Pour être exhaustifs, n'oublions pas de mentionner également la culture d'alguesalgues, en eau de mer ou en eau douceeau douce, qui représente un pan entier du développement alimentaire et industriel au XXIe siècle, et qui souvent peut se faire de façon coordonnée avec les élevages de poissonspoissons.

Cette activité, appelée algoculture ou phytoculture, peut concerner à la fois les microalgues et les macro-algues, soit des centaines de milliers d'espècesespèces encore largement méconnues. Elles permettent, et surtout permettront, de produire aussi bien des aliments pour la consommation humaine ou animale et des compléments alimentaires, que des produits vétérinaires et pharmaceutiques, des cosmétiques, des bioplastiques, des fertilisants et très probablement, ce qui risque d'être le secteur de développement le plus important, des sources d'énergie renouvelables.

Algues alimentaires : les Japonais en mangent autant que nous de salades ! © Elena Schweitzer, Adobe stock
Algues alimentaires : les Japonais en mangent autant que nous de salades ! © Elena Schweitzer, Adobe stock

Les algues, un apport nutritionnel riche en protéines

Certaines algues présentent un excellent apport nutritionnel. On a tendance à les caractériser d'une façon un peu primitive par leur couleurcouleur ! Ainsi, les algues brunes ont une teneur en protéinesprotéines de 8 à 15 % de leur poids sec, les vertes de 10 à 26 %, et les rouges qui peuvent carrément aller jusqu'à 47 %. À titre de comparaison, le soja, considéré comme la référence végétale, n'en contient que 25 %.

Mais évidemment, comme dans le cas des insectesinsectes, on se heurte là à la puissance des habitudes alimentaires des populations. En Asie, les Japonais, les Coréens, les Chinois mangent des algues depuis des siècles, voire des millénaires et ils savent les cuisiner. Les Japonais mangent neuf kilos d'algues fraîches par an par personne, l'équivalent de la consommation de laitue d'un Européen. Donc le projet de leur en faire consommer davantage est crédible. Mais pas en Europe, et c'est donc essentiellement de manière indirecte qu'on les consommera dans l'avenir, sauf ponctuellement en matière de compléments alimentaires (en poudre ou en gélulesgélules), ou d'additifs alimentairesadditifs alimentaires dans des plats cuisinés.

L’algue dusle au goût iodé et de noisette, contient plus de protéines que le soja. © Akvals, Adobe stock
L’algue dusle au goût iodé et de noisette, contient plus de protéines que le soja. © Akvals, Adobe stock

La spiruline, un « aliment miracle »

La microalgue d'eau douce, la spiruline, a pour sa part été déclarée « meilleur aliment pour l'humanité au XXIe siècle » par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMSOMS) et « aliment idéal et le plus complet de demain » par l'Unesco. Elle est à la fois pauvre en caloriescalories et riche en nutrimentsnutriments. Son taux de protéines monte carrément à 60 à 70 % de sa matière sèche, et en plus elle apporte de la vitaminevitamine B 12, qui normalement n'est présente que dans la viande. La spirulinespiruline est donc fort utile pour les végétariens ! Mais ce n'est pas tout : cet aliment miracle contient également : caroténoïdescaroténoïdes, ferfer, potassiumpotassium, calciumcalcium, chromechrome, cuivre, fer, magnésiummagnésium, manganèse, phosphorephosphore, séléniumsélénium, sodium, zinczinc, fluorfluor, acideacide gamma-linolénique et antioxydantsantioxydants. On l'utilise en complément alimentaire à raison de 1 à 5 grammes par jour.

À l'heure où la surface de terre cultivable alimentée en eau douce devient relativement limitée sur notre Planète, il est évident que l'utilisation intensive des lacs et des littoraux marins pour produire de la nourriture végétale de qualité peut représenter une alternative extrêmement précieuse ; en particulier pour l'alimentation animale, qui utilise toujours plus de protéines végétales.

La spiruline, « <em>meilleur aliment pour l'humanité au XXI<sup>e</sup> siècle</em> », selon l'OMS. © Chanelle, Adobe stock
La spiruline, « meilleur aliment pour l'humanité au XXIe siècle », selon l'OMS. © Chanelle, Adobe stock

Sans compter le fait que l'intégration de 5 % d'algues rouges à l'alimentation des bovins permettrait de diminuer de 90 % leurs émissionsémissions de méthane sans altérer leur capacité de digestiondigestion. Or ces émissions de méthane des bovins sont une véritable catastrophe en matière de réchauffement climatiqueréchauffement climatique.

Mais il est probable qu'à terme l'utilisation essentielle des algues sera comme substitut du pétrolepétrole, soit pour faire de l'énergie (les biocarburantsbiocarburants de 3e génération), soit pour faire des matières plastiques biodégradablesbiodégradables. Et là, on peut déjà commencer par utiliser les résidus de la dépollutiondépollution de la mer là où les algues prolifèrent et deviennent justement un énorme problème, par exemple la mer des Sargasses dans les Caraïbes, ou les côtes bretonnes. Il y a trop d'algues sur les côtes bretonnes, en attendant de les faire disparaître, autant les utiliser efficacement.

Miser sur les algues : un pari gagnant pour l'avenir ?

Finalement, ce serait assez moral qu'après avoir littéralement inondé l'océan de nos plastiques à base de pétrole, on fabrique les substituts de plastique à partir d'algues marines ! On n'a pas encore résolu tous les problèmes techniques permettant de produire massivement des carburants à partir d'algues (dits de « 3e génération »), mais ce secteur est extrêmement prometteur et la probabilité pour qu'il débouche dans les prochaines années est assez forte.

On a même tenté d'en faire du bitume pour nos routes ! Des chercheurs de l'université de Nantes ont effectué une liquéfactionliquéfaction hydrothermale, dans un bain d'eau chauffée sous pressionpression, pour les transformer en une substance visqueuse hydrophobe, qui présente des caractéristiques similaires à celles du bitume pétrolier. Les algues n'ont pas fini de nous surprendre au XXIe siècle...

De zéro dans les années 1950 à 30 millions de tonnes en 2019 : la culture des macro-algues a littéralement explosé dans le monde. Le marché mondial a pesé 780 millions de dollars en 2020 ; il croît de 6 % par an et devrait atteindre 1,2 milliard en 2027, plus les microalgues.

Ce n'est évidemment que le début d'une progression qui va se poursuivre pendant des décennies. Et, pour le moment, encore plus que dans l'aquacultureaquaculture, ceci ne se passe qu'en Asie : la Chine pèse à elle seule 54 % de la production mondiale et l'Indonésie 27 %. Le Japon et la Corée du Sud sont également actifs, et quelques pays d'Amérique du Sud. L'Europe se fait, là aussi, remarquer par sa lenteur et son indécision : elle assure moins de 1 % de la production mondiale, et ça se passe essentiellement en Norvège et en Irlande.

Cette technique étant balbutiante, il est plus que temps pour nous les Européens de nous y mettre pour rattraper notre retard avant qu'il ne devienne définitif.