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Qualité de l'eau : un rapport accablant

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La qualité de l'eau est mauvaise et sa surveillance scientifique est inadaptée. Voilà globalement ce qui ressort d'un rapport réalisé par le WWF et Anne Spiteri, créatrice du site Eau-Évolution. Elle explique à Futura-Sciences les conclusions de ce rapport.

Les méthodes d'analyses de la qualité des cours d'eau sont inadaptées selon un récent rapport. © zigazou76, Flickr, cc by 2.0
  • À lire, notre dossier complet sur l'eau 

« Il faudrait pratiquement tout remettre à plat dans le domaine de l'eau. Et de façon urgente. » Ces mots d'Anne Spiteri, contactée par Futura-Sciences, résument bien le portrait qu'elle vient de dresser de l'état de l’eau en France. Cette scientifique, ancienne polytechnicienne et ayant travaillé dans divers organismes dont le Cemagref, a été chargée par le WWF de réaliser un rapport synthétisant les données brutes publiques (présentées et résumées sur son site Eau-Évolution) concernant la pollution de l’eau (nappes et rivières). Un rapport accablant, mettant en évidence les failles du système français de surveillance de l'eau.

Le premier reproche fait par Anne Spiteri, c'est que la Directive-cadre sur l’eau (DCE), qui harmonise la réglementation relative à la qualité de l'eau à l'échelle européenne, ne tient pas compte de l'état patrimonial de l'eau et ne surveille son état chimique qu'à minima. « L'état patrimonial correspond à l'état réel. L'état chimique de la Directive-cadre n'est qu'un point de vue réglementaire sur cet état réel », explique Anne Spiteri qui précise dans son rapport que « l'eau mérite une surveillance et une évaluation de son état patrimonial, c'est-à-dire qui permettent d'apprécier son niveau de dégradation indépendamment de toute référence à un quelconque usage anthropocentrique et qui respectent du mieux possible le principe de précaution ».

État patrimonial Vs. état chimique

En d'autres termes, l'état patrimonial tient compte de toute la pollution chimique, quelle qu'en soit l'importance et sous tous ses aspects, tandis que l'état chimique de la DCE se contente de fixer un seuil de pollution à ne pas dépasser pour un nombre réduit de substances considérées chacune de façon isolée.

Ces seuils imposés par la DCE sont d'ailleurs trop hauts selon le rapport. Et les méthodes de calculs pour évaluer la pollution sont inadaptées. En effet, « l'état chimique de la DCE ne tient pas compte des cumuls de contaminations et ne prend en compte qu'un très petit nombre de substances avec en plus une méthode d'évaluation simpliste », rappelle Anne Spiteri dans son rapport.

Les pesticides dans les cours d'eau. Les points noirs correspondent à des prélèvements contenant au moins six pesticides différents. © Eau-Évolution, source Agences de l'eau-OIEau

Et de conclure sur le manque de pertinence de cette évaluation chimique : « ce n'est pas parce que l'état chimique des rivières sera "bon" que les espèces aquatiques ne continueront pas à se féminiser ni que les sédiments ne seront plus contaminés ».

« Tout remettre à plat dans le domaine de l'eau »

Mais alors que faire ? « Tout remettre à plat », préconise Anne Spiteri. D'abord, « mettre en place une information environnementale indépendante, pertinente, consistante et réactive ». Cela implique donc des analyses plus fréquentes, réalisées par des organismes qui ne dépendent pas de l'État. Pour l'instant, « ces évaluations ne sont malheureusement pas faites par des scientifiques, qui hurleraient à cause des données ni fiables ni comparables, mais par les agents du SOES(Service de l'observation et des statistiques, NDLR) dont le niveau lamentable des méthodes statistiques et des publications est vivement critiquable et même irresponsable face à la gravité de la pollution chimique ».

En outre, Anne Spiteri propose la mise en place « d'une police de l'eau et de l'environnement réellement indépendante, qui soit très présente sur le terrain et qui ait des vrais moyens financiers, en expertise écologique et en contrôle ». Une demande appuyée par le WWF qui souhaite la création d'un observatoire indépendant sur les modèles du Cniid ou de la Criirad.

Enfin, concernant les méthodes d’analyses qu'elle juge obsolètes, la scientifique suggère de « revoir l'ensemble de nos modèles en profondeur, en toute indépendance et avec les bases scientifiques écologiques sérieuses qui n'existaient pas à l'époque où on les a conçus. » 

Des techniques désuètes, des analyses biaisées, une surveillance insuffisante : autant de faiblesses qui mèneraient selon à une sous-estimation de la pollution des cours d'eau en France. Une douche froide !

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