Des observations satellite effectuées par la Nasa révèlent les régions du monde qui ont vu leurs réserves d’eau douce diminuer ou augmenter au cours des 15 dernières années. Zoom sur cette carte inédite.
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Une équipe de chercheurs de la NasaNasa vient de cartographier les régions où les niveaux des nappes d'eau douceeau douce ont le plus diminué ou augmenté entre 2002 et 2016 et donne les raisons de ces variations. Les chercheurs se sont basés sur les observations satellite du programme Grace (Gravity Recovery and Climate Experiment), qui suit depuis 2002 l'évolution des nappes d'eau à la surface et souterraines (fontefonte des glaciersglaciers, niveau des nappes souterraines, enneigement, humidité des sols et eaux douces de surface).

Le cycle de l'eau étant fermé, la TerreTerre, dans son ensemble, ne souffre pas de manque d'eau. En revanche, la répartition de cette dernière a largement été modifiée au cours des 14 dernières années. Sur la carte élaborée par les chercheurs, qui met en valeur les variations annuelles des réserves d'eau, on identifie rapidement les régions les plus affectées. Sur les 34 zones étudiées, 23 ont vu leur disponibilité en eau baisser tandis que 11 ont vu leurs réserves s'accroître.

Cette carte montre les variations des niveaux des réserves d'eau douce. En orange, les régions qui ont le plus perdu d'eau et en violet celles qui en ont gagné. © Harry Stevens, Axios, carte adaptée de M. Rodell <em>et al.</em>, 2018

Cette carte montre les variations des niveaux des réserves d'eau douce. En orange, les régions qui ont le plus perdu d'eau et en violet celles qui en ont gagné. © Harry Stevens, Axios, carte adaptée de M. Rodell et al., 2018

Fonte de la banquise et sécheresse accrue

Le Groenland, en orange foncé, est de loin le grand perdant : il a vu fondre ses réserves d'eau de 279 gigatonnes (Gt) par an entre 2002 et 2016, l'équivalent de 3 fois la totalité du lac Léman évaporé chaque année ! Deuxième sur la liste : l'AntarctiqueAntarctique, avec 127,6 Gt d'eau en moins par an. 

Les îles canadiennes et le golfe d'Alaska accusent eux aussi de grosses pertes. Dans toutes ces régions, le coupable est en premier lieu le changement climatiquechangement climatique, qui fait fondre la banquisebanquise à vitessevitesse grand V. Mais, pour d'autres perdants, ce sont des activités humaines directes qui sont en cause. Le nord du Moyen-Orient (qui inclut notamment la Syrie et l'Iran) ou la mer Caspienne, qui ont vu leurs massesmasses d'eau baisser respectivement de 32,1 Gt et 23,7 Gt, sont affectés par la sécheresse accrue et le pompage intempestif dans les nappes souterraines.

Du côté des gagnants, on trouve le delta de l'Okavango, le bassinbassin amont du Nil, la forêt tropicaleforêt tropicale d'Afrique de l'Ouest (entre la Guinée et le Nigeria), mais aussi une grande partie de l'Amérique du Sud, ou les grandes plaines d'Amérique du Nord. Ici, les variations s'expliquent principalement par des cycles naturels, comme les phénomènes El NiñoEl Niño ou La Niña. L'Amérique du Sud a ainsi regagné l'eau qu'elle avait perdue au cours d'une longue période de sécheressesécheresse avant 2002. L'Afrique de l'Ouest a connu un accroissement de ses précipitationsprécipitations. Le plateau tibétain a lui profité de la fonte accélérée des neiges de l'Himalaya. Certains facteurs purement conjoncturels ont joué sur les résultats. La Chine centrale orientale a ainsi vu ses réserves grossir de 7,8 Gt par an, à cause... du barrage des Trois-Gorges, dont le réservoir a été rempli entre juin 2003 et octobre 2010.

Pour une meilleure coopération dans la gestion de l'eau

Au final, cette carte inédite permet d'avoir un meilleur aperçu de variations jusqu'ici mal évaluées. Elle doit surtout inciter à une meilleure coopération entre les pays pour une meilleure gestion de l'eau, espèrent les chercheurs. « On ne parle pas seulement d'eau en tant que telle, mais aussi de l'eau comme source de nourriture, d'énergieénergie, de développement social », insiste Jay Famiglietti, co-auteur de l'étude et chercheur au NASA Jet Propulsion Laboratory.

Les nappes souterraines alimentent ainsi les besoins domestiques de la moitié de la population mondiale et assurent 38 % de l'irrigationirrigation pour l'agricultureagriculture. Selon une précédente étude publiée en 2010, cinq milliards de personnes vivent dans des endroits où l'eau risque de manquer, une situation qui pourrait encore empirer sous les effets du changement climatique.