L'humanité a déjà épuisé les ressources annuelles de la Terre : c'est le « Jour du dépassement ». Une des conséquences de notre surconsommation est la déforestation et, avec elle, la destruction d’habitats pour de nombreuses espèces, conduisant à une perte massive de biodiversité. © Daniel Beltrá 2013, Courtesy of Catherine Edelman Gallery, Chicago and the artist
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Jour du dépassement : les principaux facteurs qui ont avancé la date au 29 juillet

ActualitéClassé sous :développement durable , déforestation , forêt

Ce jeudi 29 juillet marque le Jour du dépassement 2021, une date calculée par l'ONG Global Footprint Network, un institut de recherche californien. À partir d'aujourd'hui nous allons vivre les cinq prochains mois « à crédit », l'humanité ayant consommé toutes les ressources que la Terre peut régénérer en une année. Limiter nos émissions de CO2 et protéger nos forêts représente une urgence mondiale pour faire reculer cette date, avec en ligne de mire l'espoir d'atteindre un équilibre à l'avenir.

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[EN VIDÉO] La déforestation se poursuit à un rythme alarmant  Plus de 43 millions d’hectares ont été perdus entre 2004 et 2017 selon un rapport du WWF ; l’équivalent des deux tiers de la surface de la France. 

Cette année, le Jour du dépassement est le jeudi 29 juillet 2021, rattrapant le recul ponctuel et exceptionnel observé en 2020 du fait de la pandémie de Covid-19. Les forêts, considérablement menacées par notre modèle prédateur de ressources, jouent pourtant un rôle clé pour réguler le climat et ainsi repousser cette date fatidique.

La date du 29 juillet 2021, calculée par le Global Footprint Network, correspond au jour où l'humanité aura utilisé autant de ressources biologiques que ce que la Terre peut régénérer en une année. Autrement dit : à partir de cette date, nous vivrons cinq mois dans le rouge en entamant le capital naturel qui pourrait nous faire vivre convenablement les années suivantes. Actuellement, nous utilisons 74 % de plus que ce que les écosystèmes de la planète peuvent régénérer, soit l'équivalent des ressources que produirait « 1,7 Terre » en une année. 

Depuis 1970, la date du Jour du dépassement n'a cessé d'avancer.

Cette année, le Jour du Dépassement est presque revenu au niveau de 2019, après avoir été momentanément repoussé en 2020 du fait du recul de la consommation lié aux restrictions imposées par la pandémie de Covid-19. Le WWF France appelait il y a un an à saisir l’opportunité d’une relance verte : force est de constater que cette occasion a été manquée au niveau mondial.

Au premier semestre 2021, la déforestation en Amazonie a augmenté de 17 %, soit 10.000 km² de forêt perdue

Deux principaux facteurs ont participé à avancer le Jour du dépassement : l'augmentation de 6,6 % de notre empreinte carbone par rapport à 2020 et la diminution de 0,5 % de la biocapacité forestière mondiale (capacité des forêts à produire des ressources naturelles - produits forestiers comme le bois, le papier - et à stocker le carbone). Cette baisse est due en grande partie au pic de déforestation enregistré en Amazonie. Rien qu'au Brésil, 1,1 million d'hectares de forêts ont été détruits en 2020, un record depuis 2008. Une tendance qui ne faiblit pas : au premier semestre 2021, la déforestation en Amazonie a augmenté de 17 %. Pour la troisième année consécutive, la forêt perdra environ 10.000 km², soit 60 % de plus que la moyenne de la décennie précédant l'arrivée au pouvoir de Bolsonaro (2009-2018). À quelques jours du début de la saison sèche, ces chiffres laissent présager une nouvelle saison record d'incendies au Brésil.

Entre déforestation et méga-incendie, les forêts ne jouent plus leur rôle. © toa555, Adobe Stock

Faire reculer le Jour du dépassement

Mises à mal par la déforestation et leur dégradation, les forêts ne peuvent plus jouer leur rôle de puits de carbone, essentiel pour capter une partie des émissions de gaz à effet de serre et ainsi faire reculer le Jour du dépassement. En détruisant ou dégradant les forêts, nous perdons des puits de carbone dont nous avons besoin, mais nous libérons aussi le carbone stocké dans ces forêts, tout en réduisant les autres bénéfices que la forêt nous apporte (fourniture de matières premières, régulation du cycle de l'eau, fonctions culturelles et religieuses etc.) et nous altérons la biodiversité qu'elle contient. Si nous subissons tous les conséquences de ces destructions, les premières victimes sont les peuples autochtones et communautés locales qui dépendent directement des forêts pour leur survie, alors que le WWF, aux côtés de 30 autres organisations, a récemment montré que la préservation des écosystèmes est impossible sans leur participation active. 

Les Européens ont un rôle à jouer à l'échelle de la planète

Nous, Européens, pouvons jouer un rôle clé dans la protection des forêts à l'échelle mondiale. Un récent rapport du WWF montre ainsi que la consommation des Européens est un moteur clé de la déforestation tropicale et de la destruction des écosystèmes dans le monde. L'Union européenne est en effet le deuxième importateur de déforestation tropicale derrière la Chine. Si nous voulons agir contre le changement climatique, nous devons cesser de détruire les écosystèmes essentiels à la régulation du climat. Une opportunité inédite se présente cette année puisque la Commission européenne devrait présenter en septembre prochain un projet de législation visant à empêcher la mise sur le marché de produits issus de la déforestation. 

La France en particulier sera sous les feux des projecteurs dans les prochains mois puisqu'elle accueillera le congrès mondial de l'UICN en septembre puis assurera la présidence de l'Union européenne au premier semestre 2022. Alors que le Président de la République s'est engagé à plusieurs reprises à agir contre le fléau de la déforestation, il a désormais l'opportunité de passer des paroles aux actes en soutenant le vote d'une législation ambitieuse.

Les évènements de ces dernières semaines - incendies, inondations - deviennent le « nouveau normal » et nous montrent les conséquences dramatiques pour l'Homme

Pour Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France : « Les évènements de ces dernières semaines - incendies, inondations - deviennent le "nouveau normal" et nous montrent les conséquences dramatiques pour l'Homme d'un emballement climatique incontrôlé. Or, si l'année 2020 avait marqué un recul du jour du dépassement lié à la pandémie de Covid-19, nous sommes repartis sur la trajectoire des années précédentes. L'AIE établit que les émissions vont atteindre des niveaux record d'ici 2023, et les plans de relance vont majoritairement continuer à creuser notre déficit écologique. Les forêts figurent parmi les écosystèmes qui voient leur biocapacité diminuer, avec des impacts dangereux pour le climat, la biodiversité, la disponibilité de la ressource eau et la prévention des pandémies. Nous sommes face à une urgence écologique, urgence qui n'est à ce jour - et malgré les alertes répétées des scientifiques - pas traitée comme telle. Il est donc impératif de ne pas rater l'opportunité due congrès mondial de la Nature à Marseille, la COP26 à Glasgow et la COP15 de la CBD en 2022 pour stopper et inverser la courbe de hausse des émissions de gaz à effet de serre et de perte des milieux naturels et des services écosystémiques vitaux qu'ils nous procurent, en agissant sur les causes structurelles de destruction de la nature et en mobilisant des moyens financiers à échelle. » 

Arnaud Gauffier, directeur des programmes au WWF France explique : « Les forêts, qui nous offrent des services essentiels comme le stockage du carbone ou la régulation du cycle de l'eau, font partie des espaces que nous détruisons pour produire et consommer davantage. Conséquence : même des régions d'Amazonie se mettent à émettre plus de CO2 qu'elles n'en captent. Si nous voulons faire reculer le jour du dépassement et maintenir nos conditions de vie sur Terre, nous devons d'urgence limiter nos émissions de CO2 mais aussi mettre un terme à la déforestation. C'est pourquoi, nous appelons la France à soutenir l'adoption d'une législation européenne ambitieuse pour interdire la mise sur le marché européen de produits liés à la déforestation. » 

Pour en savoir plus

Jour du dépassement : un recul exceptionnel de trois semaines

Le Jour du dépassement, qui marque la date à laquelle l'humanité vit « à crédit » par rapport à la Planète, tombe cette année le 22 août 2020. Un recul exceptionnel dû à la pandémie de Covid-19, qui a entrainé une baisse de la consommation d'énergie et une moindre déforestation.

Article de Céline Deluzarche, publié le 22 août 2020

L'an dernier, le Jour du Dépassement -- date à laquelle l'humanité a utilisé toutes les ressources que les écosystèmes naturels peuvent renouveler au cours d'une année -- était tombé le 29 juillet. En 2020, nous avons gagné près de trois semaines de répit grâce à une contraction sans précédent de 9,3 % de l'empreinte écologique mondiale due, bien évidemment, à la pandémie du Covid-19. Un coup d'arrêt brutal à cette tendance inexorable de l’avancement de la date au cours des années. En 1970, le Jour du Dépassement intervenait le 29 décembre, ce qui signifie que notre mode de vie était alors presque « durable ».

La date du Jour du Dépassement de la Terre avance inexorablement au fil des années — sauf en 2020 en raison de la Covid-19. © Earth Overshoot Day

La pandémie a notamment entraîné une forte baisse des émissions de CO2. Ces dernières devraient ainsi reculer de 8 % par rapport à l'an dernier, la plus grosse chute jamais observée dans l'histoire, selon l'Agence internationale de l'Énergie. Les mesures sanitaires et le confinement ont notamment entraîné l'arrêt de nombreuses activités industrielles et une contraction du trafic aérien sans précédent (jusqu'à -98,3 % en mai par rapport à la même période de 2019).

L’empreinte forêt, en baisse de 8,4 %, a elle aussi été affectée par la pandémie. « Même si la construction s'est poursuivie, l'industrie forestière a anticipé une baisse de la demande et a donc rapidement réduit les taux d’abattage des arbres », note le réseau Global Footprint Network qui opère les calculs. Cette brusque contraction risque cependant de ne pas être durable et il y a fort à parier que le Jour du Dépassement repasse en juillet en 2021. L'humanité utilise actuellement 60 % de ressources en plus que ce qui peut être renouvelé - ou autant que si nous vivions sur 1,6 Terre.


Jour du dépassement : l'humanité a déjà épuisé les ressources annuelles de la Terre

Article de Rémy Decourt publié le 29/07/2019

Le « Jour du dépassement » arrive encore un peu plus tôt cette année et tombe le 29 juillet 2019 : à cette date, l'humanité a déjà consommé les ressources que la nature peut renouveler en un an. Elle vit donc désormais « à crédit » jusqu'à la fin de l'année. Cependant, l'indicateur retenu ne fait pas l'unanimité.

Comme chaque année, l'ONG Global Footprint Network, qui publie un Atlas détaillant l'empreinte écologique de chaque pays, calcule et dévoile la date du Jour du dépassement qui marque le jour de l'année où l'humanité a épuisé les ressources renouvelables de la planète.

Cela signifie qu'à l'échelle de la planète, nous avons pêché plus de poissons, abattu plus d'arbres et cultivé plus de terres que ce que la nature peut nous offrir au cours d'une année. Quant à nos émissions de gaz à effet de serre, elles ont été plus importantes que ce que nos océans et nos forêts peuvent absorber. Autrement dit, à partir d'aujourd'hui, l'humanité vit à crédit pour le reste de l'année, ce qui aura des conséquences pour les générations suivantes.

Et cette année, ce jour est plus précoce que l'année précédente, passant du 1er août en 2018 au 29 juillet 2019. En 1999, ce Jour du dépassement avait été calculé au 29 septembre, soit 2 mois plus tard que cette année. Aujourd'hui, il faudrait 1,8 Terre pour tenir le rythme de notre consommation actuelle de ressources !

Si tous les ans, nous repoussons de 5 jours la date du Jour du dépassement, nous pouvons atteindre l’équilibre en 2050 !

À l'échelle de la planète, il existe cependant des différences notables : le Qatar atteint son Jour du dépassement après seulement 42 jours, tandis que l'Indonésie a consommé toutes les ressources pour l'année entière au bout de 342 jours. Si tout le monde vivait comme les Français, il faudrait 2,7 planètes pour subvenir aux besoins de l'humanité ! Si tous les ans, par nos efforts pour réduire notre empreinte écologique, nous repoussons de 5 jours la date du Jour du dépassement, nous pouvons atteindre l'équilibre en 2050 !

Sur son site Internet, le WWF explique comment repousser progressivement le Jour du dépassement au 31 décembre, en diminuant les émissions de CO2, en mettant en place des politiques ambitieuses, notamment en matière de gaspillage alimentaire et en remplaçant la viande et le poisson par des protéines végétales ainsi qu'en ne ratifiant pas des accords commerciaux « climaticides » tels que le Ceta (Comprehensive Economic and Trade Agreement) et le Mercosur (acronyme de l'espagnol Mercado Común del Sur, pour Marché commun du Sud).

Un indicateur sujet à polémique

Cela dit, le calcul de cette empreinte écologique ne fait pas l'unanimité et certains fustigent un indicateur peu fiable, notamment pour la partie déchet et bio-capacité. C'est le cas de Gil Rivière-Wekstein, fondateur de la revue mensuelle Agriculture et Environnement et spécialiste des questions agricoles et environnementales. 

S'appuyant sur les travaux du statisticien danois Bjørn Lomborg, Gil Rivière-Wekstein cite en exemple le CO2, principal déchet pris en compte par cet indicateur. Or, Global Footprint Network calcule en surfaces de reforestation nécessaires pour éliminer le surplus des émissions de CO2 non absorbées par les océans. Des mesures d'après ce paramètre, découlent les conclusions selon lesquelles plusieurs planètes sont nécessaires pour couvrir la totalité des besoins en ressources naturelles ! Problème, l'utilisation d'autres moyens que la reforestation pour réduire les émissions de CO2 fait apparaître une empreinte écologique tout à fait différente. Ainsi, si nous optons pour les éoliennes et les panneaux solaires, il nous faudra seulement 30 m2, voire moins, pour éliminer une tonne de CO2 émis. C'est 70 fois moins que les 2.000 m2 de reforestation nécessaire retenus par le GFN.

Autre point litigieux pour Gil Rivière-Wekstein, le capital environnemental lui-même - la biocapacité - peut être augmenté, ce dont ne tient pas compte dans ses calculs l'ONG Global Footprint Network. Il donne en exemple l’agriculture dont la hausse du rendement des cultures augmente la biocapacité. Par exemple, la surface de terre utilisée pour les cultures les plus courantes, les céréales, est restée relativement constante depuis 1961 tandis que son rendement par hectare a plus que doublé. Or, rien ne permet d'affirmer que cette augmentation soit arrivée à son terme.

Dès lors que l'on retient les modes de calcul de Lomborg, une planète suffit donc amplement ! 


Jour du dépassement : l'humanité a déjà épuisé les ressources annuelles de la Terre

Article de Futura avec l'AFP-Relaxnews, publié le 01/08/2018

Le « Jour du dépassement » arrive encore un peu plus tôt cette année et tombe le 1er août en 2018 : à cette date, l'humanité a déjà consommé les ressources que la nature peut renouveler en un an. Elle vit donc désormais « à crédit » jusqu'à la fin de l'année.

Au 1er août 2018, l'humanité a consommé l'ensemble des ressources que la nature peut renouveler en un an et vivra ensuite à crédit pendant cinq mois, selon l'ONG Global Footprint Network, qui souligne que cette date survient de plus en plus tôt. Le 1er août est « la date à laquelle nous aurons utilisé plus d'arbres, d'eau, de sols fertiles et de poissons que ce que la Terre peut nous fournir en un an pour nous alimenter, nous loger et nous déplacer et émis plus de carbone que les océans et les forêts peuvent absorber », a expliqué Valérie Gramond de WWF, partenaire du Global Footprint Network« Il nous faudrait aujourd'hui l'équivalent de 1,7 Terre pour subvenir à nos besoins », souligne WWF dans un communiqué.

Cette date est la plus précoce jamais enregistrée depuis le lancement du « Jour du dépassement » au début des années 1970, où la date retenue était celle du 29 décembre. En 2017, il était intervenu le 2 août. Le mouvement « s'est accéléré à cause de la surconsommation et du gaspillage », explique Valérie Gramond, qui rappelle que dans le monde, environ un tiers des aliments finissent à la poubelle. « On met à mal la capacité de la planète à se régénérer », en puisant par exemple dans les stocks de poissons, ajoute-t-elle.

Une empreinte écologique très variable en fonction des pays

La situation diffère fortement selon les pays. « Nous avons des responsabilités différentes : des petits pays avec peu de population, comme le Qatar et le Luxembourg, ont une empreinte écologique extrêmement forte », souligne Pierre Cannet de WWF. Si l'ensemble de l'humanité vivait comme eux, le « Jour du dépassement » interviendrait dès les 9 et 19 février. À l'inverse, dans un pays comme le Vietnam, la date retenue est celle du 21 décembre. « On doit passer du cri d'alarme à l'action », estime Pierre Cannet, qui s'inquiète de la reprise des émissions de CO2 au niveau mondial en 2017 après trois années de stabilisation.

Sur le site internet du « Jour du dépassement » sont présentées différentes solutions pour inverser la tendance : revoir la façon dont sont pensées les villes, développer et privilégier les énergies vertes, lutter contre le gaspillage alimentaire et la surconsommation de viande, limiter l'expansion démographique.


Jour du dépassement : l'humanité a déjà épuisé les ressources annuelles de la Terre

Article de Xavier Demeersman paru le 2 août 2017

Ce mercredi 2 août, nous voilà déjà arrivés à la « Journée du dépassement de la Terre ». Autrement dit, pour les cinq mois de l'année qui restent, l'humanité va surexploiter les ressources disponibles dans la nature. Nous les consommons donc plus vite qu'elles n'ont le temps de se régénérer en une année. Si nous poursuivons sur ce rythme, ce ne sera pas 1,7 planète Terre qu'il nous faudra mais 2, à l'horizon 2030.

« Pour penser qu'une croissance illimitée est possible dans un monde limité, il faut être soit fou soit économiste », avait déclaré l'économiste Kenneth Boulding. En ce début du XXIe siècle, les Terriens vivent largement au-dessus de leurs moyens... écologiques. En effet, à partir de ce mercredi 2 août, l'humanité va consommer à crédit les ressources annuelles de la Terre. Sept mois seulement ont donc suffi pour épuiser tous les biens fournis et les services rendus en une année par les différents écosystèmes. À présent, et jusqu'à la fin de l'année, nous entrons dans une période de surexploitation. Nous dépassons les biocapicités de ce monde.

C'est le « Jour du dépassement » (Earth Overshoot Day, voir www.overshootday.org), attribué chaque année par le Global Footprint Network en compilant les données des Nations Unies. Sont donc évaluées les capacités de la nature à reconstituer, en un an, les ressources exploitées par l'Homme (pour se nourrir, boire, se chauffer, se laver et aussi voyager, se distraire, etc.) ainsi que l'absorption des gaz à effet de serre (GES) émis par les activités humaines (dioxyde de carbone, protoxyde d'azote, méthane...). Nous rejetons plus de ces GES que les écosystèmes ne peuvent en assimiler... Un surplus qui a pour conséquence un réchauffement global.

La première fois que c'est arrivé, c'était en 1971. Depuis, cette journée tombe de plus en plus tôt dans le calendrier : entre 1971 et 1976, c'était en décembre, entre 1976 et 1986 en novembre, et, depuis 2005, c'est en août (le 30 août en 2005, le 8 août en 2016)...

Classement du nombre de Terre nécessaires selon les modes de vie des habitants d’un pays. Par exemple, si tout le monde vivait comme les Australiens, il faudrait 5,2 planètes comme la nôtre. Retrouvez tous les graphiques et ressources concernant la « Journée du dépassement » sur le site de Global Footprint Network. © Global Footprint Network

Comment satisfaire les besoins de toute l'humanité ?

Selon les estimations de notre empreinte écologique, il faudrait donc, au rythme actuel, 1,7 Terre pour subvenir à nos besoins pour une année. Et cela, en tenant compte de la consommation de la population mondiale. Or, si tous les Terriens avaient le même mode de vie que les habitants de l'Australie ou des États-Unis, ce n'est pas 1,7 Planète bleue qu'il faudrait mais 5 (5,2 pour l'Australie) ! Si tout le monde avait le niveau de vie moyen des Français, c'est trois planètes Terre qui seraient alors nécessaires (idem pour le Royaume-Uni). En revanche, si nous vivions tous comme les Indiens, il faudrait 0,6 Terre.

Relativement aux ressources de chaque pays, il faudrait par exemple 1,7 France pour assouvir les besoins des Français. Le champion dans cette catégorie est la Corée du Sud : pour subvenir aux besoins de ses habitants, les ressources de 8,8 fois le pays seraient nécessaires. Le Japon vient ensuite dans ce classement avec 7,1 archipels nippons pour nourrir et satisfaire les besoins de tous les Japonais. Pour les Indiens, 2,4 fois l'Inde.

Vivre selon les moyens que nous accorde notre planète est technologiquement possible, financièrement bénéfique et notre seule chance pour un avenir prospère.

Les auteurs de ce rapport soulignent que les émissions de CO2 comptent pour 60 % dans cette empreinte écologique. Aussi, « si nous réduisons les émissions de carbone de moitié, la Journée de dépassement de la Terre serait repoussée de 89 jours, soit presque trois mois ». Il ne nous faudrait plus alors 1,7 mais 1,2 Terre pour satisfaire les besoins de toute l'humanité. Néanmoins, si rien ne change et que la population mondiale continue de croître, il faudra, en 2030, les ressources de deux belles planètes comme la nôtre pour y faire face. Si, en revanche, nos efforts faisaient reculer cette date de 5 jours chaque année, nous pourrions revenir aux besoins d'une seule -- l'unique -- planète avant 2050, explique l'institut de recherches.

« Notre planète est limitée mais les possibilités humaines ne le sont pas. Vivre selon les moyens que nous accorde notre planète est technologiquement possible, financièrement bénéfique et notre seule chance pour un avenir prospère », a indiqué le président de Global Footprint Network. Espérons que l'année prochaine, la Journée du dépassement ne tombera pas en juillet.


En 2016, la Terre vivait « à crédit » à partir du 8 août

Article de Jean-Luc Goudet publié le 8 août 2016

Ce 8 août est le « Jour du dépassement », l'« overshoot day » pour les anglophones. Cette date, théorique et symbolique, est annoncée chaque année par une ONG. La Terre ne vit vraiment pas « à crédit » à partir d'aujourd'hui mais le calcul est juste, la notion parlante et la comparaison avec les années précédentes utile.

Chaque année, l'ONG Global Footprint Network et le WWF annoncent, quelque part durant l'été, le « Jour du dépassement ». En 2016, c'est aujourd'hui, le 8 août. Nous aurions consommé depuis le premier janvier tout ce que la Terre peut produire en un an et, en quelque sorte, nous vivrons à partir de demain, mardi 9 août, « à crédit », en empruntant aux générations futures.

La notion est frappante et l'annonce rencontre un bon succès médiatique. Même si le calcul semble théorique et que rien de visible ne se passera entre aujourd'hui et demain, il se base sur une analyse pertinente. Le principe (expliqué dans un document PDF, National Footprint Accounts’ underlying methodology) consiste à comparer l'offre de la nature et la demande des Hommes à l'échelle d'un pays, d'une ville, d'une région ou du monde, voire d'un de leurs habitants. La première colonne est celle de « biocapacité », qui totalise tout ce qu'une zone donnée peut produire : arbres, végétation, poissons, etc. La colonne « consommation » additionne tout ce que les Hommes réclament à la nature : le bois, les cultures, les poissons, l'absorption du gaz carbonique venant des transports ou de l'industrie... C'est l'empreinte écologique.

Les deux chiffres sont exprimés dans une même unité, la surface, estimée par la productivité mondiale moyenne annuelle d'un hectare pour chaque type de production, par exemple les terres cultivées. Il n'est donc question que de la production biologique et pas de l'exploitation de ressources non renouvelables naturellement, minerais ou énergies fossiles.

Le calcul de la biocapacité rapportée à l'empreinte écologique peut être fait à différentes échelles, par exemple par pays. Ici, on remarque qu'il faudrait 8,4 Corée du Sud pour subvenir aux besoins des Coréens du Sud. Mondialement, il faudrait 1,6 Terre pour répondre à la demande de l'humanité entière. © Global Footprint Network National Footprint Accounts 2016

Notre consommation est 1,64 fois la production de la Terre

En divisant la consommation par la production, on obtient un coefficient qui dit quelque chose de l'utilisation des ressources naturelles à l'échelle d'une année. Égal à 1, il indiquerait que nous consommons ce que les terres, les eaux douces et les mers produisent pour nous. Il est inférieur à 1 depuis 1970, affirme Global Footprint Network, s'étbalissant à moins de 0,61 pour l'année 2015. Une façon de présenter ce calcul est ce « Jour du dépassement », obtenu en multipliant ce coefficient par 365. Résultat actuel : 221. Voilà donc le 221e jour présenté comme l'« overshoot day ». C'est le 8 août. En 221 jours, l'humanité a consommé ce que la Terre produit en 365.

C'est la comparaison d'une année sur l'autre qui est instructive. Cette date symbolique tombait le 13 août en 2015, le 19 août en 2014, le 22 août en 2012, le 10 octobre en 1990 et le 23 décembre en 1970, d'après les chiffres de l'ONG. Il y a quelques années, la mode était plutôt de compter en planètes. Avec un rapport de 0,61, il nous faudrait 1,64 planète comme la Terre pour assurer tous nos besoins d'une manière infiniment durable. Concrètement, sur notre Terre, il nous faut sans cesse défricher des forêts pour exploiter de nouvelles surfaces, améliorer la productivité des terres agricoles et augmenter l'effort de pêche.

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