Le rapport spécial du Giec sur les océans et la cryosphère souligne l'urgence d'agir. Ici, un iceberg au lac de Jökulsárlón en Islande. © Thierry Lubar, Fotolia

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Océan et cryosphère : que retenir du rapport spécial du Giec ?

ActualitéClassé sous :Réchauffement climatique , GIEC , océan

Dévoilé aujourd'hui à Monaco, le rapport des experts climat du Giec détaille le sinistre état de santé des océans et des zones glacées de la planète. Fonte des calottes glacières, hausse de la température de la mer, acidification, perte d'oxygène et montée des eaux... autant de conséquences pour les écosystèmes et l'Homme.

Le dernier spécial rapport du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) souligne l'urgence d'une action résolue, rapide, coordonnée et durable afin d'endiguer des changements durables et sans précédent de l'océan et de la cryosphère. Le rapport montre les bénéfices d'une adaptation ambitieuse et efficace au service du développement durable et, inversement, la croissance exponentielle des coûts et les risques d'une action tardive. L'objectif de ce rapport spécial sur l'océan et la cryosphère est de faire un état des lieux de la connaissance des processus physiques et des impacts du changement climatique sur les écosystèmes océaniques, côtiers, polaires et d'altitude. Il évalue aussi les conséquences sur les communautés humaines, comment les services rendus par ces milieux sont affectés, et les options d'adaptation à ces changements.

La richesse du rapport est de croiser l'expertise de plusieurs groupes de travail du Giec (bases physiques, impacts, adaptation...), pour en faire de véritables outils d'aide à la décision publique et privée. Le rapport montre comment l'apport des connaissances scientifiques aux savoirs locaux et autochtones facilite l'élaboration d'options appropriées de gestion des risques liés au changement climatique, ainsi que l'amélioration de la résilience des sociétés.

La cryosphère est au cœur des débats du réchauffement climatique. © Peteris Zalitis, Fotolia

L’océan et la cryosphère sont au cœur du climat

L'océan est au cœur du système climatique. La quantité de chaleur qu'il peut stocker est très élevée. Cette inertie de l'océan en fait un gardien des équilibres thermiques de la planète et une source majeure de variations lentes du climat, de la saison au millénaire. L'océan stocke également une très grande quantité de carbone - environ 38.000 gigatonnes (Gt), soit 16 fois plus que l'ensemble des plantes terrestres et des sols, et environ 60 fois plus que l'atmosphère.

La cryosphère se compose de glace et de neige sous différentes formes : la glace de mer (flottant sur l'océan et formée d'eau de mer gelée), les glaciers terrestres, les deux calottes glaciaires (Groenland et Antarctique), le pergélisol (du sol gelé en permanence), la neige saisonnière sur les continents, et les lacs et rivières gelés. La cryosphère fait partie du cycle de l'eau et du carbone et influence le climat de nombreuses façons.

Historique depuis les années 1950 et projections des changements des océans et de la cryosphère. © IPCC

L'océan et la cryosphère sont importants pour nous

La vie des humains, des animaux et de la biosphère est étroitement liée à l'océan et à la cryosphère. De nombreuses mégapoles du monde, dont Tokyo, Bangkok et New York, sont situées en bord de mer et, en 2010, environ 30 % des humains vivait à moins de 100 kilomètres de l'océan. Environ 10 % des habitants de la planète habite en haute montagne, tandis qu'environ 4 millions de personnes, dont des peuples autochtones, vivent autour de l'Arctique.

Aujourd'hui, sur les 40 milliards de tonnes de CO2 émises chaque année par l'activité humaine, moins de 50 % restent dans l'atmosphère. Le reste est absorbé en parts à peu près égales par la végétation terrestre et par l'océan. Sans ces deux « puits » de carbone, le réchauffement planétaire serait déjà bien supérieur à 1 °C (par rapport à l'ère préindustrielle). Grâce à son énorme capacité calorifique, l'océan absorbe plus de 90 % de la chaleur supplémentaire générée par le réchauffement climatique. Bien qu'ils soient bénéfiques à certains égards, ces deux services de régulation océaniques ont d'autres conséquences négatives, comme la montée du niveau des mers ou l'acidification de l'océan.

L'océan et la cryosphère fournissent également des ressources, notamment en nourriture, en eau et en énergie. La pêche constitue une source alimentaire essentielle, le poisson et les mollusques et crustacés représentant plus de 50 % des protéines animales consommées dans de nombreux pays en développement. L'appétit pour les ressources marines a triplé depuis les années 1970. L'océan et de la cryosphère fournissent des emplois dans la pêche et les loisirs, entretiennent des traditions, des cultures locales et des croyances religieuses concernant, par exemple, les glaciers de haute montagne. Et nombre d'entre nous sont personnellement attachés à ces milieux.

La biodiversité océanique est foisonnante, par exemple dans les écosystèmes des récifs coralliens. Les algues unicellulaires microscopiques appelées phytoplancton forment la base de la plupart des réseaux alimentaires marins et sont consommées par des animaux microscopiques appelés zooplancton. Au sommet de cette chaîne se trouvent des mammifères marins, comme les phoques et les requins. La diversité des espèces maintient les fonctions des écosystèmes, mais chaque écosystème a ses propres organismes clés en jeu. Pour les récifs coralliens, il s'agit, outre les coraux, des algues, des vers, des mollusques, des éponges, des oursins et des poissons.

Les évènements extrêmes du niveau de la mer. © IPCC

L’océan et la cryosphère changent en réponse au changement climatique

Les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine renforcent l'effet de serre naturel de la planète et entraînent un réchauffement global, qui atteint aujourd'hui 1 °C. L'océan et la cryosphère changent rapidement sous l'effet de cette perturbation majeure.

La fonte des glaciers et des calottes glaciaires. À quelques exceptions près, les 200.000 glaciers présents sur la planète fondent et se rétrécissent. Au fur et à mesure que la température atmosphérique augmente, la surface des calottes glaciaires et des glaciers fond. Dans la plupart des cas, les calottes glaciaires et les glaciers réagissent lentement à la température. En conséquence ils continueront de fondre pendant des siècles, voire des millénaires, même après que la température globale ait cessé d'augmenter.

  • L'élévation du niveau de la mer

Le niveau moyen de la mer a augmenté d'environ 15 centimètres depuis 1900, et le rythme s'accélère (de 1,4 à 3,6 mm/an pendant cette période). L'élévation du niveau de la mer résulte d'une augmentation du volume de l'océan due à deux facteurs principaux - l'eau plus chaude occupant plus de volume : (1) l'ajout d'eau à l'océan à la suite de la fonte des glaciers continentaux et des calottes glaciaires et (2) l'expansion de l'eau de mer à mesure que l'océan se réchauffe (expansion thermique).

Environ la moitié de l'élévation du niveau de la mer observée depuis les années 1990 a été causée par l'expansion thermique, et l'autre moitié par la fonte des glaces sur terre, bien que ce deuxième facteur soit maintenant dominant. Le niveau de la mer continuera de monter lentement pendant des siècles après l'arrêt du réchauffement planétaire. Selon les projections, le niveau moyen de la mer devrait encore augmenter de 20 centimètres à plus d'un mètre d'ici la fin du siècle, selon la quantité de gaz à effet de serre que nous émettrons et la rapidité avec laquelle les calottes glaciaires polaires répondront. Dans ce rapport la fourchette haute des prévisions a été revue à la hausse par rapport aux précédents rapports grâce à une meilleure compréhension de la fonte de l’Antarctique. À l'échelle locale, cette hausse peut-être plus importante. Elle est aussi cause d'une augmentation (observée et prévue pour le futur) de la fréquence des évènements extrêmes comme les vagues et surcotes dues aux tempêtes.

  • Glace de mer

Bien qu'elle ne contribue pas à l'élévation du niveau de la mer, une perte rapide de la glace de mer estivale dans l'Arctique a été observée au cours des dernières décennies. La couverture de glace en fin d'été a diminué d'environ 40 % depuis 1980. Outre la couverture, l'âge et l'épaisseur de la glace ont également diminué. En 40 ans, 90% de la glace ancienne (de plus de 5 ans, ayant survécu à plusieurs saisons de fonte estivale) a disparu. Enfin, la glace de mer dans le centre de l'Arctique n'a plus qu'un quart de l'épaisseur qu'elle avait en 1975 (1,25 mètre contre 3,5 mètres).

  • Réchauffement de l’océan et perte d’oxygène

La hausse des températures modifie la structure physique de l'océan et affecte la vie marine. Puisque l'océan est chauffé par le haut, la surface (moins dense) de l'océan se réchauffe plus rapidement que les couches plus profondes et plus denses. Cela augmente sa stabilité et le rend moins facilement pénétrable, rendant difficile le mélange des nutriments des eaux plus profondes vers la couche superficielle, pauvre en nutriments. Cela entraîne aussi une diminution de l'apport d'oxygène aux couches plus profondes à partir des eaux de surface riches en oxygène (désoxygénation). Les 1.000 mètres supérieurs de l'océan ont perdu 0,5 à 3 % de leur teneur en oxygène depuis 1970. En 40 ans, les régions dépourvues d'oxygènes ont augmenté de 5 %, rendant les conditions de vie difficiles ou impossibles pour de nombreuses espèces.

  • Vagues de chaleur marines

En plus de ces changements graduels, on observe de plus en plus d'évènements extrêmes de température océanique, connus sous le nom de vagues de chaleur marines. En 40 ans les vagues de chaleur marine sont devenues deux fois plus fréquentes, sont plus longues et plus intense. Suivant les scénarios, la fréquence des vagues de chaleur marines sera multipliée de 20 à 50 fois en 2100. Ces épisodes peuvent également entraîner un blanchissement massif des coraux voire, ensuite, leur mortalité, comme cela s'est produit entre 2014 et 2017 dans le cadre d'un évènement d'ampleur globale où 75 % des récifs ont été touchés. Cette tendance devrait se poursuivre, puisque 75 % des récifs coralliens sont menacés de disparition si le réchauffement dépasse 1,5 °C.

  • Acidification

L'absorption de CO2 d'origine humaine rend l'océan plus acide. En se dissolvant dans l'eau de mer, le CO2 forme de l'acide carbonique, qui augmente l'acidité de l'océan. Ceci a un impact négatif sur les organismes marins calcifiants tels que les mollusques et les coraux.

  • Des espèces qui se déplacent

Sous l'influence des impacts décrits ci-dessus, l'aire de répartition géographique des espèces terrestres et océaniques changent. Elles se déplacent soit en altitude (sur les continents) soit vers les régions polaires, afin de rester dans leur environnement climatique optimal. Par exemple, dans l'océan, de nombreuses espèces se déplacent vers les pôles, à raison d'environ 5 kilomètres par an.

La riche biodiversité des récifs coralliens est menacée. © Flickr, CC by 2.0

Ces changements ont un impact sur les écosystèmes et sur nous

Le changement climatique modifie l'océan et la cryosphère, ce qui crée des risques pour les humains et les écosystèmes, qui peuvent affecter les ressources, les emplois, les moyens de subsistance, les cultures et la santé. Les sociétés et les écosystèmes sont exposés à de multiples menaces océaniques et cryosphériques liées au climat, notamment des impacts de tempêtes accrus, des vagues de chaleur marine plus fréquentes, la fonte de la glace de mer et le dégel du pergélisol.

Avec l'élévation du niveau moyen des mers, de plus en plus de zones sont exposées aux inondations, qu'il s'agisse d'évènements récurrents dus aux marées, ou extrêmes comme les surcotes dues aux tempêtes. Les extrêmes de niveau de la mer, qui sont actuellement rares (par exemple les inondations centenaires), deviendront de plus en plus fréquents au cours de ce siècle pour atteindre dans certains cas une occurrence annuelle.

La perte de la cryosphère affecte les habitants de l'Arctique et des régions de haute montagne de façon essentiellement négative, avec des impacts sur les réserves d'eau douce, l'hydroélectricité, les infrastructures, les transports, l'approvisionnement alimentaire, le tourisme et les loisirs, la santé et le bien-être, la culture et les valeurs sociales, avec des impacts et bénéfices inégalement répartis parmi les populations.

Il existe de nombreuses intersections entre les objectifs du développement durable de l'ONU et le changement climatique. Par exemple, la diminution des prises de poisson due au changement climatique affectera le revenu, les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des communautés dépendantes de la pêche. Dans les tropiques, 500 millions de personnes dépendent des écosystèmes liés aux récifs coralliens et seront gravement touchées s'ils subissent des dommages permanents. Les changements dans l'océan et la cryosphère peuvent également affecter l'identité culturelle et le bien-être des humains.

Nous pouvons agir pour réduire ces impacts en s’adaptant et en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre

Comme l'analyse la dernière partie du rapport du SROCC, la lutte contre le changement climatique peut également soutenir le développement durable, si elle s'attache à distribuer équitablement la responsabilité de l'action, ainsi que les pertes et les gains découlant des choix sociétaux. Un défi majeur est le développement de capacités d'adaptation et de gouvernance à la hauteur des enjeux, en particulier dans les pays les plus vulnérables. De nombreuses options existent comme la protection et la restauration des écosystèmes, des solutions et une gestion qui s'inspirent de leur fonctionnement naturel, par exemple pour l'exploitation de ressources renouvelables, et la réduction des nombreuses sources de pollution locale. Le rapport analyse l'existence de nombreuses contraintes, qu'elles soient écologiques, financières, institutionnelles ou de gouvernance, qui peuvent être autant de limites à l'adaptation. En particulier, limiter la vulnérabilité due à l'augmentation du niveau de la mer et de la fréquence des événements extrêmes associés demande une analyse locale et intégrée spécifique à chaque territoire menacé.

  • Ce nouveau rapport du Giec est conçu pour que de nombreux acteurs s’en emparent et, s’appropriant ses conclusions scientifiques, l’utilisent comme un outil de vie démocratique et d’aide à la décision éclairée.
  • Il montre en détail que l’inaction limite fortement les options d’adaptation, insistant sur l’urgence d’une action résolue, rapide, coordonnée et durable.
  • Enfin, c’est le premier rapport du GIEC qui souligne l’importance de l’éducation, pour les jeunes comme les moins jeunes, comme préalable à un engagement pour préserver notre environnement.
Pour en savoir plus

Aujourd'hui est dévoilé à Monaco le rapport des experts climat du Giec sur le sinistre état de santé des océans et des zones glacées de la planète. Un rapport de 900 pages formellement adopté mardi par les scientifiques et diplomates des 195 États membres du Giec. Nous en connaissons les grandes lignes : fonte des calottes glacières, hausse de la température de la mer, acidification, perte d'oxygène et montée des eaux... Autant de conséquences pour les écosystèmes et l'Homme.

Article de Futura avec AFP-Relaxnews, le 25/09/2019

Les experts de l'ONU dévoilent ce mercredi à Monaco un sinistre tableau des océans et des zones glacées de la planète, nouvelle preuve de l'urgence à lutter contre le réchauffement climatique qui répond à l'inaction dont sont accusés les dirigeants mondiaux. Malgré le plaidoyer plein de colère de la jeune militante suédoise Greta Thunberg, invitée à la tribune des Nations unies, le sommet climat de lundi à New York n'a pas suscité l'impulsion recherchée par les défenseurs du climat. « Des millions de personnes dans les rues vendredi ont montré clairement qu'ils n'accepteraient plus l'apathie, les excuses et l'inaction des dirigeants mondiaux, faibles et incapables de résister au pouvoir de l'industrie des énergies fossiles », a commenté Jennifer Morgan, directrice de Greenpeace International.

Un iceberg flottant près de Terre-Neuve, le 29 juin 2019. © Johannes Eisele, AFP/Archives

Le nouveau rapport du Giec : un moteur pour agir

Certains espèrent malgré tout que le nouveau rapport spécial des experts climat de l'ONU (Giec), qui devrait être tout aussi alarmant que les deux précédents sur l'objectif de limiter le réchauffement à +1,5 °C et sur l'utilisation des terres, soit un moteur pour agir. « Les gouvernements doivent savoir que les promesses qu'ils transforment en actions peuvent vraiment faire une différence. Ça peut être un investissement pour l'avenir », a déclaré à l'AFP Stephen Cornelius, de WWF, qui participait comme observateur à la session du Giec à Monaco.

Un rapport adopté au terme d'une session marathon

Les scientifiques et diplomates des 195 États membres du Giec ont adopté mardi matin après cinq jours de débats et une dernière session marathon de 27 heures la synthèse de ce rapport de 900 pages, dont le contenu sera dévoilé seulement ce mercredi à 9 h 00 GMT. Il leur aura fallu une dernière nuit blanche pour surmonter les objections de l'Arabie saoudite... premier exportateur mondial de pétrole.

Les océans, qui couvrent plus de 80 % de la surface du globe, ont absorbé environ un quart des émissions de gaz à effet de serre générés par l'Homme. Avec des conséquences palpables : hausse de la température de la mer, acidification, perte d'oxygène. Des modifications si importantes qu'elles entraînent des impacts en cascade sur les écosystèmes dont dépend l'Homme pour sa protection et sa nourriture. Des calottes glaciaires aux glaciers, en passant par la banquise et le permafrost, les zones gelées de la planète ne sont pas non plus épargnées par les impacts ravageurs du réchauffement.

La montée des eaux liée au rétrécissement des calottes de l'Antarctique et du Groenland va menacer de nombreuses régions côtières, des petits États insulaires aux grandes métropoles comme New York ou Shanghai, en passant par les deltas du Gange ou du Mékong. Avec ou sans mesures d'adaptation (constructions de digues...), le déplacement de certaines communautés pourraient être, à terme, inéluctable, même si le monde parvient à limiter le réchauffement à +2 °C par rapport à l'ère pré-industrielle, objectif minimum de l'accord de Paris. Aujourd'hui, avec seulement +1 °C de réchauffement, les impacts se font déjà lourdement sentir, des tempêtes aux inondations, en passant par les sécheresses et les canicules meurtrières.

Des maisons d'un quartier de Miami tout au bord de l'océan sont menacées par la montée des eaux en raison du réchauffement climatique. © Joe Raedle, Getty Images North America/AFP/Archives

L'océan : important régulateur du climat

Les engagements actuels des États à réduire leurs émissions de CO2, s'ils étaient respectés, conduiraient à un monde à +3 °C. Face à ce dérèglement climatique, les océans peuvent offrir des solutions, notamment par le développement des énergies marines renouvelables. Selon un rapport publié cette semaine par le Groupe de haut niveau pour une économie marine durable, qui rassemble des États comme l'Australie ou le Chili, l'action climatique basée sur l'océan pourrait permettre jusqu'à un cinquième des réductions d'émissions de CO2 nécessaires d'ici 2050 pour limiter le réchauffement à +1,5 °C. « Associé aux réductions d'émissions liées aux activités sur terre, cela montre que les actions pour le climat basées sur l'océan pourraient fournir une bouée de sauvetage pour les économies, les ressources alimentaires, les communautés côtières et la vie marine en première ligne face aux impacts climatiques », a commenté la première ministre norvégienne Erna Solberg, coprésidente du Groupe.


Réchauffement climatique : une catastrophe annoncée dans les océans et la cryosphère

Avant même sa publication, les conclusions du prochain rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), portant sur les océans et la cryosphère, font déjà trembler. Accélération de la hausse du niveau des océans, accroissement des inondations et effondrement des ressources marines figurent parmi les catastrophes annoncées du fait du réchauffement climatique.

Article de Futura avec AFP-Relaxnews, publié le 29 août 2019

Le réchauffement climatique provoqué par les activités humaines va avoir des conséquences dramatiques sur les océans et la cryosphère, qui regroupe banquise, glaciers, calottes polaires et sols gelés en permanence. Ce sont les conclusions d'un rapport spécial du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), un organisme de l'ONU, qui sera dévoilé le 25 septembre à Monaco, que l'AFP s'est procuré en exclusivité et dont voici les principaux points.

Les grandes lignes d'un scénario inquiétant dans les océans

Les océans ont absorbé environ un quart des émissions de gaz à effet de serre produits par les humains depuis les années 1980. Comme résultat, ils sont plus chauds, plus acides et moins salés. La concentration d'oxygène dans les milieux marins a baissé de 2 % en 60 ans, et devrait perdre 3 ou 4 degrés supplémentaires si les émissions de CO2 restent au même niveau. En raison du réchauffement et de l'acidification, les réserves alimentaires dans des eaux tropicales peu profondes pourraient décroître de 40 %, mettant en péril notre capacité à nourrir la population mondiale.

La fréquence, l'intensité et l'étendue des vagues de chaleur marines comme celles qui ont ravagé la Grande barrière de corail australienne ont augmenté. Les coraux, dont un demi-milliard de personnes dépendent pour leur nourriture et leur protection, ne devraient pas survivre à un réchauffement de surface de 2 °C comparé aux niveaux préindustriels. D'autre part, un doublement des fréquences de phénomènes El Niño extrêmes - qui déclenchent des feux de forêt, provoquent des maladies et ont des effets sur les cyclones - est attendu si les émissions ne sont pas réduites.

Une tempête affecte le front de mer de Taizhou, dans l'est de la Chine, le 9 août 2019. On s'attend à ce que les phénomènes extrêmes tels que les tempêtes se multiplient avec le changement climatique, provoquant des dégâts de plus en plus importants sur les côtes, déjà mises à mal par la hausse du niveau marin. © AFP/Archive

Le niveau des océans va croître durant les siècles à venir, quelles que soient les mesures prises. Comparé avec la fin du XXe siècle, le niveau des océans devrait augmenter de 43 cm environ (29-59 cm) d'ici 2100 si le réchauffement global est maintenu à 2 °C. Il augmentera de 84 cm (61-110 cm) si les tendances actuelles se poursuivent, qui pourraient aboutir à un réchauffement global de 3°C ou 4°C. Au XXIIe siècle, le rythme d'élévation du niveau des mers pourraient s'accroître, de 3,6 millimètres par an aujourd'hui, à « plusieurs centimètres ». Globalement, 20 % à 90 % des zones humides devraient être perdues d'ici 2100, en raison de l'élévation prévue du niveau des mers.

Les dommages causés par les inondations pourraient augmenter de 100 à 1.000 fois d'ici 2100

La hausse du niveau des mers pourrait déplacer 280 millions de personnes, dans un scénario optimiste d'une hausse de 2 °C de la température mondiale par rapport à l'ère pré-industrielle. Avec l'augmentation prévisible de la fréquence des cyclones, de nombreuses mégapoles côtières, mais aussi de petites nations insulaires, seraient frappées d'inondations chaque année à partir de 2050. Les dommages causés par les inondations pourraient augmenter de 100 à 1.000 fois d'ici 2100. L'élévation des mers forcera les régions côtières à prendre des mesures d'adaptation, les pays riches étant plus aptes à assurer une protection à leurs mégalopoles que les pays en développement, où les catégories les plus pauvres devraient se replier vers des terres plus en altitude, devenant des réfugiés du climat.

Un iceberg près de l'île de Kulusuk au Groenland, le 17 août 2019. Les calottes de l'Arctique et de l'Antarctique ne sont pas les seules masses glaciaires menacées par la fonte. Ce phénomène concerne les glaciers à travers le monde (Alpes, Himalaya, etc.), avec des répercussions sur l'approvisionnement en eau potable de près de deux milliards de personnes. © Jonathan NACKSTRAND - AFP/Archives

La fonte irrépressible de l'ensemble des glaces de la planète

Les calottes glaciaires en Antarctique et au Groenland ont perdu en moyenne 430 milliards de tonnes chaque année depuis 2006, devenant la principale source de la hausse du niveau des océans. L'ensemble des glaciers, pas seulement ceux des pôles, sont concernés par ce déclin. Les quantités d'eau découlant de la fonte des glaciers vont atteindre un pic, puis vont décliner autour de 2100. Les glaciers situés à basse altitude, comme en Europe centrale, dans le Caucase, l'Asie du Nord et la Scandinavie, devraient perdre plus de 80 % de leur volume d'ici 2100. À travers le monde, plus de deux milliards de personnes dépendent des glaciers pour leur eau potable. Les montagnes devraient perdre une part importante de leur couverture neigeuse, avec des impacts importants sur l'agriculture, le tourisme et l'approvisionnement en énergie.

Jusqu'à 99 % du pergélisol pourrait fondre d'ici 2100

Un tiers, voire jusqu'à 99 % du pergélisol, cette couche de sol gelée en permanence, pourrait fondre d'ici 2100 si le réchauffement climatique continue au rythme actuel, relâchant encore plus de gaz à effet de serre. Dans un scénario optimiste, la zone impactée pourrait être limitée. Le niveau de mercure et de substances toxiques dans l'eau potable devrait augmenter avec la fonte des glaciers et du permafrost, qui contiendraient près de 800.000 tonnes de mercure.

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