L'ESA déroute un satellite pour éviter une collision avec celui de SpaceX

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Pour la première fois, l'Agence spatiale européenne (ESA) a dû effectuer une manœuvre d'évitement d'un de ses satellites d'observation afin d'éviter une collision avec un autre engin en activité, l'un des 60 appareils de la constellation Starlink, mise en orbite le 24 mai par SpaceX, la société d'Elon Musk. « Nos experts ont calculé qu'il existait un risque de collision et décidé de dérouter notre satellite Aeolus vers une orbite de plus haute altitude », a annoncé l'ESA dans un tweet le 2 septembre. Dans un communiqué daté du 3 septembre, SpaceX a reconnu le risque de collision mais l'a estimé à seulement 1 sur 50.000 et a refusé de changer la trajectoire de son satellite, malgré deux avertissements de la Défense américaine, chargée de surveiller le trafic spatial. D'après cette  dernière, le risque était plutôt de 1 sur 1.000, soit 10 fois au-dessus du seuil d'alerte pour déclencher un changement de cap.

Il faut dire que le satellite Starlink en cause voyage à une orbite bien plus basse que les autres de sa constellation. Alors que la plupart circulent autour de 550 km d'altitude, deux engins ont été délibérément déroutés à 320 km par SpaceX pour des tests, rapporte le site Forbes. Aeolus orbite lui entre 308 et 314 km d'altitude. Autrement dit, les deux engins auraient pu se croiser à seulement une poignée de kilomètres de distance. Les satellites Starlink disposent pourtant d'un système automatique anticollision, mais il semble qu'il ait été ici désactivé pour des raisons inconnues.

D'après l'ESA, 28 manœuvres d'évitement ont déjà été effectuées en 2018, mais il s'agissait jusqu'ici de débris spatiaux et non d'engins en fonctionnement. Cet incident illustre en tous cas la jungle qu'est devenue l'espace, où naviguent déjà plus de 2.000 satellites actifs. Et cela risque de ne pas s'arranger : Elon Musk projette d'étendre sa constellation Starlink à 12.000 satellites dans les prochaines années, tandis que d'autres opérateurs comme Oneweb, Iridium ou Amazon multiplient les projets pour lancer leurs constellations de centaines de microsatellites.

Le satellite Aeolus a dû effectuer une manœuvre d’évitement en raison d’un risque de collision avec un autre satellite de la constellation Starlink. © ESA