Mangera-t-on encore demain du poisson pêché ?

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C'est peu de dire que la consommation de poisson a flambé ces dernières décennies dans la plupart des pays du monde. On pare les poissons de toutes les vertus bien qu'ils nous ramènent aussi, fidèlement, toutes les pollutions que nous avons déversées dans la mer – quand ils y ont survécu ! Mais notre appétit vorace et notre incapacité à nous réguler à l'échelle internationale les font disparaître, d'autant plus qu'ils sont également de grandes victimes du réchauffement climatique. C'est pourquoi, demain, il faudra élever le poisson plutôt que le pêcher et passer massivement à l’aquaculture, comme l'ont déjà fait les Chinois et un certain nombre d'autres peuples asiatiques. Il est urgent d'apprendre à déguster ces mets de choix avec modération, et surtout de façon durable.

  
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On mange annuellement sur Terre 156 millions de tonnes de poissons et crustacés, contre 18 millions en 1950. En moyenne 20 kg de poissons et crustacés par an et par humain. Et en France beaucoup plus que cette moyenne : 35 kg contre 10 kg en 1950.

Est-ce bien raisonnable d'abuser des plateaux de fruits de mer ? © Nadine Doerle, Pixabay, DP

Les maximums de consommation se situent évidemment dans les populations habitant au bord de la mer, par exemple nettement plus à Lorient qu'à Lunéville, dans les pays développés, cette différence s'est toutefois un peu estompée grâce à l'efficacité des transports frigorifiques qui fait que le poisson débarqué le lundi par les pêcheurs lorientais est présenté l'œil vif dès le mardi sur les étals lunévillois.

Graphique Bruno Parmentier à partir des chiffres de la FAO.

Une consommation de poisson en constante augmentation

D'après l'étude Nutriset-Santé de 2009, on continue à consommer +10 % de poisson que la moyenne nationale en Bretagne et +107 % de plus de fruits de mer, alors que ces chiffres sont respectivement de -23 % et -45 % en Lorraine.

On mange beaucoup plus de poisson dans l’ouest de la France, et surtout plus de fruits de mer. © Nutri-Santé, DP

Ces différences sont évidemment bien plus importantes entre Dakar et Bamako ! Le poisson de mer est évidemment très peu mangé au cœur de l'Afrique. Et vu la disparition des grands lacs et la pollution croissante des rivières, le poisson d'eau douce s'y fait également de plus en plus rare. Rappelons par exemple que le lac Tchad, qui était la 3e réserve d'eau douce du monde a maintenant perdu 90 % de sa surface, alors qu'il assurait auparavant à lui seul la survie de 30 millions de personnes au Niger, Nigeria, Cameroun et Tchad. On a pu observer une évolution identique en Asie autour de la mer d'Aral, anciennement 4e lac du monde. Pour consommer des protéines animales dans ces régions, il est plus raisonnable de compter sur l'élevage d'animaux terrestres !

Évolution du lac d'Aral de 1989 à 2014. © Nasa. Collage par Producercunningham, Wikimedia commons, DP

Les pays les plus gros consommateurs de poisson

Il est donc logique que les plus gros consommateurs de poisson résident dans des pays en bord de mer et qui ont une culture séculaire de ce type d'activité et d'alimentation : les Coréens (78 kg par habitant), Norvégiens (67 kg), Portugais (62 kg), Birmans (60 kg), Malaisiens (59 kg) et Japonais (58 kg). Et bien évidemment ils ne pêchent pas que dans leur zone territoriale : on peut voir la réalité sur toutes les mers du globe, à des milliers de kilomètres de leur base de départ. Rappelons, par exemple, que les Japonais continuent à manger de la baleine au mépris de toutes les conventions internationales.

Dans ce dossier, nous verrons que la consommation mondiale de poissons est en augmentation et que la surpêche provoque des dégâts considérables. Les bateaux usines vident les océans, les chalutages profonds abîment les fonds, le réchauffement climatique et la pollution menacent la faune marine, le déclin des ressources halieutiques est fortement avancé... Et de fait, qu'en est-il pour notre santé ?

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