatique. Des précipitations plus intenses, par exemple, et ce sont l'érosion ou les glissements de terrain qui menacent. Résultat : des terres dégradées et moins productives.

Des terres qui de fait -- alors qu'elles stockent aujourd'hui l'équivalent de presque un tiers des émissions dues aux combustibles fossiles et à l'industrie -- absorbent moins de dioxyde de carbone (CO2). Et participent ainsi au réchauffement climatique qui les met sous pression. Alors même qu'elles sont déjà responsables de ni plus ni moins de 23 % des émissions de gaz à effet de serre. Voire 37 %, si on y ajoute la part des industries de transformation des aliments.

Le rapport du Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) juge que des mesures portant sur la qualité de la nutrition permettront de soulager les terres. © hykoe, Fotolia

Des conclusions qui restent encourageantes

« Les terres déjà exploitées pourraient subvenir aux besoins de la planète en matière d'alimentation et d'énergie », affirme Jim Skea, coprésident du Groupe de travail III du Giec. Le tout en participant à contenir le réchauffement climatique. « Mais il convient de prendre des mesures rapides et de grande envergure. » En revanche, retarder le passage à l'action pourrait avoir des conséquences irréversibles sur certains écosystèmes. Et plus globalement, sur notre climat.

Il convient de prendre des mesures rapides et de grande envergure.

Le rapport souligne par exemple qu'un tiers des aliments produits sont perdus ou jetés. Lutter contre ce gaspillage permettrait notamment de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Choisir de cultiver certains aliments plutôt que d'autres aiderait également. Tout comme la diversification des cultures qui, elle, permettrait de limiter la dégradation des terres et d'assurer une meilleure capacité d'adaptation aux extrêmes climatiques.

Et ce ne sont pas les seules pistes proposées par le Giec. Il y a aussi la réduction de la surconsommation de nourriture, l'élimination du défrichement et du brûlage des forêts ou encore une moindre exploitation du bois de chauffage, sans oublier la réduction des autres émissions de gaz à effet de serre, bien sûr.

  • Un rapport du Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) met en lumière les liens complexes qui existent entre terres émergées et climat.
  • Des mesures rapides et de grande envergure pourraient permettre de passer d’une situation de cercle vicieux à une situation de cercle vertueux.
Pour en savoir plus

Dégradation des sols : les scientifiques tirent la sonnette d’alarme

Article de Futura avec l'AFP-Relaxnews, paru le 27/03/2018

La dégradation de nos sols, due aux activités humaines, nuit aujourd'hui à notre bien-être. Elle entraîne l'extinction d'espèces et accentue le changement climatique. Elle contribue également aux déplacements de populations et à la multiplication des conflits. Ce sont les résultats alarmants d'une étude rendue publique hier.

En 2050, quatre milliards de personnes pourraient vivre en zone aride. Cette dégradation des sols pourrait pousser plusieurs centaines de millions de ces personnes à migrer vers des régions plus accueillantes. Quant à celles qui resteront sur place, elles seront exposées à des risques accrus de conflits violents. © Natthawee Suwannatthachot, Shutterstock

Pollution, déforestation ou encore pratiques agricoles non durables appauvrissent nos sols. C'est la conclusion alarmante d'un rapport publié ce lundi. Le résultat de la toute première étude en ce genre menée à l'échelle mondiale par une centaine de chercheurs de 45 pays.

« La dégradation des sols n'est pas un problème isolé : elle affecte de multiples régions et de nombreux habitants du monde. Elle altère la production de nourriture et la qualité de l’eau. Lorsque la terre se dégrade, souvent les gens migrent, car il n'y a plus de terres cultivables et donc une perte des moyens de subsistance », a déclaré à l'AFP le scientifique Robert Watson.

Selon les spécialistes, plus de 75 % de la surface de notre Terre subit aujourd’hui — et cela pourrait atteindre plus de 90 % d’ici 2050 — de manière substantielle, les conséquences des activités humaines. © Popsuievych, Shutterstock

À l’origine de cette dégradation, l’humanité en subira les conséquences

La dégradation part de la « transformation de toute végétation originelle. Cela peut être la reconversion d'une forêt en terre agricole ou d'une mangrove en élevage de crevettes », a expliqué Robert Watson. Et une gestion déraisonnable des terres provoque une dégradation des sols en causant pollution, érosion, épuisement des sols, qui perdent en nutriments et en productivité. Or, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, 95 % de notre nourriture provient directement ou indirectement de la terre.

Il y a donc urgence à agir. Le rapport propose d'ailleurs quelques pistes, comme la mise en œuvre de pratique de gestion du bétail dans les zones de pâturage, la restauration des zones humides par drainage, la plantation d'espèces indigènes ou la remédiation des sols contaminés.


Il faut sauver les sols

Article de Jean-Luc Goudet, paru le 05/09/2007

La dégradation des sols serait « la crise silencieuse du monde » selon l'un des experts internationaux réunis en Islande. Elle participe largement au dégagement de gaz à effet de serre et compliquera la tâche pour nourrir les neuf milliards d'humains qui habiteront la Terre en 2050.

« D'ici à 50 ans, il faudra produire autant de nourriture que durant les 10.000 dernières années. » Dans leur message préliminaire, les organisateurs du Forum International, qui réunit 150 experts mondiaux du 31 août au 4 septembre à Selfoss, en Islande, annoncent la couleur. Imaginé pour le centenaire du Soil Conservation Service, créé en 1907, ce forum abordera cette question cruciale.

La dégradation des sols et la désertification, que l'on observe partout dans le monde, constitueront bientôt un problème ardu à résoudre mais qui reste aujourd'hui à peu près ignoré. Andres Arnalds, directeur adjoint du Soil Conservation Service, parle d'une « crise silencieuse ». « Les informations sur la santé des sols dans le monde ne sont pas exactes, affirme-t-il, mais nous savons que les sols et la végétation sont dégradés à un niveau alarmant dans de nombreux pays. Certains estiment que chaque année une surface végétale de la taille de l'Islande disparaît. »

Cette atteinte aux surfaces cultivables survient alors qu'il faut préparer l'augmentation de production agricole indispensable à court terme pour nourrir les trois milliards d'hommes supplémentaires attendus d'ici une cinquantaine d'années. « La dégradation des sols a un effet dévastateur sur la production de nourriture » insiste Olafur Ragnar Grimsson, responsable du Forum.

En rouge sur cette carte, les zones arides sur notre planète. © USDA, Wikipedia, Domaine public

De la protection de la terre à celle de la Terre

Mais d'autres conséquences se font déjà sentir, sur les ressources en eau et sur le climat. « Le sol et le couvert végétal retiennent l'eau et la relâchent progressivement, explique Zafar Adeel, Directeur du Département en charge de l'eau, de l'environnement et de la santé à l'Université Internationale de l'ONU. Là où la végétation se réduit, la résistance des écosystèmes aux autres agressions diminue aussi. » L'effet sur le climat est également connu. La dégradation des sols et la désertification contribuerait pour environ 30 % à l'augmentation de gaz à effet de serre, en réduisant la captation par la végétation.

Au mois de juin dernier, un rapport de l'ONU, rédigé par 200 experts internationaux sous la direction de Hans van Ginkel, recteur de l'Université des Nations Unies, sonnait déjà l'alarme. Malheureusement passée relativement inaperçue, cette synthèse indiquait que deux milliards d'êtres humains, soit un sur trois, souffraient déjà d'au moins une des conséquences de la dégradation des sols. Zafar Adeel, qui fut un des auteurs de ce rapport, affirmait à l'époque que « les pouvoirs politiques et les décideurs publics ne mesurent pas la gravité de la situation ».

Pourtant, les solutions existent. Le rapport de l'ONU en faisait la liste, depuis un frein à la déforestation jusqu'à l'aide aux pays et aux populations en zones désertiques. La protection des sols aurait un impact très efficace sur le bien-être d'un grand nombre de personnes, sur la production agricole et sur la lutte contre l'effet de serre.

Pour faire entendre ce message, les experts veulent profiter de leur réunion en Islande et, notamment, réclamer la mise en place d'une année internationale de la protection des sols.

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