Reverra-t-on bientôt des mammouths laineux du côté de l’Arctique ? C’est en tout cas ce que promet une start-up américaine. © Jayce, Adobe Stock
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Redonner vie au mammouth laineux pour lutter contre le réchauffement climatique ?

ActualitéClassé sous :zoologie , CRISPR-Cas9 , Mammouth

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[EN VIDÉO] 5 animaux que les scientifiques veulent ressusciter  Grâce à la génétique, certains scientifiques espèrent faire revivre des espèces disparues. Il suffit en théorie de disposer d’un peu d’ADN pour recréer un embryon et l’implanter chez une femelle porteuse. Voici 5 animaux qui pourraient bientôt ressortir des archives. 

Voici plus de 10.000 ans qu'aucun mammouth laineux n'a foulé le sol de notre Planète. Mais des ingénieurs et scientifiques espèrent aujourd'hui ressusciter l'espèce. Ou presque. Avec pour ambition que l'animal hybride qui en résultera puisse participer à notre effort pour limiter le réchauffement climatique.

Quinze millions de dollars. C'est la somme qu'une start-up américaine vient de lever pour ressusciter le mammouth laineux (Mammuthus primigenius). Une espèce qui peuplait l'Eurasie septentrionale et l'Amérique du Nord pendant le Pléistocène. Mais que l'on n'a plus vu déambuler dans les steppes depuis quelque 10.000 ans. Ressusciter le mammouth laineux ou plus exactement, créer une espèce hybride résistante au froid avec des « traits biologiques fondamentaux » - des oreilles plus petites, une tête bombée, une fourrure fournie et un peu plus de graisse - de cette espèce éteinte depuis des milliers d'années. Le tout avec l'ambition d'aider à lutter contre le réchauffement climatique en restaurant des écosystèmes perdus.

Les ingénieurs de Colossal, c'est ainsi qu'est appelée la start-up en question, ambitionnent pour cela de s'appuyer sur l'éléphant d’Asie (Elephas maximus) - lui-même en voie de disparition -, un parent éloigné du mammouth laineux avec qui il partage 99,6 % d'ADN et un ancêtre commun. Et sur la technologie des ciseaux génétiques, la fameuse technologie CRISPR. Avec l'idée d'introduire des éléments de l'ADN du mammouth laineux dans des cellules d'éléphant d'Asie pour produire des embryons présentant les caractéristiques les plus intéressantes des deux espèces. Des embryons qui pourraient grandir au cœur d'un utérus artificiel construit à partir de cellules souches.

Mais pourquoi tant d'efforts ? Pour ouvrir aux éléphants d'Asie de nouveaux espaces dans lesquels les ingénieurs affirment qu'ils pourraient s'épanouir sans entrer en conflit avec les Hommes. L'Arctique est l'un de ceux-là. Et cela explique pourquoi les ingénieurs cherchent à enrichir l'éléphant en graisse et en fourrure. Pour l'aider à résister au froid. Lui offrir des outils supplémentaires pour survivre, en somme.

Le généticien de Harvard (États-Unis) George Church, ici à droite, est parmi les fondateurs de la start-up Colossal. Il est l’un des pionniers du séquençage du génome et de l’utilisation de la technologie CRISPR. © Colossal

Un impact écologique encore à démontrer

D'autres chercheurs s'interrogent. Ils avancent que les éléphants d'Asie sont des animaux sociaux et intelligents, doués d'une culture. Imaginer déplacer ces animaux vers de nouveaux horizons soulève ainsi des questions éthiques majeures. D'autant qu'il n'est pas certain que même un véritable mammouth laineux puisse encore se sentir à l'aise dans l'Arctique d'aujourd'hui.

Sur ce point, les ingénieurs de Colossal espèrent justement que l'introduction dans la région de leurs éléphants hybrides permettra de remodeler les écosystèmes. Pour les faire ressembler à nouveau aux steppes du Pléistocène. Selon eux, la disparition des mammouths a favorisé le développement d'une toundra qui reflète moins bien le rayonnement du soleil. Et participe ainsi au réchauffement de la planète. Les mammouths laineux façon Colossal pourraient aussi aider, en piétinant sans cesse la neige, à empêcher le pergélisol de fondre en libérant du carbone emprisonné là depuis longtemps.

Pour que cela ait une chance de fonctionner - car l'effet pourrait aussi être inverse -, il faudra donner naissance à suffisamment d'éléphants hybrides, préviennent tout de même des chercheurs extérieurs au projet. Selon eux, les meilleures cibles pour un tel réensauvagement seraient plutôt à chercher du côté des espèces plus récemment disparues ou mieux encore, sur le point de disparaître. Et capables de se multiplier suffisamment vite pour devenir écologiquement efficaces.

L’éléphant d’Asie se plaira-t-il dans l’écosystème arctique ? © goodze, Adobe Stock

Ne pas se tromper de cible

Enfin, les ingénieurs de Colossal avancent que la méthode pourrait être appliquée ensuite à des espèces aujourd'hui en danger, pour aider à prévenir leur extinction. Mais certains de leurs confrères doutent. Ils craignent que le financement de telles opérations médiatiques nuise aux efforts de conservation plus classiques. Ils avancent même qu'avec une somme équivalente, ces efforts traditionnels pourraient sauver jusqu'à huit fois plus d'espèces.

Dans le meilleur des cas, Colossal estime pouvoir être en mesure de donner naissance à un petit éléphant hybride de mammouth laineux dans environ six ans. Il faudra alors attendre quelque quatorze ans pour qu'il soit en âge de se reproduire. Et que l'on puisse alors commencer à espérer qu'il ait un effet sur le réchauffement climatique. Compte tenu de l'urgence actuelle, le timing semble de toute façon, quoi qu'il en soit d'un point de vue éthique, un peu serré... Pour lutter contre le réchauffement climatique, la meilleure solution à ce jour reste de limiter nos émissions de gaz à effet de serre !

Pour en savoir plus

Ils veulent ressusciter un mammouth d'ici 2 ans

Des biologistes américains veulent créer un hybride éléphant d'Asie-mammouth laineux en utilisant l'inépuisable technique d'édition génétique Crispr/Cas9. L'animal aurait quelques gènes caractéristiques de ce pachyderme disparu, déjà repérés dans l'ADN. Le but : mieux préserver l'éléphant d'Asie... et peupler la toundra de ces « mammouphants » pour combattre le réchauffement climatique. Un projet de « dé-extinction » vraiment compliqué et éthiquement contestable.

Article de Jean-Luc Goudet paru le 20/02/2017

Une représentation d'un mammouth laineux (Mammuthus primigenius) au Royal BC Museum de Victoria, au Canada. © Flying Puffin, Licence Creative Commons (by-nc-sa 2.0)

Depuis 2015, une équipe de l'université de Harvard, aux États-Unis, travaille sur le projet Woolly Mammoth Revival, quelque chose comme la relance du mammouth laineux. Leur idée diffère donc de celle du clonage, qui avait germé il y a plusieurs années pour faire croître dans le ventre d'une éléphante un embryon dont l'ADN serait d'un mammouth en bon état extrait du sol gelé de la Sibérie. Techniquement hasardeux, ce projet reste dans les limbes.

Les biologistes américains, qui travaillent aussi sur d'autres espèces disparues ou en danger, veulent faire plus simple : créer un hybride, qui serait en fait un éléphant d'Asie portant quelques gènes provenant d'un mammouth laineux. Les derniers progrès de la génétique, en particulier « l'édition » Crispr/Cas9 et le meilleur contrôle des cellules souches, permettent aujourd'hui d'imaginer un tel projet. C'est d'ailleurs ainsi qu'il a démarré, quand, en 2015, l'équipe de Vincent Lynch est parvenue à séquencer le génome de mammouths laineux et à y repérer des gènes responsables de l'adaptation au froid, comme les poils longs.

Le professeur George Church, qui dirige cette équipe, vient de présenter son projet au dernier congrès de l'AAAS (American Association for the Advancement of Science). Voici ce qu'ils ont fait ou souhaitent faire :

  • Les biologistes ont réalisé une forme de « copier/coller » des gènes d'adaptation au froid et les ont installés dans des cellules d'éléphant d'Asie (en l'occurrence des fibroblastes). Pourquoi cette espèce ? Parce qu'elle est phylogénétiquement plus proche du mammouth laineux que l'éléphant d'Afrique.
  • Ils ont isolé quatre familles de gènes, correspondant à des caractéristiques anatomiques de ces mammouths : les petites oreilles, la graisse sous-cutanée, les poils longs et l'efficacité du transport d'oxygène par les globules rouges.
  • Ces fibroblastes ont été reprogrammés pour devenir des cellules souches pluripotentes induites (iPSC) et mises en culture au laboratoire, ce qui évite désormais d'avoir recours à des embryons.
  • Les chercheurs veulent désormais reprogrammer des cellules souches, en trois cultures différentes, pour tester leurs performances dans trois domaines : le transport d'oxygène (en en faisant des globules rouges), la pousse des poils et le stockage de graisse (sous forme de cellules adipeuses).
  • Plus tard, le projet consistera à transférer un noyau de cellule de peau portant ces gènes dans un ovule fécondé énucléé et à faire croître cet embryon intégralement in vitro, car les chercheurs ne veulent pas mettre en danger une femelle éléphante.
Les trois adaptations au froid venues du mammouth laineux dont les chercheurs veulent doter un éléphant d’Asie (représenté par la silhouette noire) : un transport d’oxygène plus efficace, une couche adipeuse épaisse et une fourrure de longs poils. © Woolly Mammoth Revival

Des troupeaux de mammouphants pour protéger la toundra du réchauffement

Dans The Guardian, George Church affirme que le projet aboutira dans deux ans, ce qui semble très optimiste car personne aujourd'hui ne sait conduire un développement embryonnaire complet en milieu artificiel. Church a expliqué au Guardian que son équipe tente de le réussir avec des embryons de souris. Le problème éthique reste posé, comme il l'avait été au moment des idées de clonage. S'il naît, que deviendra cet animal qui ne sera plus vraiment un éléphant ? Par ailleurs, comme le soulignent d'autres chercheurs, un organisme ne se résume pas à ses gènes.

Pour ce biologiste, le projet permettra d'« améliorer » le génome de l'éléphant d'Asie, une espèce considérée comme en danger. Si des « mammouphants » sont créés, ils pourraient, poursuit-il, être installés en hordes dans les toundras eurasiatiques. Car, explique l'équipe, les mammouths aidaient à maintenir la végétation basse, laquelle protège le sol du soleil. Des troupeaux de mammouphants réduiraient ainsi le risque de fonte du pergélisol, dans le contexte du réchauffement climatique.

Ces chercheurs voient donc très loin, et, adeptes de la « dé-extinction », espèrent aussi faire revivre d'autres espèces disparues, comme la tourte voyageuse (Ectopistes migratorius), qui ressemblait à un pigeon. D'ailleurs, ils font partie de la fondation Long Now, qui veut réfléchir à l'échelle de dix mille ans, précisant qu'elle a été fondée en « 01996 ».

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