Les glaciers du monde ont perdu plus de 9.000 milliards de tonnes de glace en un demi-siècle. © ESA

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La fonte des glaciers s'accélère : 9.000 milliards de tonnes de glace perdues depuis 1961

ActualitéClassé sous :climatologie , Réchauffement climatique , fonte des glaciers

En matière de changement climatique, les glaciers sont un peu les canaries dans la mine. En un demi-siècle, ils ont perdu plus de 9.000 milliards de tonnes de glace, contribuant à la hausse du niveau marin. Et cela n'est pas prêt de s'arrêter si rien n'est fait pour stopper le réchauffement.

Les glaciers ont perdu plus de 9.000 milliards de tonnes de glace entre 1991 et 2016, entraînant une élévation de 2,7 cm du niveau de la mer, selon une étude menée par des chercheurs de l'université de Zurich, publiée dans Nature. Les scientifiques estiment que la fonte des glaciers dans le monde entier s'est accélérée ces trois dernières décennies. Les glaciers ayant le plus contribué à cette augmentation sont ceux de l'Alaska, puis ceux de Patagonie et des régions arctiques. Ceux des Alpes, plus petits, n'ont joué qu'un rôle « mineur ».

« Globalement, nous perdons chaque année [l'équivalent] d'environ trois fois le volume de glace stocké dans l'ensemble des Alpes européennes », a commenté le glaciologue Emmanuel Thibert. Soit 335 milliards de tonnes par an, ce qui représente aujourd'hui 25 à 30 % de l'augmentation du niveau de la mer à l'échelle mondiale, même si le potentiel des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique pour faire monter le niveau des océans est bien plus important. La fonte des glaces n'est pas le seul contributeur à la hausse du niveau marin. Le réchauffement des océans en est également la cause, par dilatation du volume de l'eau. Tous deux sont liés au phénomène global de changement climatique.

Les chercheurs ont étudié en tout 19.000 glaciers à travers le globe, en utilisant des données topographiques fournies par les satellites, ainsi que des relevés de terrain. La masse exacte de glace perdue sur la période étudiée s'élève à 9.625 milliards de tonnes. Seuls les glaciers d'Asie du Sud-Ouest affichent une tendance positive, en gagnant de la glace. D'après les chercheurs, certains glaciers pourraient fondre complètement avant la fin du siècle tandis que d'autres « continueront à contribuer à la montée du niveau marin après 2100 », écrivent-ils dans leur article.

Carte montrant la quantité de glaces perdues à travers le monde en Gigatonnes (Gt), c'est-à-dire en milliards de tonnes, entre 1991 et 2016. L'Alaska, le Groenland et la Patagonie sont les grands perdants, avec une diminution de 3.019, 1.237 et 1.208 milliards de tonnes de glace, respectivement. © ESA, Zemp et al. (2019) Nature, World Glacier Monitoring Service

Les glaciers des Alpes risquent de fondre à 90 % d'ici 2100

Les glaciers des Alpes risquent de fondre à plus de 90 % d'ici la fin du siècle si rien n'est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, selon une autre étude publiée dans The Cryosphere. Les quelque 4.000 glaciers alpins, attraits touristiques qui fournissent aussi de l'eau en été à des millions de personnes, sont menacés par les émissions liées à l'activité humaine.

Une équipe de chercheurs suisses a utilisé des modèles climatiques couplées à des mesures des glaciers pour estimer leur évolution selon divers scénarios de réchauffement. Si les émissions atteignent un plafond d'ici quelques années avant de rapidement diminuer jusqu'à 2100, seulement un tiers du volume de ces glaciers survivrait. Mais si les émissions continuent à leur rythme actuel, la prédiction est encore plus sombre.

Le glacier des Bossons dans les Alpes à Chamonix-Mont Blanc en France le 28 septembre 2018. © Jean-Pierre Clatot - AFP/Archives

« Dans ce scénario pessimiste, les Alpes pourraient être quasiment privées de glace d'ici 2100, avec seulement quelques morceaux isolés en haute altitude, qui représenterait 50% ou moins du volume actuel », explique Matthias Huss, chercheur à ETH Zurich et coauteur des deux études (Nature et The Cryosphere). Et quels que soient les efforts faits pour réduire les émissions, les Alpes perdront au moins la moitié de leurs glaciers, mettent en garde ces scientifiques, soulignant l'importance de ces géants de glace.

« Un glacier est un réservoir. Un glacier en bonne santé fond en été et grossit en hiver. Cela veut dire qu'aux périodes où les gens ont le plus besoin d'eau, ils l'obtiennent du glacier, souligne à l'AFP Harry Zekollari, de l'Université de technologie de Delft, aux Pays-Bas. Si les glaciers disparaissent, vous perdez ces réservoirs. Dans les Alpes c'est peut-être supportable, mais dans les Andes ou l'Himalaya, des milliards de personnes ont vraiment besoin de cette eau », poursuit-il, notant également les risques d'inondations, de glissements de terrain et l'impact sur le tourisme. Les glaciers des Alpes contiennent environ 100 km3 de glace, soit l'équivalent de 400 millions de piscines olympiques.

  • Les glaciers du monde entier ont perdu plus de 9.000 milliards de tonnes de glace entre 1991 et 2016, contribuant à une hausse du niveau marin de 2,7 cm.
  • Les glaciers des Alpes pourraient fondre à plus de 90 % d'ici 2100.
Pour en savoir plus

La fonte des glaciers alpins s'accélère depuis 2003

Article du CNRS, publié le 20/02/2017

Un groupe de chercheurs européens qui a mené une étude originale sur l'évolution de la fonte des glaciers alpins au cours des 50 dernières années a pu montrer que les fluctuations climatiques étaient très semblables d'un bout à l'autre de la chaîne des Alpes et aussi qu'au cours de ces dix dernières années, la fonte s'était fortement accélérée.

Jusqu'à présent, les études réalisées sur l'évolution de la fonte des glaciers alpins avaient porté sur l'estimation des variations de masse de l'ensemble des glaciers du massif par extrapolation d'un nombre limité de mesures, ce qui avait conduit à des résultats entachés d'une grande incertitude.

Le glacier d'Aletsch, le plus grand et le plus long des Alpes: le Glacier. © Tobias Alt, Tobi 87, Wikimedia Commons

Dans une nouvelle étude menée par des chercheurs allemands, autrichiens, français et suisses, les chercheurs ont travaillé sur six glaciers répartis sur l'ensemble du massif et situés en Autriche, en Suisse et en France. En outre, ils ont traité directement, à l'aide d'un modèle statistique, les observations in situ obtenues à partir de balises d'ablation (permettant de mesurer la fonte) implantées sur les langues glaciaires de ces glaciers.

Carte des Alpes indiquant les six glaciers sélectionnés dans l’étude : Vernagtferner (Vernagt) et Hintereisferner (Hef.) en Autriche, Silvretta (Silv.) et Gries en Suisse, Saint Sorlin (Sor.) et Sarennes (Sar.) en France. © CNRS

Impact du réchauffement climatique

Cette analyse a permis aux chercheurs de montrer que plus de la moitié des variations annuelles des bilans de masse (de la fonte) de ces glaciers était identique d'un bout à l'autre de la chaîne alpine : deux glaciers situés à 10 km l'un de l'autre avaient 80 % de variations communes (variance) et deux glaciers situés à 400 km l'un de l'autre avaient plus de 52 % de variations communes. C'est beaucoup plus que tout ce qui avait été montré auparavant. Cette étude publiée dans Geophysical Research Letter révèle donc que les fluctuations climatiques sont très semblables sur l'ensemble des Alpes, de l'Autriche à la France, soit sur plus de 400 km.

En outre, les chercheurs ont mis en évidence une très forte accélération de la fonte de ces glaciers au cours des dix dernières années, beaucoup plus importante que celle estimée par les études antérieures. Cette accélération équivaut à une fonte supplémentaire de 1,8 m de hauteur de glace par an par rapport à la période de référence 1962-1982 durant laquelle les glaciers alpins étaient dans une situation de quasi-équilibre, c'est-à-dire sans changement notable.

Les laboratoires français impliqués sont l'Institut des géosciences de l'environnement (IGE/OSUG, CNRS / IRD / UGA / INPG) et le laboratoire Érosion torrentielle, neige et avalanches (ETNA, IRSTEA).


Réchauffement : la fonte des glaciers des Alpes précisément mesurée

Article de Bruno Scala publié le 08/12/2011

Une étude sur les glaciers des Alpes françaises montre qu'à l'instar de leurs homologues himalayens, ils sont en forte régression. Leur surface aurait diminué de près de 20 % en vingt-cinq ans. Cette fonte, reflet du réchauffement climatique, réserve également des surprises désagréables.

Il n'y a pas que les glaciers de l’Himalaya qui fondent à grande vitesse. À la réunion automnale de l’Union géophysique américaine (AGU) qui se tient à San Francisco jusqu'au 9 décembre, Marie Gradient, une doctorante de l'université de Savoie, a présenté les résultats de ses recherches sur l'état des glaciers des Alpes françaises, comme le rapporte le site de la BBC.

L'étude de la scientifique et de ses collègues repose sur une analyse des images satellite, des photos aériennes et des cartes anciennes. Mais pour s'assurer de la pertinence des résultats, des travaux de terrain ont également été réalisés. Six cents glaciers ont ainsi été inventoriés sur l'ensemble des Alpes françaises.

Glacier des Alpes françaises : une fonte de 20 % en 25 ans

Ils ont ensuite mesuré leur surface actuelle et celle des dernières décennies. Selon ces estimations, les glaciers alpins s'étendaient sur un peu moins de 340 km² au milieu des années 1980. À la fin des années 2000 en revanche, cette superficie avait fortement diminué, atteignant 275 km². Soit une baisse de 20 % environ en vingt-cinq ans.

Glacier sur l'Albaron, dans les Alpes, en Savoie. © genevieveromier, Flickr, cc by 2.0

Pour la plupart des glaciers alpins, les précédentes estimations avaient été effectuées en 1967 dans le cadre du World Galcier Inventory (réalisé par le National Snow and Ice Data Center, NSIDC). La surface de l'ensemble des glaciers alpins français s'élevait alors à 375 km². La diminution par rapport à cette époque est donc de 26 %.

Lâcher de pesticides

La scientifique note cependant que l'intensité de la fonte des glaciers alpins subit une forte variation géographique. Celle-ci pourrait s'expliquer par une différence de climat et d'altitude : au sud, les montagnes sont moins hautes que dans le nord et il y a davantage de précipitations au nord, ce qui favorise le renouvellement de la couverture neigeuse. Celle-ci augmente ensuite l'albédo, qui réduit la température et facilite la reformation de glace.

Ce phénomène pose en outre un problème inattendu, mis en évidence en 2009 par une étude suisse : lorsque les glaciers fondent, ils relâchent des polluants qui avaient été emprisonnés auparavant. La présence de pesticides, de la famille des organochlorés notamment, avait été démontrée dans les eaux d'un lac en contrebas d'un glacier. La fonte des glaciers, dans les Alpes ou d'autres régions, comme dans l'Arctique, peut ainsi réserver de mauvaises surprises. Un des nombreux effets indirects du réchauffement climatique...

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