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Développer l’aquaculture en Europe, pas seulement en Chine et en Asie

Dossier - Quelles sont les solutions durables pour continuer de manger du poisson ?
DossierClassé sous :poisson , Eco-consommation , Alimentation

Dans ce deuxième dossier de ma série sur le poisson, on va explorer à la fois la nécessité et les possibilités immenses de l'élevage de poisson, l’aquaculture. Elle doit très largement remplacer la pêche dans les décennies à venir pour éviter des dégâts irrémédiables à la faune marine, et même sa possible disparition. Sans oublier la culture d’algues, elle aussi extrêmement prometteuse. Sur ces activités, la France a accumulé un retard qui devient très préoccupant.

  
DossiersQuelles sont les solutions durables pour continuer de manger du poisson ?
 

L'élevage de poissons n'est pas répandu chez nous en Europe, mais en Asie pour 90 % de la production mondiale, et en premier lieu en Chine, un pays qui représente à lui tout seul 50 millions de tonnes sur les 85 millions produites dans le monde, soir 60 % de l'aquaculture mondiale. Ça se mérite de manger quand on est 1,3 milliard d'habitants !

La France n'en est qu'à 180.000 tonnes (essentiellement des huîtres et des moules), soit 277 fois moins que la Chine !

Ferme piscicole au Vietnam, un pays qui produit 20 fois plus de poissons que la France. © Christophe Meneboeuf, Wikimedia commons, CC 3.0

L'Europe en retard sur l'Asie

Comment peut-on se satisfaire du fait que la France, grand pays de pêche, qui jouit de 4.170 kilomètres de côtes (20.000 avec les DOM et TOM), produise 277 fois moins de poissons et crustacés que la Chine, ou même 20 fois moins que le Vietnam ? Nous nous sommes totalement laissé distancer, il est plus que temps de nous reprendre, d'accepter la fin progressive de la pêche et de mettre les bouchées doubles sur l'élevage. Le seul pays européen qui produise un peu de poisson d'élevage est la Norvège, avec ses saumons, ce qui nous impressionne parce que nous produisons sept fois moins qu'elle, mais elle ne représente que 1,7 % de la production mondiale.

Des trépieds dans le port de Bremerhaven, en Allemagne, en attente d'être transportés et déployés en mer du Nord pour l'un des premiers parcs éoliens offshore allemands. Si on le voulait, aucun problème pour y accrocher des bassins d’élevage de poissons ! © Hannes Grobe, Wikimedia commons, CC 4.0

Les parcs éoliens en mer, bénéfiques pour l'aquaculture ?

Une idée, parmi d'autres, pour accélérer notre conversion à l'aquaculture : installer des bassins dans nos futurs parcs d'éoliennes en mer !

Fin 2019, les Britanniques disposaient de 2.225 éoliennes en mer, les Allemands de 1.469, les Danois de 559, et les Français... d'une seule. Puisqu'on arrive très en retard sur ce dossier, en commençant à peine à construire nos premiers parcs d'éoliennes au large des côtes bretonnes et normandes, autant en profiter pour en concevoir de plus écologiques et plus productives !

Parc éolien en mer : pourquoi n'y a-t-il pas de parc aquacole ? © Rob Farrow, Wikimedia commons, CC 2.0

Ne pourrait-on pas implanter autour de ces éoliennes, systématiquement et dès leur construction, des fermes aquacoles ? Elles seraient situées entre 15 et 25 kilomètres des côtes, ce qui empêcherait trop de diffusion de pollution, et solidement ancrées pour éviter la dérive. On a déjà remarqué que les parcs éoliens actuels ont rapidement attiré une faune marine importante, qui y a trouvé son habitat. C'est « l'effet récif » : une forte biomasse de moules et crustacés s'implante rapidement, suivie de près par des algues, des étoiles de mer et des poissons. La preuve est faite que les éoliennes n'empêchent pas la biodiversité mais au contraire la favorise. Même les oiseaux de mer manifestent un comportement d'évitement et changent leur trajectoire de vol pour éviter les turbines.

Les pêcheurs qui manifestent contre les éoliennes offshore me semblent se tromper doublement de combat, ils feraient mieux de demander qu'elles s'implantent plus rapidement et d'exiger que cela se fasse avec des parcs aquacoles autour, dont ils seraient prioritaires pour l'exploitation.