Quelles sont les solutions durables pour continuer de manger du poisson ?

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Dans ce deuxième dossier de ma série sur le poisson, on va explorer à la fois la nécessité et les possibilités immenses de l'élevage de poisson, l’aquaculture. Elle doit très largement remplacer la pêche dans les décennies à venir pour éviter des dégâts irrémédiables à la faune marine, et même sa possible disparition. Sans oublier la culture d’algues, elle aussi extrêmement prometteuse. Sur ces activités, la France a accumulé un retard qui devient très préoccupant.

  
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Pour satisfaire la demande mondiale de poissons fortement croissante, comme on l'a vu dans notre premier dossier « Mangera-t-on encore demain du poisson pêché ? », on dispose de deux armes : pêcher davantage de poissons, ce qui serait dramatique, ou bien l'élever. En fait, dans les décennies à venir, il faudra largement remplacer la pêche par l'aquaculture.

Ferme piscicole de saumons. © Sodel Vladyslav, Adobe stock

On peut avancer, un peu caricaturalement, que les pêcheurs ont pris 3.000 ans de retard sur les éleveurs. Ça fait belle lurette que les éleveurs se sont dit « c'est fatigant de courir derrière le sanglier, si j'élevais des cochons ». Mais les pêcheurs eux ont continué imperturbablement à dire « mais moi j'aime bien courir derrière le poisson, ça me fait prendre l'air ». Mais 3.000 ans ont passé et la course aux armements n'a cessé de s'améliorer, au détriment des poissons. On a maintenant les moyens de prendre tous les poissons d'un seul coup, sans en laisser pour la reproduction, et le réchauffement climatique et la pollution achèvent le travail. Pour bien comprendre, imaginons par exemple que l'on demande à l'armée américaine de chasser le sanglier en forêt de Fontainebleau, évidemment il n'y en aurait plus un seul, c'est exactement ce qui se passe en mer.

Il est donc clair que pour le poisson comme pour le cochon, mais aussi la vache, le mouton, le poulet, le canard, etc., si on veut continuer à en manger, il faudra dorénavant l'élever.

Graphique réalisé par l'auteur à partir de chiffres de la FAO. © Bruno Parmentier, tous droits réservés

La pisciculture désormais inévitable

Cette assertion n'est absolument pas évidente en France, parce que justement il y a très peu d'entreprises de pisciculture. De façon un peu significative, nous n'élevons que des moules et des huîtres. Mais ce n'est absolument pas ce qui se passe dans le reste du monde. La production d'aquaculture au niveau mondial a été multipliée par cinq dans les 30 dernières années et a représenté 82 millions de tonnes en 2018.

Graphique réalisé par l'auteur à partir de chiffres de la FAO. © Bruno Parmentier, tous droits réservés

On peut comparer ce chiffre à celui de la viande de bœuf, dont nous avons consommé 72 millions de tonnes la même année. Prenons donc conscience qu'on mange sur terre plus de poisson d'élevage que de bœuf ! Cette réalité surprend beaucoup les Français. Et, très probablement, on mangera bientôt plus de tonnage de poisson d'élevage que de cochon !

De plus, le poisson élevé est dorénavant plus consommé par les Hommes que le poisson pêché, car une partie du poisson pêché sert justement à nourrir le poisson élevé.

Dans ce dossier, nous aborderons la demande fortement croissante de poissons et l'aquaculture comme une des solutions pour éviter la disparition de la vie marine et fournir des protéines à la population mondiale. Dans ce domaine, l'Europe distancée doit se reprendre et accélérer ce type d'élevage. Des alternatives existent telles que l'aquaponie et la culture des algues. Bonne lecture !

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