Les scientifiques l’ont surnommée la Grande ceinture des sargasses de l’Atlantique. Cette énorme masse d’algues brunâtres s’étend chaque année un peu plus, et couvre désormais une surface allant de l’Afrique aux Caraïbes.

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Elle pèse 20 millions de tonnes, diffuse une odeur pestidentielle d'œuf pourri et s'étend du golfe du Mexique à la côte Ouest de l'Afrique. La Grande ceinture des sargasses de l'Atlantique, une immense étendue d'alguesalgues brunes, couvre désormais 8.850 kilomètres et forme la plus grande massemasse d'algues du monde, rapporte une étude de l'université de Floride du Sud parue le 5 juillet dans la revue Science. Les chercheurs ont analysé des images satellites de l'Atlantique depuis l'an 2000 pour retracer l'origine de cette efflorescence massive.

Un déversement massif d’engrais dans l’Atlantique

Le phénomène était relativement limité jusque dans les années 2010, mais il s'est depuis subitement aggravé, devenant récurrent et s'accroissant d'année en année. En 2011, seuls quelques nappes éparses de sargasses flottaient dans le golfe du Mexique et la mer des Sargasses. Aujourd'hui, c'est une bande continue de 8.850 kilomètres qui recouvre presque totalement la surface et qui va jusqu'à l'Afrique.

L’étendue de la Grande ceinture des sargasses de l’Atlantique s’accroît d’année en année depuis 2011. © Université de Floride du Sud
L’étendue de la Grande ceinture des sargasses de l’Atlantique s’accroît d’année en année depuis 2011. © Université de Floride du Sud

Selon les chercheurs, cette prolifération serait notamment due à l’utilisation massive d’engrais (phosphorephosphore et azoteazote) et à la déforestation au Brésil, qui entraînent des rejets massifs de nutrimentsnutriments dans l'océan et empêchent la retenue des eaux. La consommation d'engrais a ainsi augmenté de 67 % dans le pays entre 2011 et 2018, remarquent les chercheurs. Les courants marins favorisent ensuite leur dispersion dans tout l'océan Atlantique. D'autres phénomènes naturels favorisent l'efflorescenceefflorescence des algues, comme l'augmentation de la température des eaux de surface, une réduction de la salinitésalinité liée à de fortes précipitationsprécipitations ou la remontée d'eaux froides riches en nutriments au large des côtes d'Afrique de l'Ouest.

Les sargasses, un fléau pour l’environnement et l’économie

En petite quantité, les sargasses contribuent à la biodiversitébiodiversité en constituant un refuge pour les tortuestortues, crabes et poissonspoissons. Mais lorsqu'elles sont trop abondantes, elles empêchent la lumièrelumière de pénétrer et entraînent la mort des coraux et des herbiers. La perte d’oxygène causée par l'eutrophisationeutrophisation asphyxie aussi les poissons et perturbent la ponte des tortues en recouvrant le sablesable. Quand elles s'échouent sur la côte, les sargasses se décomposent en émettant du sulfure d’hydrogène, un gazgaz potentiellement toxique et qui émane une odeur d'œuf pourri.

En Martinique, la décomposition des sargasses sur les plages émane du sulfure d’hydrogène et entraîne des dommages économiques. © floriusquimbert, Flickr
En Martinique, la décomposition des sargasses sur les plages émane du sulfure d’hydrogène et entraîne des dommages économiques. © floriusquimbert, Flickr

En Guadeloupe et en Martinique, le phénomène empoisonne depuis plusieurs années la vie des habitants et menace le tourisme et la pêchepêche. Certains ports de pêche sont ainsi complètement paralysés certains jours, les algues se coinçant dans les hélices des bateaux. En 2018, plusieurs plages ont dû être interdites en raison des émanations toxiques et des écoles ont même été fermées. Depuis l'an dernier, un « plan sargasses » de lutte et de préventionprévention a été mis en place, prévoyant notamment une surveillance accrue et un ramassage à terreterre et en mer à l'aide de bateaux spécialisés. Mais les moyens semblent dérisoires face à la maréemarée brune qui grandit inexorablement.