Dans certains départements, les cours d’eau sont complètement à sec. © Nicolas Dupery/ CD 78

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Canicule et sécheresse : 10 conséquences déjà critiques

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Après un premier épisode de canicule fin juin, la France affronte une nouvelle vague de chaleur depuis le début de la semaine. Fruits et légumes riquiqui, trains en retard, éoliennes à l'arrêt, forêts qui meurent de soif et pics de pollution : les effets du réchauffement climatique impactent déjà lourdement notre vie quotidienne.

Après le mois de juin le plus chaud jamais enregistré depuis le début des relevés en Europe et sur le globe, un nouvel épisode de canicule s'est abattu sur la France depuis le lundi 22 juillet. Une avalanche de records historiques de température sont tombés jeudi avec par exemple 42,6 °C à Paris, 41,7 °C à Amiens, 39,4 °C sur les plages de Deauville ou 38,9 °C à Strasbourg. Avec à la clé des conséquences en cascade sur l'agriculture, l'environnement, la santé et les infrastructures.

Des fruits et légumes rabougris

La sécheresse et les deux épisodes de canicule s'annoncent d'ores et déjà catastrophiques pour les récoltes de fruits et légumes. « Depuis le 8 juin, il n'y a pas eu une seule goutte de pluie », se désole une exploitant du Centre-Ouest dans Le Parisien. : « Au final, on a récolté des melons de 800 g, plutôt que 1 kg ou 1,2 kg ». Même constat pour les pommes de terre « les patates sont déjà en train de crever, on perdra au moins 50 % de la récolte », pronostique une exploitante du Val d'Oise. Dans le Puy-de Dôme, les salades et le chou ont grillé. Normalement, ce serait aussi le moment de semer les légumes d'hiver, « mais je ne vois pas bien comment ça peut germer par cette chaleur », s'inquiète un autre maraîcher du Puy-de-Dome sur France Bleu.

La sécheresse rend les melons plus petits. © Fordvika, Fotolia

Des maisons qui se fissurent

Des murs qui se lézardent et des plafonds qui se fissurent : c'est la conséquence du déficit hydrique qui entraîne une contraction des sols. Lorsqu'il pleut, la terre se dilate à nouveau et cette alternance de tassement et d'expansion fragilise certaines habitations. Près de 4,5 millions de maisons individuelles, construites avec des fondations moins basses que les immeubles, seraient ainsi menacées, selon Le Monde. Seul espoir pour les résidents : obtenir la reconnaissance de leur commune en état de catastrophe naturelle. Dans les Hauts-de-Seine, onze villes viennent d'obtenir ce classement pour la sécheresse de... 2018. Les habitants dont les murs sont fendus vont enfin pouvoir engager une demande de financement des travaux auprès de leur assurance.
 

Des pics de pollution et des restrictions de circulation

L’ozone se forme lorsque des polluants primaires comme les oxydes d'azote émis par le trafic automobile ou l'industrie sont soumis à un fort rayonnement solaire. Avec la canicule, les taux d'ozone ont dépassé les seuils d'alerte dans de nombreux départements. Dans le Grand Est, une pollution aux microparticules PM10 est également apparue « en raison de l'activité agricole importante sur des sols particulièrement secs », indique L'Atmo Grand Est, chargée de surveiller la qualité de l'air dans la région. Plusieurs préfectures ont annoncé un abaissement de la vitesse de 20 km/h sur l'ensemble du réseau routier, tandis que Paris, Lyon, Marseille ou Strasbourg ont mis en place la circulation alternée pour tenter de réduire la pollution. Les habitants sont eux invités à limiter leurs déplacements et les activités physiques, autant en plein air qu'à l'intérieur.
 

Des réserves d’eau au plus bas

« Les niveaux des nappes phréatiques en France sont globalement très inférieurs à ceux de l'année dernière », met en garde le BRGM. De faibles précipitations durant l'automne et l'hiver associées à la canicule précoce du mois de juin ont amené 73 départements à prendre des restrictions d'eau. Dans le bassin de la Loire, « c'est la troisième année la plus grave de ces derniers 150 ans », témoigne à France Info Annick Bonneville, directrice régionale de la (DREAL) des Pays de la Loire. Interdiction pour les particuliers d'arroser leur potager ou de remplir la piscine. Les industriels, gérants de golf et agriculteurs doivent également limiter leur consommation d'eau.

Les sols superficiels sont en grave déficit hydrique sur un large quart nord-est et localement en région PACA. © Météo France

Une consommation électrique qui explose et une production en berne

Ce mercredi 24 juillet, la France a battu son record de consommation électrique estivale avec une pointe de 59.715 mégawatts à 12 h 45, a annoncé RTE. La faute aux climatiseurs et ventilateurs, qui tournent à plein régime en cette période de canicule. Et ça tombe plutôt mal, car l'approvisionnement et lui aussi sous tension : lundi, EDF a annoncé l'arrêt des réacteurs de la centrale nucléaire de Golfech, dans le Tarn-et-Garonne, afin d'éviter la surchauffe de la Garonne. Dans le Rhône, plusieurs réacteurs ont aussi dû être « ralentis ». Les énergies renouvelables ? Pas mieux. Mercredi, les éoliennes ne tournaient qu'à 6 % de leur capacité et ne représentaient plus que 1 % de la production électrique totale. Le solaire ? Les panneaux détestent la chaleur : chaque degré supplémentaire au-delà de 25 °C lui fait perdre 0,5 % de rendement.

Les 8.000 éoliennes françaises sont quasiment à l’arrêt depuis lundi. © Loic Pinseel, Flickr

Des trains qui roulent au ralenti

Jeudi 25 juillet au soir, le Thalys a suspendu la vente de ses billets sur toutes ses lignes en raison « de graves perturbations dues à des conditions climatiques exceptionnelles ». La veille, la SNCF avait déjà appelé les voyageurs à reporter leurs trajets en raison de la canicule. « Au-delà de 45 °C, les caténaires et les rails peuvent être détendus ou dilatés », explique Ludivine Mantin, chargée des relations voyageurs. Pour éviter d'endommager le matériel, les trains doivent donc circuler à vitesse réduite et d'autres sont carrément annulés. Autre souci pour la SNCF : les feux de talus déclenchés par la chaleur qui sont aggravés par le passage des trains. Et si vous décidez quand même de partir, sachez que « les trains peuvent faire l'objet de pannes de climatisation », avertit la compagnie.
 

Des forêts qui meurent de soif

Ils ne sont pas victimes de coups de soleil mais de la canicule : en six mois, 10 % des sapins ont viré au rouge sur la moitié sud du Haut-Rhin. En Suisse, une surface équivalente de hêtres a dépéri. « Une catastrophe forestière grave et inédite », comme la décrit le gouvernement helvète. En plus du manque d'eau et de la chaleur, « les arbres affaiblis subissent les attaques de parasites (insectes et champignons), qui sont d'autant plus nombreux que les températures élevées favorisent leur développement », souligne le département de la santé des forêts (DSF) du ministère de l'Agriculture. Ces ravageurs entraînent le décollement de l'écorce et le dépérissement de l'arbre. Incapables de résister au réchauffement climatique, certaines essences pourraient tout bonnement disparaître de notre territoire.
 

Des milliers de noyades

Samedi 20 juillet, un petit garçon de six ans s'est noyé dans une base de loisirs à Villeneuve-sur-Yonne (Yonne). Il aura suffi de cinq minutes pour que l'enfant décède, échappant à la vigilance de ses parents et des maîtres nageurs. Chaque année, des milliers de noyades sont à déplorer en France, mais en période de canicule, les chiffres bondissent en raison de l'augmentation des baignades. L'été dernier, déjà marqué par les fortes chaleurs, 1.649 noyades dont 600 mortelles ont ainsi été enregistrées, soit 30 % de plus qu'en 2015. Et le précédent épisode de canicule fin juin 2019 a déjà fait 30 morts. « Il y a de plus en plus de piscines gonflables que l'on installe partout, y compris sur des balcons. Cela multiplie les risques », avertit Jean-Louis Chabernaud, pédiatre-réanimateur à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart (Hauts-de-Seine), dans Le Parisien.
 

Des incendies de forêts et de champs

Avec une végétation desséchée et une chaleur suffocante, le moindre mégot mal éteint est susceptible de se transformer en catastrophe. Près de 400 hectares sont déjà partis en fumée dans l'Hérault, soit plus que durant toute l'année 2018. Dans le Var et les Bouches-du-Rhône, la plupart des massifs sont désormais déconseillés d'accès tandis que la Gironde, les Landes et le Lot-et-Garonne ont été placés en vigilance orange incendie lundi 22 juillet. Les forêts ne sont pas les seules à subir les assauts des flammes. Dans l'Essonne, des centaines d'hectares de champs ont brûlé sous les yeux médusés des agriculteurs. « Voir notre travail de l'année qui part en fumée, c'est démoralisant », se lamente Florent Girard, un agriculteur de Boutervilliers.
 

Des poissons morts qui jonchent les étangs

Le week-end dernier, la canicule a tué des centaines de poissons dans l'étang de Bolmon à Marignane, près de Marseille. La prolifération des algues liée à la chaleur a privé les poissons d'oxygène qui ont dû être ramassés en urgence pour prévenir le pourrissement. Même constat dans les marais des Sables-d'Olonne, où les eaux stagnantes favorisent le phénomène. Dans l'Indre, la préfecture a interdit aux pêcheurs de prélever une seule truite sur l'ensemble des cours d'eau du département, l'espèce étant déjà menacée par le réchauffement des eaux devenues trop basses. Vers Riom (Puy-de-Dôme), le débit des rivières est de toute façon tellement bas que les pêcheurs ont déserté les lieux.

Des milliers de poissons morts dans les marais d'Olonne. © Jean-Yves Bourcereau, Facebook
Pour en savoir plus

Canicule : 10 conséquences inattendues

Article de Céline Deluzarche publié le 07/08/2019

Les températures relevées ces dernières semaines en Europe et dans plusieurs autres régions du monde battent des records : 33 °C en Laponie norvégienne, 46 °C au Portugal, et même 51,3 °C dans le Sahara australien. Sous l'effet de la chaleur, on observe des phénomènes bien étranges.

Des températures exceptionnellement élevées sont relevées dans plusieurs pays du monde. Elles ont des conséquences sur la santé humaine mais aussi d'autres, plus inattendues. En voici quelques-unes. 

Les rennes envahissent les tunnels en Norvège

Avec des températures dépassant les 30 °C dans le nord de la Norvège, les rennes plutôt habitués aux grands froids ont bien du mal à trouver un peu de fraîcheur. Alors, pour se trouver une place à l'ombre, ils se réfugient... dans les tunnels. Les responsables de la sécurité routière appellent donc les automobilistes à la vigilance, même si aucun accident grave n'a encore été signalé. En Finlande voisine, 4.000 accidents impliquant une collision avec un renne sont à déplorer chaque année.

Pour se protéger de la chaleur, les rennes se mettent à l’ombre dans les tunnels. © Jon, Flickr CC BY 2.0

Le plus haut sommet suédois perd son statut de point culminant

Les chaleurs exceptionnelles enregistrées ces derniers jours en Suède ont fait fondre le glacier recouvrant le sommet sud du massif du Kebnekaise de quatre mètres au cours du seul mois de juillet, rapporte Gunhild Ninis Rosqvist, professeur de géographie à l'université de Stockholm. Son altitude est désormais inférieure à celle du sommet nord (2.096,8 mètres) alors qu'en 2017, il le dépassait de deux mètres. Pour autant, la canicule de cette année ne fait qu'accentuer la tendance, puisque le sommet fond déjà d'un mètre par an depuis les années 1980.

Le sommet sud du massif Kebnekaise en Suède a perdu quatre mètres de neige au cours du seul mois de juillet 2018. © Lukáš Poláček, Flickr CC BY-NC 2.0

Une hausse de 15 % des accidents de la route

Le nombre d'accidents les jours de canicule est 15 % plus élevé que la moyenne, indique l'Institut belge pour la sécurité routière. Plusieurs explications sont avancées : d'abord, les piétons et cyclistes plus nombreux sur les routes ; deuxièmement, la diminution de la concentration des conducteurs et, troisièmement, la fatigue due à des nuits peu reposantes et au report des trajets à des heures plus fraîches. En 2016, une étude avait montré une augmentation de 9 % du nombre d'accidents lorsque les températures dépassent les 27 °C.

De moins bons résultats aux examens

La chaleur ramollit-elle le cerveau ? D'après une étude de l'université de Harvard, les étudiants qui passent un examen par des températures supérieures à 32 °C ont 12 % de chances en moins de l'obtenir par rapport à ceux qui passent les mêmes épreuves à 22 °C. Une précédente étude de 2016 avait déjà montré une réduction de 10 % des capacités cognitives chez les personnes habitant des logements sans air conditionné. Faut-il alors relever artificiellement les notes des étudiants n'ayant pas bénéficié de la climatisation, comme le suggèrent les auteurs de la première étude ?

Le prix des céréales explose

La situation est « catastrophique », s'affole Andrée Defois, une analyste de Stratégie Grains, un cabinet d'études spécialisé dans les marchés des céréales et oléagineux. La récolte de blé dans l'UE ne dépassera pas les 130 millions de tonnes cette année, soit la production la plus faible depuis six ans, estime le consultant. La sécheresse et la chaleur ont dévasté le blé, l'orge et le colza dans les grands pays producteurs comme l'Allemagne, les pays baltes, la Pologne et la Suède. De quoi provoquer une flambée des prix : le blé a dépassé les 200 euros la tonne fin juillet.

La récolte de blé européenne est au plus bas depuis six ans. © USDA NRCS South Dakota, Flickr CC BY-SA 2.0

Les routes et les immeubles fondent

À Glasgow, en Écosse, les températures ont dépassé les 32 °C ces derniers jours. Trop chaud pour le centre des Sciences, dont les jointures en goudron ont commencé à fondre, laissant des traînées noires sur le dôme. Le centre s'est voulu rassurant, expliquant qu'il n'y avait aucun risque sur la solidité de la structure. Aux Pays-Bas, certaines sections d'autoroutes ont dû être fermées car l'asphalte a commencé à fondre sous le soleil écrasant. Il faut dire qu'en plein soleil, la surface de la route peut facilement s'échauffer jusqu'à 60 °C ou 70 °C.

À Glasgow en Écosse, les jointures du toit fondent sous l’effet de la chaleur. © BBC Scotland News, Twitter

Des munitions de la seconde guerre mondiale mises au jour

Vingt-quatre grenades, des mines et autres engins explosifs ont été retrouvés à plusieurs endroits la semaine dernière sur les rives de l'Elbe, en Saxe-Anhalt (Allemagne). Un arsenal découvert par des promeneurs à des endroits généralement recouverts d'eau, mais mis à nu en raison de la sécheresse qui sévit cette année dans la région : à certains endroits, la hauteur de l'Elbe ne dépasse pas les 46 centimètres. « Même après des décennies passées au fond de l'eau, les munitions peuvent encore être dangereuses », a averti le Bureau de la police technique (TPA).

Les piscines virent au vert

Dans de nombreux jardins, l'eau des piscines devient soudainement verte. En cause, la hausse de la température de l'eau. Lorsqu'elle dépasse 28 °C, le pH augmente, ce qui favorise la prolifération d'algues et réduit l'efficacité du chlore, utilisé comme désinfectant contre les micro-organismes. En plus, le chlore libre de l'eau a tendance à s'évaporer sous l'effet des rayons ultraviolets. Mais attention, jeter des dizaines de pastilles de chlore dans la piscine peut provoquer des irritations des yeux et de la peau, mettent en garde les professionnels.

Sous l’effet de la chaleur et des rayons ultraviolets, les algues prolifèrent dans les piscines. © Laura Thorne, Flickr CC BY-NC-ND 2.0

Les trains arrivent en retard

En Bretagne, plusieurs trains ont accusé entre cinq et trente minutes de retard ces derniers jours. Et cette fois, ce ne sont ni la grève ni un incendie qui sont responsables, mais la canicule. À partir de 45 °C, les rails se dilatent et se déforment, obligeant la SNCF à réduire la vitesse pour éviter tout risque de déraillement. Les caténaires aussi s'allongent et se détendent. Si les contrepoids chargés de garder le fil bien tendu atteignent le sol, la caténaire risque de toucher le toit du train et d'être arrachée par le pantographe.

Lors des fortes chaleurs, les rails se dilatent et les trains doivent circuler à vitesse réduite. © Tara R, Flickr CC BY-NC-ND 2.0

Les centrales nucléaires au ralenti

Malgré les besoins en énergie pour alimenter les climatiseurs, EDF a dû mettre à l’arrêt un réacteur nucléaire et en ralentir deux autres pour respecter les normes environnementales de température de l'eau. Les centrales se servent en effet de l'eau des fleuves pour refroidir les turbines et la rejettent dans l'environnement. Or, avec les fortes chaleurs, l'eau est déjà trop chaude : plus de 28 °C dans le Rhône. Pour autant, EDF assure qu'il n'y aura aucun problème d'approvisionnement, d'autant que la production solaire est elle à son zénith : elle a battu un record en juin, à 1.284 GWh.

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