Les chefs d'États et de gouvernements européens viennent de se mettre d'accord, ce matin, sur trois objectifs pour 2030 : réduction de 40 % des gaz à effet de serre par rapport à 1990, amener à 27 % pour la part des énergies renouvelables et réaliser 27 % d'économies d'énergie par rapport à 1990. L'accord est jugé insuffisant par les mouvements écologistes mais est présenté comme une grande avancée par ses cosignataires. Sur ce thème, le climatologue Jean Jouzel nous avait récemment démontré l'importance du niveau régional. Le voici de nouveau, en vidéo, pour nous expliquer les enjeux d'un changement dans nos modèles économiques.
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Article initial paru le 15/10/2014 à 17 h 37

Un sommet mondial des régions pour le climatclimat s'est tenu à Paris ce week-end, auquel a participé le climatologueclimatologue Jean Jouzel. Coordonnateur d'un rapport sur l'évolution du climat en France, il fait un point pour Futura-Sciences sur les discussions en cours, prélude au sommet sur le climat de Paris, COP 21COP 21, qui débutera fin novembre 2015. Pour lui, les pistes principales sont connues.

Les 10 et 11 octobre s’est tenu à Paris un sommet mondial des régions sur le changement climatique. Pourquoi cette échelle plutôt que celle des nations ?

Jean Jouzel : L'initiative du « R20 » (R pour régions et 20 pour faire écho au G20) est venue d'Arnold Schwarzenegger, alors gouverneur de Californie, après l'échec du sommet de Copenhague en 2009. Puisque les accords au niveau des nations semblaient difficiles, l'idée a été de se réunir à l'échelle des régions. Elles ont en effet un rôle très complémentaire, avec l'aménagement des villes, des réseaux de transports, etc. Les régions sont concernées par les deux aspects : réduire les émissionsémissions de gaz à effet de serregaz à effet de serre et s'adapter au réchauffement inéluctable. L'impact régional est très net et diffère d'un territoire à un autre. En France métropolitaine par exemple, le changement du climat aura des impacts différents en Aquitaine et dans les Alpes. Cette action au niveau régional est donc très pertinente.

Quelles sont les bonnes pistes ?

Jean Jouzel : On sait quoi faire. Nous disons à peu près la même chose depuis les années 1970... La vraie question est celle de la concrétisation. Tout le monde a signé pour réduire le réchauffement à long terme à 2° C mais peu a été fait dans ce sens. On sait que pour parvenir à cette valeur, il faut aller chercher moins de 20 % des réserves d’énergies fossiles existantes (pétrolepétrole, gaz et charboncharbon). Pourtant, avec l'exploitation des gaz de schistegaz de schiste, nous faisons le contraire. Et nous n'avons jamais émis autant de gaz à effet de serre... Les deux leviers sont, premièrement, l'efficacité énergétique et, deuxièmement, les énergies renouvelablesénergies renouvelables. Dans son cinquième rapport, le GiecGiec utilise de nouveaux scénarios RCP [(Representative Concentration Pathway), NDLRNDLR]. Le plus pessimiste, le RCP 8.5, se base sur une augmentation du forçage radiatifforçage radiatif en 2100 de 8,5 W/m2 (nous en sommes actuellement à 2 ou 3 W/m2). Avec lui, nous arriverons à une hausse planétaire de 4 °C en 2100 et qui se poursuivra. En réduisant les émissions de gaz à effet de serre de sorte de descendre ce forçage à 2,6 W/m2, la hausse des températures à une valeur moyenne de + 2°C. On voit très nettement la différence entre « laisser faire » et « on agit » !

Une représentation schématique des évolutions possibles des températures et des précipitations en France métropolitaine à l’horizon 2100 selon deux hypothèses extrêmes, les scénarios RCP2.6 et RCP8.5 du cinquième rapport du Giec. Les disparités régionales seront importantes, avec une hausse des températures plus élevées dans le sud-est. © Idé

Une représentation schématique des évolutions possibles des températures et des précipitations en France métropolitaine à l’horizon 2100 selon deux hypothèses extrêmes, les scénarios RCP2.6 et RCP8.5 du cinquième rapport du Giec. Les disparités régionales seront importantes, avec une hausse des températures plus élevées dans le sud-est. © Idé

Concernant la France, un rapport, dont vous êtes le coordonnateur, a été remis au gouvernement. Il prévoit les conséquences du réchauffement global en France pour différentes régions et l’outre-mer. Comment a été atteinte une telle précision ?

Jean Jouzel : Ce quatrième volet du rapport [Le climat de la France au XXIe siècle, NDLR] qui avait été commandé par Chantal Jouanno s'appuie sur les scénarios RCP du Giec couplés à des simulations climatiquessimulations climatiques pour la Métropole Aladin-Climat et WRF, qui ont une maille d'une dizaine de kilomètres. En les utilisant avec les données prévues à l'échelle globale par les scénarios du Giec, on peut étudier les impacts à l'échelle régionale. Avec le RCP 8.5, en France, les régions du sud-est connaîtront à la fin du siècle une hausse moyenne de 5 °C, et même de 7 à 8 °C durant les caniculescanicules [par rapport à la période de référence 1976-2005, NDLR]. Celle de 2003 est venue d'une hausse de 3 °C, elle correspondra donc à un été plutôt frais en 2100... Dans le nord-ouest, la hausse sera plus faible, mais il y aura davantage de précipitationsprécipitations. Le scénario RCP 2.6, lui, conduit à une hausse moyenne de 2 °C.