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Évolution : ce que les dents d’hominidés de Dmanisi ont à nous dire

ActualitéClassé sous :Homme , anthropologie , homo erectus

Pour classer un hominidé, il ne faudrait plus négliger les informations que peuvent fournir ses dents, notamment leur usure. Voici en substance l'une des conclusions d'une étude qui explique enfin pourquoi les mandibules fossiles trouvées à Dmanisi, en Géorgie, présentent tant de formes différentes. Au passage, elle suggère que les Hommes utilisaient déjà des cure-dents voici 1,8 million d'années.

La forme générale de la mandibule D-211 trouvée à Dmanisi, en Géorgie, diffère de toutes celles connues pour Homo erectus. Et pour cause : elle n'appartiendrait pas à cette espèce, contrairement à ce qu’on a cru jusqu'en 2007. © David Lordkipanidze

Homo erectus aurait été le premier représentant du genre Homo à quitter l’Afrique, voilà environ deux millions d'années. C'est pourquoi on a longtemps cru que les fossiles d'hominidés découverts sur le site archéologique de Dmanisi (Géorgie) appartenaient à cette espèce. En effet, ils sont vieux de 1,77 million d'années, ce qui signifie qu'ils correspondent aux plus anciens Eurasiens connus à ce jour. Mais voilà, des anthropologues ont finalement reconnu que quelque chose clochait : les Hommes de Dmanisi affichaient des caractères morphologiques qui en faisaient des êtres uniques.

Ils possédaient par exemple un cerveau moins volumineux que celui d'Homo erectus, tout en ayant des bras proportionnellement plus longs. Par conséquent, certains spécialistes les considèrent maintenant comme une espèce à part, Homo georcicus, mais le débat est loin d'être clos. Un autre détail interpelle à leur sujet : les mandibules trouvées sur le site présentent une grande diversité de forme. Certains caractères feraient même croire qu'elles appartiendraient à des espèces différentes. Comment l'expliquer ?

Le mystère vient d'être levé, après la présentation d'une nouvelle étude copubliée par Ann Margvelashvili (université de Zurich, Suisse) dans la revue Pnas. Nous devons sa résolution à des analyses de dents, dont l'usure progressive durant la vie de leur propriétaire expliquerait tout. Quelques éclaircissements s'imposent.

Ce crâne d'hominidés (ici une réplique) a été mis au jour à Dmanisi, un site archéologique se situant à 85 km de Tbilissi, la capitale de la Géorgie. Il appartient à une espèce dont l'existence reste débattue : Homo georgicus. © Gerbil, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Forme de la mâchoire qui évolue durant la vie

Les chercheurs sont partis du principe que l'usure des dents pourrait provoquer une modification progressive de la forme de la mâchoire chez ces Hommes. Pour le vérifier, ils ont analysé, à l'aide d'un CT-scan et d'un microscope électronique à balayage (MEB), quatre mandibules appartenant à des Homo georgicus d'âge différent, en plus notamment d'une quarantaine de mâchoires de chasseurs-cueilleurs actuels vivant en Australie et au Groenland.

Ils sont ainsi parvenus à montrer qu'une importante usure des dents provoquait une modification progressive de leur disposition, de la hauteur de la mandibule et même de son inclinaison. Ainsi, les données indiqueraient que la diversité de forme des mandibules trouvées à Dmanisi reflète des variations normales au sein d'une population, qui ont été amplifiées par des différences interindividuelles d'usure de dents. Ce résultat souligne un problème pour les anthropologues.

Le cure-dent en usage depuis 1,8 million d’années

Lors de la découverte de fossiles d’hominidés, la mâchoire est notamment utilisée dans le but de les classer, parfois au sein d'un nouveau groupe créé pour l'occasion. Or, il se pourrait que les critères utilisés soient biaisés par le remodelage précédemment évoqué. Ainsi, deux individus appartenant à une même espèce, l'un jeune et l'autre âgé, pourraient être attribués à deux groupes distincts. Les spécialistes de l'évolution de l’Homme sont donc invités à mieux tenir compte du type d'informations que les dents peuvent fournir.

Une autre découverte d'importance a été faite durant cette étude. Sur la mandibule d'un jeune Homo georgicus (le sexe n'est pas connu), les chercheurs ont identifié des indices révélateurs d'une inflammation nommée parodontite. En regardant la dent située dans la zone concernée plus en détail, à sa jonction avec la gencive, ils ont alors découvert des traces d'usure formant un petit canal cylindrique. Vraisemblablement, elles auraient été causées par l'usage régulier... d'un cure-dent, ou du moins d'un équivalent. Ainsi, voici 1,8 million d'années, les premiers Hommes se curaient aussi les dents avec des bouts de bois (ou autres).

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