Vue d'artiste de l'encombrement de l'orbite basse en satellites de toutes tailles. © ESA

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Pour Elon Musk, les satellites de Starlink ne sont pas un problème pour les astronomes

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Starlink, la mégaconstellation de SpaceX, a soulevé les inquiétudes des astronomes qui craignent que l'observation astronomique n'en soit gênée, quand d'autres scientifiques voient dans le déploiement de ces milliers de satellites une atteinte au ciel nocturne, ce « patrimoine de toutes les nations du monde. » Elon Musk s'est voulu rassurant tout en maintenant ses positions face aux critiques.

Elon Musk a écarté lundi les inquiétudes des astronomes à propos de sa constellation géante de satellites Starlink qui pourrait, selon certains scientifiques, gêner l'observation du ciel, mais dont le patron de Space X a prédit qu'elle n'aurait « pas la moindre incidence sur les découvertes astronomiques ». Le projet Starlink doit permettre de fournir internet à des utilisateurs depuis l'espace. Quelque 300 satellites ont déjà été placés en orbite, et ce nombre doit rapidement augmenter, potentiellement jusqu'à 42.000.

Un vent de panique avait soufflé après le lancement des 60 premiers satellites en mai dernier, qui avaient formé une chaîne de 60 points brillants laissant craindre une pollution visuelle qui gâche à terme les observations au télescope. « Je suis persuadé que nous ne causerons pas le moindre impact sur les découvertes astronomiques. Zéro, a déclaré le fondateur de Space X lors d'une conférence de presse à Washington. C'est ma prédiction, nous prendrons des mesures correctives si c'est au-dessus de zéro ».

Capture d'écran de la traînée des 60 satellites Starlink de SpaceX, filmée le 24 mai 2019 par l'astronome néerlandais Marco Langbroek. © Marco Langbroek, AFP

Elon Musk prédit zéro souci

Il a affirmé que le problème se posait uniquement lorsque les satellites étaient en train de prendre de l'altitude pour se placer en orbite, et n'existait plus lorsqu'ils avaient atteint leur position finale. M. Musk a dit malgré tout que son entreprise travaillait avec la communauté scientifique pour réduire leur brillance, par exemple en peignant certaines parties en noir plutôt qu'en blanc.

La constellation devrait être mise en marche pour le nord des États-Unis et le Canada dans l'année, avec une couverture mondiale prévue pour 2021. Elon Musk n'a pas donné de détails sur le futur prix de son service. La puissance sera suffisante pour regarder sans problème des films en haute définition ou jouer à des jeux vidéo sans temps de latence sensible.

Le terminal permettant de recevoir le signal ressemblera à « un ovni sur un bâton », a-t-il dit, assurant que son installation serait très facile. « Le coffret contiendra uniquement deux instructions, qui pourront être suivies dans n'importe quel ordre : pointez vers le ciel, et branchez. » L'antenne s'alignera alors automatiquement avec un des satellites.

Le service vise en priorité le marché de niche des utilisateurs vivant dans des régions isolées, ce qui ne menace donc pas les entreprises de télécommunications traditionnelles, selon Elon Musk, qui espère à terme gagner 3 à 5 % du marché mondial de l'internet, une part évaluée à 30 milliards de dollars par an.

  • La constellation Starlink de SpaceX comptera jusqu'à 42.000 satellites !
  • Un nombre record de satellites qui ne sont pas sans risques pour les autres satellites.
  • De nombreux experts demandent une meilleure régulation de l'activité des satellites en orbite et la mise en place d'un code de la route spatiale.
  • Un groupe d'astronomes professionnels envisage de porter plainte contre Starlink devant la Cour de Justice internationale.
Pour en savoir plus

SpaceX : les 42.000 satellites de Starlink font polémique

Article de Rémy Decourt, publié 26 octobre 2019

SpaceX qui a reçu le feu vert de la Commission fédérale américaine des communications pour lancer 12.000 satellites de sa constellation Starlink en orbite a récemment fait une demande pour en lancer jusqu'à 30.000 de plus. Une décision qui suscite de nombreuses controverses en raison des risques avérés qu'ils pourraient faire peser sur l'activité des satellites en orbite basse.

La décision de SpaceX d'augmenter de 30.000 le nombre de satellites pour son projet de méga-constellation Starlink, qui en comptait déjà 12.000, a plongé bon nombre d'experts de l'activité spatiale dans l'expectative. Ces 30.000 futurs satellites seront exploités en orbite terrestre basse à des altitudes comprises entre 328 kilomètres et 580 kilomètres.

Avec cette constellation, SpaceX souhaite fournir un accès à Internet haut débit et des nouveaux services associés, liés notamment à la connectivité. S'il n'est pas encore certain que tous les satellites annoncés soient effectivement lancés en orbite, pour les raisons évoquées brièvement précédemment, il ne fait aucun doute que ces milliers de satellites laissent présager de nombreux problèmes en orbite.

Quoi qu'en dise Elon Musk, convaincu que sa constellation se fondra dans le paysage, l'encombrement de l'orbite basse et le risque de collisions sont les deux principaux problèmes déjà identifiés. Sur les 60 premiers satellites Starlink lancés en mai 2019, trois ont été perdus et sont devenus des débris incontrôlables ! Bien que SpaceX affirme qu'elle possède des dispositifs pour désorbiter les satellites en panne de façon à éviter toute collision avec d'autres satellites, elle ne peut évidemment rien pour ceux dont le contact ou le contrôle a été perdu. Rappelons que début septembre, l'Agence spatiale européenne (ESA) a dû effectuer une manœuvre d'évitement d'Aeolus, un de ses satellites d'observation de la terre, afin d'empêcher une collision avec l'un des 60 satellites de la constellation Starlink.

Les 60 premiers satellites de la constellation Starlink. Ils sont ici vus sur leur dispenser, quelques instants avant qu'ils soient libérés dans l'espace. © SpaceX

Toujours est-il que la gestion du trafic ne sera pas simple malgré des distances entre chaque satellite de plusieurs centaines de kilomètres. Chaque alerte de collision imposera le déplacement d'un satellite, une opération qui risque de générer autant de nouveaux problèmes qu'elle en résout. Cette modification de l'orbite peut en effet présenter un risque pour les satellites situés à l'avant et à l'arrière dans le même plan du satellite. Autre souci, le risque est encore faible mais si tous les projets de constellations se concrétisaient, il faudra littéralement slalomer entre les satellites en orbite basse pour rejoindre les orbites plus hautes !

Un permis de conduire spatial ?

De nombreux experts s'interrogent sur la nécessité d'édicter un code de la route pour organiser le trafic spatial, comme c'est le cas sur Terre pour le trafic aérien et maritime par exemple. Il est aussi envisagé de saisir le bureau de l'ONU en charge des questions spatiales et l'Union internationale des télécommunications pour fixer de nouvelles règles et des normes plus strictes sur les projets de méga-constellations comme ceux de Starlink et OneWeb. Pour l'heure, la seule règle à peu près bien suivie par les agences et très peu par les opérateurs privés de la nouvelle économie du spatial, est celle dite des 25 ans qui impose que tout satellite en orbite basse soit rentré dans l'atmosphère avant un quart de siècle. Mais cette règle n'a pas force de loi.

Enfin, ces satellites sont aussi une gêne significative pour les astronomes qui craignent que tous ces points brillants dans la nuit ne gâchent les observations de leurs télescopes. Conscient de ce problème, Elon Musk a annoncé avoir demandé à ses équipes de réduire l'albédo des prochains satellites Starlink.

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