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La musaraigne : caractères généraux et parasites

Dossier - À la découverte d'un animal utile : la musaraigne
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Parmi les plus petits mammifères avec les chauves-souris, les musaraignes sont des carnivores hyperactifs, au maximum deux heures de repos par jour, avec un cœur de quelques dixièmes de gramme à 1.000 coups par minute !

  
DossiersÀ la découverte d'un animal utile : la musaraigne
 

Nocturnes, solitaires, de la taille d'une souris (jusqu'à 10 centimètres et 20 grammes environ), elles ont une tête allongée, un museau pointu et mobile, de petits yeux et des pattes courtes. Ces pattes ont cinq doigts, chacun muni d'une griffe, et le gros orteil et le pouce ne sont pas opposables. Les pattes arrière ont des pieds plantigrades.

Musaraigne éléphant. © Mariusltu, Fotolia
Empreintes de musaraignes. © Toute reproduction et utilisation interdites

Le crâne est dépourvu d'arc zygomatique (arc osseux que l'on peut sentir chez nous sous l'œil). On observe un grand développement du muscle zygomatique et du muscle élévateur du nez. Les demi-mandibules ne sont pas soudées, elles sont retenues par un tissu fibreux : ceci donne de la souplesse à la mâchoire. Les muscles masticateurs sont très importants.

Crâne. © Toute reproduction et utilisation interdites
Crâne vu de dessous. © Toute reproduction et utilisation interdites

La denture

C'est un paragraphe important parce que la denture est un des premiers critères de détermination des plus facilement accessibles, des musaraignes. Elles possèdent entre 26 et 32 dents.

Par demi-mâchoire on a :

  • 1 incisive ;
  • 2 à 5 antémolaires en haut et 1-2 en bas ;
  • 1 prémolaire et 3 molaires.

La première incisive de la mâchoire supérieure est très grande et possède une protubérance postérieure qui n'est pas une seconde dent ! L'incisive inférieure est également allongée et presque horizontale. Ces deux dents forment une sorte de pince très utile à l'animal. Les antémolaires sont petites et pointues. Les molaires sont importantes et en forme de W, la dernière étant quelquefois atrophiée. Les musaraignes ont une denture de lait, la dentition définitive s'effectue in utero, donc avant la naissance par résorption des dents de lait.

Leur régime alimentaire est composé d'insectes, escargots, lombrics, cloportes, larves diverses, araignées et même petits poissons pour certaines... Selon les espèces, elles creusent ou non le sol pour y trouver leurs proies. Leur salive est venimeuse (les glandes sous-maxillaires d'une espèce américaine contiennent de quoi tuer plusieurs souris), elles s'en servent pour paralyser leurs proies qu'elles mordent à plusieurs reprises pour les tuer, ne les mangeant qu'ensuite. Leur musculature dorsale leur permet de soulever des pierres plus grosses qu'elles pour dénicher les insectes qui se cachent dessous.

Molaires. © Toute reproduction et utilisation interdites

Les sens

Comme l'orbite n'existe pas (pas d'arcade zygomatique) les yeux sont fixés dans les muscles de la tête. Les cônes et les bâtonnets sont présents sur la rétine, ce qui signifie qu'elles perçoivent les couleurs (cônes). Mais la communication visuelle est faible, l'accommodation mauvaise, la vision de loin (pas vraiment nécessaire) très mauvaise. En revanche, l'ouïe est très développée, les cris nombreux et variés, traduisant sans doute des significations sociales différentes. Elles peuvent avoir recours aux ultrasons et à l'écholocation en phase d'exploration par exemple. L'émission se fait entre 20 et 64 kHz, selon les cas et les espèces. Le nez, humide et lisse, tout au bout du museau est très mobile : il bouge même sans arrêt ! L'olfaction a une place primordiale dans le comportement des musaraignes, pour détecter les proies, mais aussi pour leur vie sociale (sécrétions).

Les glandes

Elles en ont partout : dans la queue (fonction inconnue), dans la région labiale (protection du pelage), des glandes orbitales, postauriculaires (odeur musquée) et anales (marquage, attraction entre les sexes) et encore des glandes sudoripares...

Les glandes mammaires comme chez tous les mammifères. Des glandes latérales encore, les plus visibles qui produisent du sébum. Elles sont nécessaires pour protéger le poil des dommages. Cependant ces glandes sont sujettes à un fort dimorphisme sexuel, étant beaucoup plus développées chez les mâles, elles jouent un rôle très important pour l'attraction entre sexes.... et régressent après la période de reproduction. Il y a encore bien des questions non résolues au sujet des glandes des musaraignes, mais elles servent aussi à se « reconnaître ». Les musaraignes sont territoriales. Lors des rencontres il y a souvent une bagarre, des morsures et de nombreux cris qui sont en général la seule manifestation de ces animaux que nous pouvons déceler.

Le cerveau est simple et petit, les hémisphères sont lisses, les lobes olfactifs sont bien développés. Un indice d'encéphalisation faible et un rapport faible entre le néocortex et le cerveau primitif indique un système de communication assez primitif.

Le cœur a une masse très importante, relativement à la taille de l'animal, ceci est dû au métabolisme élevé de l'animal, le nombre de battements par minutes varie de 890 à 1.050 environ. Le cardiogramme ressemble à celui des autres mammifères.

Sorex coronatus, musaraigne couronnée. © Toute reproduction et utilisation interdites

Le pelage : il y a plusieurs sortes de poils, les jarres réguliers, les jarres ondulés, les poils laineux ou bourre et les monotriches (0,5 % des poils) qui ont un rôle sensoriel. Les vibrisses (moustaches) ont un rôle sensoriel, il y en a sur le museau et sur les pattes avant. La couleur du pelage est due à la mélanine (noir) et à des lipochromes (différents bruns). Ce sont des animaux sujets à des mues saisonnières. La mue d'hiver permettant une meilleure isolation thermique. Les poils sont serrés (110-130/mm2 sur le dos et 120-140/mm2 sur le ventre).

Dimorphisme sexuel

Différent selon les espèces, on peut en dire quelques mots de manière générale. La détermination des musaraignes immatures sur le terrain est impossible ou très difficile car il n'y a pas de caractères sexuels secondaires apparents chez ces animaux. Chez les musaraignes matures, le développement des organes génitaux est important. Chez la femelle, les utérus et glandes mammaires visibles quand on souffle un peu sur le pelage. Les tétines sont entourées d'une zone dépourvue de poils. Une marque sur la nuque indique probablement un accouplement. Chez les mâles, les testicules (internes mais néanmoins visibles parce que très gros). Le pénis devient visible par pression ou lors de la toilette de l'animal. L'apparence des glandes latérales est aussi un caractère de dimorphisme.

Les parasites internes

Virus, bactéries et champignons comme chez tous les autres mammifères. Naturellement aussi quelques-uns sont les mêmes que chez l'Homme ! Il n'y a rien d'affolant mais je vais citer à titre d'exemple seulement et sans entrer dans les détails :

  • Pneumocystis carinii, qui peut provoquer une pneumopathie mortelle chez l'Homme. On a retrouvé des kystes en très petit nombre chez des musaraignes en Finlande ;
  • Borrelia burgdorferi (maladie de Lyme). Les musaraignes sont des réservoirs pour cette bactérie. Elles peuvent les transmettre aux tiques qui, elles, les transmettront à l'Homme ;
  • le Trypanosome est présent chez certaines musaraignes, mais ce n'est pas le même que celui qui donne la maladie du sommeil chez l'Homme ;
  • Babesia, responsable de la babebiose bovine ou humaine, a aussi été trouvé dans certains cas ;
  • le virus Ebola. Nous en avons trouvé que des fragments d'ADN à l'intérieur de quelques musaraignes en Centrafrique ;
  • les vers : des cestodes, vers solitaires, sont souvent présents chez les musaraignes comme chez tous les mammifères. Des individus âgés peuvent d'ailleurs être polyinfectés par des vers de groupes différents. Les trématodes, vers plats, sont aussi fréquents et parfois apportés à la musaraigne par les escargots ou les crevettes qu'elle mange... Un dernier groupe de vers : les nématodes, vers ronds, sont présents chez les musaraignes selon le même schéma que ci-dessus.

Les parasites externes

Des puces : deux espèces sont inféodées aux musaraignes, mais d'autres peuvent y trouver refuge ! Les poux. Les acariens, dont les tiques. Bref, rien de très différent des autres mammifères encore une fois, du moins si on n'entre pas dans le détail car il existe des espèces spécifiques bien entendu.

Peste urbaine dans le port de Mahajanga

La peste humaine est réapparue dans le port de Mahajanga en août 1991 après un silence de 63 ans. Le typage génétique permet d'avancer qu'elle fût réintroduite à partir des Hautes Terres du Nord, par l'intermédiaire des échanges commerciaux. De fait, l'épicentre de la première vague épidémique se situa autour du marché populeux et insalubre de Marolaka.

Port de Mahajanga. © Toute reproduction et utilisation interdites

À partir de 1995, quatre épidémies de peste bubonique se sont succédé annuellement. Elles débutèrent au mois de juillet lorsque les températures sont les plus basses (17-20 °C) et s'arrêtèrent au mois de novembre. Le climat chaud et humide, l'absence de saison froide pourraient expliquer l'exclusivité de la forme bubonique.

Rôle de la musaraigne Suncus murinus : lors de l'épidémie d'août 1991, des captures furent entreprises à la recherche des rongeurs responsables. Elles ramenèrent essentiellement des musaraignes Suncus murinus et très peu de rats, surtout des R. norvegicus.

Suncus murinus. © Toute reproduction et utilisation interdites

Une enquête rétrospective révéla que la plupart des rats avaient été décimés par une épizootie en juin-juillet, avant l'apparition des cas humains de peste. Des observations similaires furent faites en 1995, et lors des autres épidémies. À chaque fois, les musaraignes présentaient un nombre de puces de l'espèce X. cheopis élevé. Des suivis trimestriels réalisés par les équipes du ministère de la Santé montrèrent que cet index était maximum au moment d'une épidémie pour diminuer alors que la population de rats se reconstituait. Par ailleurs, ces musaraignes s'avéraient souvent séropositives en anticorps, et pour la première fois à Madagascar on isolait chez quelques-unes des souches de Y. pestis. En l'absence de rats après les épizooties, S. murinus se comporte comme un animal refuge pour les puces vectrices, X. cheopis. Mais au delà, cet insectivore qui semble mieux résister que le rat à Y. pestis, joue très probablement aussi le rôle de réservoir de bacilles, pouvant assurer la pérennisation de l'endémie à Mahajanga.