La France n'émettrait que 0,9 à 1,5 % des émissions mondiales de CO2, le principal gaz à effet de serre qui contribue au réchauffement climatique. Dans ce cas, notre pays a-t-il vraiment un intérêt à faire des efforts pour réduire ses émissions ?

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[EN VIDÉO] Les variations du taux de CO2 dans l’atmosphère au fil des mois Des climatologues de la Nasa ont mis au point un modèle qui montre les variations de taux de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère au cours d’une année. On y découvre les mouvements de ce gaz à effet de serre dans notre atmosphère après son émission par trois grands pôles dans l’hémisphère nord : l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie. Et on y observe comment la végétation fait varier les taux de CO2 dans l’atmosphère jusqu’à arriver à un pic au printemps.Pendant l’été de l’hémisphère sud, on observe des émissions marquées de monoxyde de carbone (CO). Venant notamment de feux de forêt en Amérique du Sud, en Afrique et en Australie. (vidéo en anglais) © Nasa, Goddard Space Flight Center

« Au niveau mondial, la France ferait partie des bons élèves en matière d'écologie » selon certains politiques, vraiment ? Les deux plus gros émetteurs au monde sont effectivement la Chine, avec 29 % des émissions mondiales et les États-Unis, avec 14 % des émissions mondiales, selon les chiffres de Global Carbon Project. Mais selon le think tank Global Footprint Network, si toute l'humanité consommait autant de ressources qu'un Français, il faudrait 2,7 planètes comme la Terre pour subvenir à nos besoins.

La France a en grande partie délocalisé ses émissions de CO2

Première question qui mérite une réponse plus détaillée : la France n'est-elle vraiment responsable « que » de 1 % des émissions qui contribuent au réchauffement climatique ? Oui, et non. Car la France a en grande partie délocalisé ses émissions de CO2, et ce gaz polluant, lui ne s'arrête pas aux frontières. Les importations nettes de la France représentent 34 % de ses émissions nationales (contre 10 % pour la Chine). Selon les chiffres de l'Insee de 2017, l'empreinte carbone réelle des Français serait en réalité 1,7 fois plus élevée que les émissions nationales. La pollution des pays européens de l'Est, souvent pointée du doigt, est en partie liée aux besoins de consommation des pays de l'Ouest, dont la France. Comme l'explique le climatologue et physicien de l'atmosphère Davide Faranda (ISPL), « la France fait beaucoup d'investissements industriels et alimentaires dans d'autres pays très émetteurs. Notre pays peut orienter ses choix économiques différemment et avoir du poids sur le développement des autres pays. Elle peut être un acteur important de la transition écologique au niveau international : la France doit faire pression sur d'autres pays, et elle peut se le permettre en tant qu'investisseur ».

En rouge, les pays les plus importateurs de produits générant du CO<sub>2</sub>. En bleu, les pays les plus exportateurs. © Global Carbon Project
En rouge, les pays les plus importateurs de produits générant du CO2. En bleu, les pays les plus exportateurs. © Global Carbon Project

200 pays émettent 1 %, mais leur total cumulé pèse dans la balance

Si on additionne les émissions des 200 pays qui contribuent à hauteur de moins de 2 % (comme l'Allemagne, l'Italie, l'Algérie, le Brésil, l'Afrique du Sud...), cela représente une part totale de plus de 37 % des rejets de GES dans le monde selon les chiffres de Global Carbon Project. De plus, au niveau historique, l'impact de la France est plus grand : depuis 1750, les accumulations de CO2 émises font grimper la France à la huitième place des pays les plus émetteurs, soit 2,34 %. Si l'on prend en compte les émissions de gaz à effet de serre exportées, mais aussi la part des Français dans la population mondiale (1 %), la France ne peut plus être considérée comme un bon élève de l'écologie : elle polluerait même plus par habitant que la Chine selon certains calculs.

La France est l'un des pays les plus touchés par le réchauffement climatique

Alors que les Européens se sentaient moins concernés par le réchauffement climatique que d'autres régions du monde, une étude publiée dans Nature en 2022 confirme le fait que l'Europe de l'Ouest, dont la France, fait en fait partie des zones les plus touchées par le changement climatique : la hausse des températures est trois à quatre fois plus rapide que dans les autres pays des mêmes latitudes. Une autre étude scientifique parue dans Earth System Dynamics, en octobre 2022, montre que la France se réchauffe encore plus vite que prévu : jusqu'à 50 % plus rapidement que ce que l'on pensait ! La hausse des températures en France est aussi plus élevée que la moyenne mondiale : +1,2 °C dans le monde par rapport aux niveaux pré-industriels, alors que celle-ci atteint +1,7 °C en France (avec une marge comprise entre +1,4 °C et 1,9 °C). La France se réchauffe davantage (environ 20 % plus vite) que la moyenne planétaire. Le rythme de réchauffement est alarmant dans notre pays : +0,36 °C en moyenne tous les 10 ans. À cette vitesse, d'ici 2100, la France subira une hausse de +3,8 °C (entre 4,5 et 6,8 °C) comparé aux niveaux préindustriels, voire bien plus selon d'autres scénarios plus aggravants.

Que peut faire la France ?

« Les émissions de CO2 les plus importantes de la France proviennent du secteur du transport. Mais les émissions numériques sont en forte croissance (3 à 4 % de la part totale des émissions) : notre pays a même l'une des plus fortes croissances du monde dans ce domaine ! Ce sont donc sur ces deux secteurs, le transport et le numérique que l'on doit travailler en priorité », précise Davide Faranda. Les transports représentent en effet 31 % des émissions de CO2 en France selon le ministère de la Transition écologique, dont 54 % proviennent des véhicules de particuliers. « D'où l'intérêt de développer la voiture électrique », selon le climatologue.

Répartition des émissions de gaz à effet de serre des transports en France en 2019. © Ministère de la Transition écologique
Répartition des émissions de gaz à effet de serre des transports en France en 2019. © Ministère de la Transition écologique

En ce qui concerne l'avion, « il faut mieux organiser les choses : par exemple, il y a beaucoup trop de connexions Paris-Amsterdam ou Paris-Londres dans les vols internationaux vers d'autres destinations plus lointaines. Beaucoup de vols, ou connexions, devraient être des voyages en train, tout comme les lignes internes Paris-Nice qui sont très gourmandes en CO2. Il faut également développer d'autres liaisons de train, comme Paris-Rome ou Paris-Berlin », explique Davide Faranda.

Dans ce cas, le choix de réorganisation appartient autant aux compagnies aériennes qu'au public.