La production d’énergies fossiles — comme celle du gaz dit naturel — doit être réduite chaque année un peu plus si nous espérons atteindre nos objectifs climatiques. C’est ce que nous rappellent encore des chercheurs de la prestigieuse University College London (UCL, Royaume-Uni). © Maksym Yemelyanov, Adobe Stock
Planète

Si nous voulons limiter le réchauffement climatique, la production d’énergies fossiles doit baisser de 3 % par an

ActualitéClassé sous :Réchauffement climatique , changement climatique , GIEC

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Nos émissions de gaz à effet de serre sont responsables du réchauffement climatique que nous vivons actuellement. C'est un fait. Et aujourd'hui, des chercheurs nous rappellent -- une fois de plus -- que si nous espérons limiter ce réchauffement, nous devrons réduire notre production d'énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) de 3 % par an jusqu'en 2050.

Des obligations vertes. C'est le moyen imaginé par l'Europe pour financer le plan de relance post-Covid. Et Johannes Hahn, le commissaire au Budget, vient tout juste d'annoncer que ces obligations excluront les projets de centrale nucléaire -- 12 g de CO2/kWh produit, selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) --, mais pourront financer des centrales à gaz -- 490 g de CO2/kWh. Une annonce qui peut sembler surprenante alors même que des chercheurs de la prestigieuse University College London (UCL, Royaume-Uni) affirment que si nous espérons atteindre nos objectifs climatiques, la production mondiale de pétrole et de gaz devra baisser de 3 % par an jusqu'en 2050.

Ces conclusions ne font que s'ajouter à celles du Giec ou à celles de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Tous ces experts semblent s'accorder sur le fait que les émissions de gaz à effet de serre actuelles et à venir, si les trajectoires de production restent ce qu'elles sont, nous poussent, en matière de limitation du réchauffement climatique, dans la mauvaise direction.

Des estimations probablement sous-évaluées

Les travaux des chercheurs de la UCL s'appuient sur un modèle de système énergétique mondial. Celui-ci intègre toutes les sources d’énergie primaires, de la production à la conversion et à la distribution pour répondre à un ensemble de demandes. Il découpe aussi le monde en 16 grandes régions, pour donner plus de finesse aux résultats. Et il peut évaluer différents scénarios.

Globalement ce sont 60 % des réserves de pétrole et de gaz fossiles de 2018 et près de 90 % de celles de charbon qu'il faudrait réussir à laisser dans les sols d'ici 2050. « Et encore, nos estimations sont probablement sous-évaluées, étant donné que nous utilisons un budget carbone compatible avec seulement 50 % de chances d'atteindre 1,5 °C et l'énorme incertitude entourant le déploiement de technologies à émissions négatives », souligne Dan Welsby, auteur principal de l'étude, dans un communiqué de la UCL. Mais il nous rassure. « Nous savons techniquement comment faire. » Reste à savoir quand les volontés politiques suivront...

Pour en savoir plus

Pour sauver le climat, un tiers du pétrole devra rester dans le sol

Le réchauffement climatique est un phénomène inquiétant mais la raréfaction des sources d'énergie fossiles l'est tout autant. Le manque de pétrole devrait impacter sérieusement notre civilisation en tout premier lieu. Le mieux pour lutter contre le changement climatique serait encore de laisser une bonne partie des énergies fossiles restantes dans le sol.

Article de Laurent Sacco paru le 14/01/2015

L'époque de l'exploitation des hydrocarbures sera peut-être bientôt révolue. Pour éviter le réchauffement climatique, il faudra notamment éviter d'exploiter les ressources qui se trouvent en Arctique. © Eric Kounce, Wikipédia, DP

La crise de l'énergie semble plus préoccupante à court terme que celle du réchauffement climatique. C'est pourtant bien ce dernier qui reste le plus menaçant pour l'humanité. En effet, l'utilisation des énergies renouvelables, en particulier de l'énergie solaire, devrait finalement nous permettre de continuer à faire fonctionner nos sociétés. Dans la seconde moitié du XXIe siècle l'exploitation industrielle de la fusion contrôlée sera même peut-être passée du rêve à la réalité.

En revanche, les observateurs risquent d'être beaucoup moins optimistes quant au changement climatique si la température moyenne globale de la Planète augmente de deux degrés. Au-delà, il semble que plus rien ne garantisse la stabilité du climat qui pourrait changer de façon catastrophique et durable, notamment si l'on prend en compte la bombe climatique que représentent peut-être les suintements de méthane. Des techniques sont pourtant en cours de développement pour capter et séquestrer le gaz carbonique et limiter ainsi l'effet de serre qu'engendrent les rejets de CO2 par l'industrie.


Pour lutter contre le réchauffement climatique, il faudra probablement nous passer de nos voitures conventionnelles avant que les réserves de pétrole ne s'épuisent. © Stéphane Pouyllau, Flickr, CC by-nc-sa 2.0

Une limite de mille milliards de tonnes de CO2 dans l'atmosphère

Mais, même ainsi, si l'on en croit une étude parue dans Nature et réalisée par Christophe McGlade et Paul Ekins, deux membres de l'Institute for Sustainable Resources du célèbre University College London (UCL), il n'est pas possible d'atteindre l'objectif fixé par les experts du Giec -- limiter le réchauffement climatique à une augmentation de la température globale de deux degrés --, sans refuser de toucher à une partie du stock des énergies fossiles encore dans les entrailles de la Planète. C'est ce que clame Christophe McGlade quand il affirme : « les hommes politiques doivent réaliser que leur instinct consistant à recourir aux énergies fossiles disponibles sur leur territoire est incompatible avec leur engagement à tenir l'objectif de 2°C ».

En effet, selon le Giec, les Hommes ne peuvent plus se permettre d'injecter dans l'atmosphère qu'une quantité de gaz carbonique inférieure à celle qui porterait son contenu en CO2 à environ 1.000 milliards de tonnes de ce gaz à effet de serre. Or, l'exploitation des hydrocarbures et du charbon encore dans le sol de la Terre conduirait à la libération de 3.000 milliards de tonnes de CO2 environ.

Selon les deux hommes, il faut donc que les producteurs de pétrole au Moyen-Orient renoncent à exploiter près de 40 % de leurs réserves pétrolières et la Chine, les États-Unis et la Russie, l'essentiel de leur charbon. À l'échelle de la Planète, il faudrait même refuser d'exploiter un tiers des réserves pétrolières, la moitié des réserves de gaz et plus de 80 % du charbon. Et ce jusqu'en 2050. La nécessité de trouver des alternatives aux énergies fossiles se fait donc de plus en plus pressante.

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