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Musaraignes à dents rouges, sous famille des Soricinae

Dossier - À la découverte d'un animal utile : la musaraigne
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Parmi les plus petits mammifères avec les chauves-souris, les musaraignes sont des carnivores hyperactifs, au maximum deux heures de repos par jour, avec un cœur de quelques dixièmes de gramme à 1.000 coups par minute !

  
DossiersÀ la découverte d'un animal utile : la musaraigne
 

Les musaraignes à dents rouges occupent les zones tempérées de l'hémisphère Nord. Elles sont caractérisées par un métabolisme très élevé, une température relativement haute (38 °C) et supportent mal la chaleur. Exposée trop longtemps à 30-35 °C, elles en meurent.

Musaraigne commune. © Hanna Knutsson, Flickr, CC by-nc 2.0

Elles doivent manger constamment, 10 heures de jeûne les tuent. Elles n'hibernent pas, ne réalisent pas de torpeur journalière à une ou deux exceptions près. Il semblerait nécessaire pour elles de s'assurer un territoire ou l'offre en nourriture est suffisante toute l'année. L'hiver est néanmoins difficile à passer, elles ont développé une réaction curieuse qui leur permet de diminuer leurs besoins en nourriture : non seulement la croissance s'arrête, mais elle s'inverse : c'est le phénomène de Dehnel. Les principaux organes voient leur poids et leur volume diminuer, les vertèbres se raccourcissent et la boîte crânienne elle-même se rétrécit sous l'action de cellules spécialisées dans la destruction de la matière osseuse. Ce phénomène est plus marqué au nord de l'Europe que dans nos régions.

Sorex araneus. © Toute reproduction et utilisation interdites

Elles ont deux à cinq portées qui vont de 5 à 10 petits. Originaires du Nord où la saison de reproduction est courte, elles mettent au monde un maximum de petits (pression de sélection). Ces nombreux petits naissent à un stade peu développé, l'utérus de leur mère étant limité. La gestation dure 20 jours l'allaitement trois semaines. Elles ont en général trois paires de mamelles. Cela signifie que la mère doit avoir un métabolisme très élevé pour fabriquer suffisamment de lait jusqu'au sevrage. Leur vie est brève (moins de 15 mois).

Certains de leurs poils, les jarres ondulés ont un profil en H qui semble-t-il favorise le caractère hydrophobe du poil. De même, ce groupe possède une queue dépourvue de poils particuliers.

Neomys fodiens. © Toute reproduction et utilisation interdites

Elles préfèrent la solitude de nos forêts, elles y trouvent plus d'espace pour y établir leurs territoires. Les femelles sont territoriales toute l'année tandis que les mâles le sont qu'en hiver et erratiques pendant la saison de reproduction. On les trouvera dans les vallons humides et ombragés, dans les lieux favorables à la formation d'un sol riche en proies. Les musaraignes ne sont pas des animaux fouisseurs, c'est pourquoi elles utilisent les galeries de souris ou de campagnols. La discrétion étant la règle pour vivre longtemps parmi de nombreux prédateurs, elles ont pris l'habitude de vivre cachées évitant les endroits à découvert, ce qui explique qu'on les voie assez rarement.

Mandibules de Sorex. © Toute reproduction et utilisation interdites

Les dents rouges

La coloration rouge (brun rouge, jaunâtre ou violacée) est due à du fer qui se trouve dans les couches superficielles de l'émail. La teneur en fer est variable d'une espèce à l'autre. Leur nourriture se composant de beaucoup d'insectes à exosquelette de chitine, c'est-à-dire de proies dures, le fer rendrait les dents plus résistantes à l'usure... L'incisive inférieure peut contenir jusqu'à plus de deux milligrammes de fer. La pigmentation est très visible chez les individus jeunes dont les dents ne sont pas encore usées. Cette usure peut d'ailleurs entraîner la mort de l'animal par incapacité à se nourrir les dents de devant étant complètement usées.

Sorex araneus, la musaraigne carrelet

C'est une des plus commune de chez nous. De taille moyenne 66-88 millimètres avec une queue de 30-57 millimètres et un poids de 7-13 grammes, elle a un dos brun foncé, le ventre gris clair et les flancs de teinte intermédiaire. La fourrure douce et brillante cache les oreilles presque entièrement. Il existe un important polymorphisme chromosomique au sein de l'espèce et ceci peut nuire à la fécondité.

Sorex araneus faisant sa toilette. On voit très bien les griffes sur cette photo. © Toute reproduction et utilisation interdites

Elle ne vit que 18 mois mais très intensément. Sa journée est divisée en une dizaine de périodes d'activité durant lesquelles elle doit se procurer de la nourriture à concurrence de 4,3 KJ par gramme et par jour, soit d'après l'Atlas des mammifères de Suisse l'équivalent de 2.000 petits coléoptères de cinq millimètres de long ! Elle mène cependant une vie plus souterraine que les autres espèces et mange pas mal de vers de terre. Elle complète son régime par des graines riches en huile donc très énergétiques.

Quand les conditions sont défavorables, en hiver par exemple, elle peut diminuer sa taille (phénomène de Dehnel). Les principaux organes voient leur poids diminuer, les vertèbres se raccourcissent et la boîte crânienne diminue de volume sous l'action de cellules spécialisée dans la destruction du matériel osseux. Ce mécanisme est très marqué chez les variantes nordiques de l'espèce et la croissance reprendra au printemps.

Les femelles, surtout, défendent avec vigueur un territoire, les mâles semblent plus erratiques. À la fin de la deuxième saison chaude elle va mourir, les dents complètement usées en général, la mue d'automne seulement partiellement réalisée et soumise à la pression des jeunes pour de nouveaux territoires.

Les habitats sont divers des éboulis de montagne aux roselières mais il lui faut une bonne couverture végétale, des interstices dans lesquels elle puisse s'enfiler pour se protéger (elle ne peut pas creuser le sol). Pour l'habitat, elle est soumise, en plaine, à la concurrence de la musaraigne couronnée (son espèce jumelle en quelque sorte), doit même lui céder totalement le terrain sauf en Angleterre (Manche) et en Italie (Alpes), milieux que la musaraigne couronnée n'a pas pu atteindre.

Sorex coronatus, squelette de la tête, vous avez une photo de S. coronatus au chapitre 3. © Toute reproduction et utilisation interdites

Neomys fodiens, la musaraigne aquatique

Elle est relativement grande 72-96 millimètres d'un poids de 12-19 grammes. Le ventre est blanc, le dos gris ardoise. Elle présente quelques adaptations au milieu aquatique : elle possède une rangée de poils raides sur le dessous et le long de la queue, formant une sorte de rame... Ses pattes sont également pourvues de franges de poils raides leur donnant un aspect palmé. Ceci favorise naturellement sa propagation dans l'eau.

Neomys fodiens plongeant… On voit bien la patte arrière plantigrade et ses griffes sur cette photo. © Toute reproduction et utilisation interdites

Il y a de grandes distances génétiques au sein même de l'espèce entre populations locales. Cette espèce est très proche de la musaraigne de Miller qui, elle, est un peu plus généraliste, ce qui laisse supposer une spéciation assez récente de la musaraigne aquatique.

La musaraigne d'eau (Neomys fodiens) s'est spécialisée en chassant dans les cours d'eau. Elle plonge, nage et peut courir à la surface de l'eau sans enfoncer. Sa nourriture correspond aux endroits qu'elle fréquente : gammares, insectes d'eau, mollusques, têtards, tritons, grenouilles, écrevisses, petits poissons, petits rongeurs. Elle plonge parfois à plus de 50 centimètres de profondeur pendant 5 à 20 secondes et elle peut répéter ces plongées jusqu'à avoir assez mangé. Ces périodes d'activité intense ont lieu toutes les deux ou trois heures. Entre deux, elle se repose dans son nid généralement situé dans la litière ou dans une souche à proximité du milieu qu'elle exploite.

Neomys fodiens denture. © Toute reproduction et utilisation interdites

Une durée de vie de 12 à 19 mois permet à la femelle de porter 2-3 fois de 4-8 jeunes. La gestation dure 19-21 jours et l'allaitement 28 jours mais peut se prolonger jusqu'à 40 jours ! Au 50e jour, ils sont chassés. La mue d'hiver et le phénomène de Dehnel lui permettent de passer l'hiver. Leur vie est essentiellement solitaire et si les femelles sont territoriales les mâles parcourent de grandes distances le long des cours d'eau à la recherche de femelles fécondables. Les rencontres sont brèves et ce sont des animaux assez agressifs, y compris vis à vis de leurs congénères.

Neomys fodiens, squelette de la tête. © Toute reproduction et utilisation interdites

L'habitat est obligatoirement un bord de cours d'eau ou de lac dont les berges sont sauvages et elle peut s'y creuser un abri (souche, dessous de pierre ou terrier d'un autre micromammifère). Elle habite aussi bien la plaine que la montagne des Pyrénées au lac Baïkal !