Le One Planet Summit est un mini-sommet pour le climat. Il entend motiver les milieux financiers afin d'engager des projets concrets, voire lucratifs, le but étant de réduire le réchauffement global. © Sergey Nivens, Fotolia

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One Planet Summit : que retenir du sommet de Paris pour le climat ?

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Ce mardi, à Boulogne-Billancourt, près de Paris, dans le cadre du One Planet Summit, quelques décisions intéressantes pour le climat ont été prises. De grandes entreprises et des institutions financières, dont la Banque mondiale, ont promis de se détourner des énergies fossiles. Voici l'essentiel à retenir.

 « On est en train de perdre la bataille », a déclaré le président de la République française devant une cinquantaine de chefs d'État et de gouvernement réunis à l'occasion du deuxième anniversaire de l'accord de Paris sur le climat. Emmanuel Macron avait décidé d'organiser ce One Planet Summit après l'annonce par Donald Trump du retrait américain du pacte historique contre le réchauffement« Le défi de notre génération est d'agir, agir plus vite et gagner cette bataille contre le temps, cette bataille contre la fatalité, pour mettre en œuvre des actions concrètes qui vont changer nos pays, nos sociétés, nos économies », a-t-il ajouté.

Cet accord de 2015 vise à contenir la hausse moyenne de la température sous le seuil critique des 2 °C. Mais les engagements pris par les États mettent la planète sur une trajectoire de +3 °C par rapport à l'ère préindustrielle. Et réduire les émissions de gaz à effet de serre pour atteindre les objectifs demandera des investissements massifs et des changements majeurs.

En réponse aux appels à se désengager des énergies fossiles, la Banque mondiale a annoncé qu'elle arrêterait de financer, après 2019, l'exploration et l'exploitation de pétrole et de gaz, sauf « circonstances exceptionnelles »« Il était temps pour nous de montrer l'exemple », a commenté le président de cette organisation, Jim Yong Kim. Si de plus en plus d'acteurs financiers affichent leur volonté de se désengager du charbon, énergie la plus polluante, la Banque mondiale est la première banque multilatérale à prendre un tel engagement dans ce secteur, qui représentait 5 % des fonds qu'elle avait accordés en 2016. C'est « un vote de défiance accablant pour l'avenir de l'industrie des combustibles fossiles », a salué Gyorgy Dallos, de Greenpeace International. Soutenir les énergies fossiles, c'est « investir dans notre perte », a également souligné le secrétaire général de l'ONU António Guterres.

L’accord de Paris, conclu en 2015 lors de la COP 21, est entré en vigueur le 4 novembre 2016. Il a été signé par la quasi-totalité des pays membres de l’ONU, dont les États-Unis. Le retrait de ces derniers, décidé par Donald Trump, n’est pour l’instant qu’une déclaration et ne sera effectif qu’en 2020. Il ne remet pas l’accord en cause puisque la condition de la validité de celui-ci est qu’il soit signé par un ensemble de pays représentant au moins 55 % des émissions de gaz à effet de serre. Le but est largement atteint, même en ôtant la part des États-Unis, estimée à 17 %. © Simon Malfatto, AFP

Le secteur privé semble s'engager contre le réchauffement

Le sommet a été l'occasion d'engagements de la part d'autres acteurs privés et publics. L'assureur français Axa a annoncé un désengagement accéléré de l'industrie du charbon. Un groupement de plus de 200 grands investisseurs a décidé de mettre la pression sur 100 entreprises parmi les plus émettrices de gaz à effet de serre pour qu'elles adaptent leur modèle à la lutte contre le réchauffement.

Des annonces accueillies plutôt favorablement par les militants. Ce sommet « est un signe que le monde commence à prendre au sérieux les engagements de l'accord de Paris », a commenté l'ONG Christian Aid. Il a « montré que nous sommes dans une nouvelle phase de l'action climatique internationale », a ajouté Christoph Bals, de Germanwatch.

D'autres ont toutefois déploré un manque d'engagements financiers directs des États, alors que les pays du Nord ont promis de porter à 100 milliards de dollars par an d'ici 2020 leurs financements climat aux pays du Sud pour les aider à s'adapter aux impacts des dérèglements (digues, surélévation des habitats, systèmes d'alerte météo, etc.). Sven Harmeling, de Care International, a ainsi regretté que les gouvernements n'aient annoncé ni la fin des financements des énergies fossiles « avec l'argent des contribuables » ni « une hausse massive de leur aide à l'adaptation des populations les plus vulnérables ».

John Kerry, Michael Bloomberg, Bill Gates et Arnold Schwarzenegger

Le président américain, qui n'était pas convié, a lui été la cible de critiques, l'ancien secrétaire d'État américain John Kerry qualifiant notamment le retrait américain de « honte » et de « décision autodestructrice prise dans un but politique ». Parmi les présents sur l'île Seguin, à l'ouest de Paris, le Mexicain Enrique Peña Nieto, la Britannique Theresa May, l'Espagnol Mariano Rajoy, des présidents africains et ceux de petites îles. Le Canada, la Chine et l'Inde, grands émetteurs de gaz à effet de serre, n'étaient représentés qu'au niveau ministériel. Côté américain, l'ancien maire de New York Michael Bloomberg, le gouverneur de Californie Jerry Brown, son prédécesseur Arnold Schwarzenegger ou encore le milliardaire Bill Gates.

Clôturant les débats, Emmanuel Macron, jugeant que le sommet avait permis de commencer à « rattraper un peu de terrain dans ce champ de bataille », a annoncé la création d'une plateforme en ligne, One Planet, qui regroupera toutes les initiatives. Il souhaite que cet évènement se répète « chaque année » sous ce format, à Paris ou ailleurs.

  • Le One Planet Summit est une réunion d'une journée de chefs d'État, de responsables de grandes entreprises, d'institutions financières et de personnalités engagées dans les actions pour le climat.
  • Celle-ci a eu lieu à Boulogne-Billancourt, près de Paris, le 12 décembre 2017.
  • Les décisions prises et les promesses faites concernent les investissements financiers et les garanties financières offertes par les banques et les assurances.
  • La Banque mondiale s'est engagée à ne plus se porter garante pour des projets d'exploitation d'énergies fossiles.
Pour en savoir plus

Un sommet à Paris pour trouver de l'argent vert

Article publié le 12/12/2017

Pour le deuxième anniversaire de l'accord de Paris, le président de la République Emmanuel Macron a invité en France plusieurs chefs d'État, patrons de grandes entreprises et fonds d'investissement pour parler « finance verte ». L'idée du One Planet Summit est de trouver des moyens sur le terrain économique pour soutenir les transitions énergétiques. C'est aussi une opération politique.

« Le défi est immense. Nous devons tout faire pour le relever », a déclaré le Premier ministre fidjien Frank Bainimarama, président de la 23e Conférence de l'ONU sur le climat (la COP 23 a eu lieu à Bonn en novembre 2017), insistant sur l'importance des financements publics et privés, à l'ouverture de la réunion organisée à Paris et intitulée One Planet Summit. Le président français Emmanuel Macron a lancé l'idée du sommet après l'annonce par Donald Trump du retrait américain du pacte historique de 2015 contre le réchauffement climatique, signé lors de la COP 21.

Quelques heures avant l'ouverture de la réunion, le chef de l'État français a de nouveau interpellé, dans une interview à la chaîne américaine CBS, son homologue américain sur sa « responsabilité face à l'histoire », tout en se disant « assez certain » que Donald Trump « va changer d'avis dans les mois ou les années à venir ».

Il faudra 3.500 milliards de dollars chaque année pendant 30 ans.

L'accord vise à contenir la hausse de la température sous le seuil critique de 2 °C, mais, sur la base des engagements pris par les États, la planète se dirige toujours vers +3 °C par rapport à l'ère préindustrielle. Déjà, une hausse de moins de 1 °C a suffi à provoquer davantage de précipitations, le rétrécissement de la banquise et l'augmentation du niveau moyen des océans.

Pour réduire les gaz à effet de serre et atteindre les objectifs, il faudra des investissements massifs. « L'Agence internationale de l'énergie estime qu'il faudra en moyenne 3.500 milliards de dollars (d'investissements dans le secteur énergétique) chaque année pendant 30 ans pour contenir l'augmentation des températures à un minimum de 2 °C », a souligné le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim juste avant ce One Planet Summit.

L’argent est le nerf de la guerre. Il faut des milliards de dollars par an pour changer notre rapport à la planète. Certains ont d’autres idées. Jadav « Molai » Payeng, un Indien vivant sur l’île Majuli, y plante des arbres depuis 1980, jusqu’à créer une véritable forêt. Sa notoriété est devenue mondiale. En 2014, le documentaire Forest Man, de William Douglas McMaster, a été primé au festival de Cannes. L’auteur l’a mis à disposition sur YouTube. Le voici ici. Il est aussi possible de lire ou relire L’Homme qui plantait des arbres, de Jean Giono, ou encore d’en regarder la superbe version en animation de Frédéric Back. © William Douglas McMaster, YouTube

Aux États-Unis, on s'engage pour le climat

Une soixantaine de chefs d'État et de gouvernement sont annoncés sur l'île Seguin, à l'ouest de Paris, dont le Mexicain Enrique Peña Nieto, le roi du Maroc Mohammed VI, des présidents africains et de petites îles vulnérables au réchauffement, ainsi que le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres. Mais la Chine, l'Inde et le Canada, grands émetteurs de gaz à effet de serre, ne doivent être représentés qu'au niveau ministériel, et les États-Unis, dont le président n'était pas invité, par un chargé d'ambassade, alors que les inquiétudes sont grandes, Washington n'ayant, par exemple, versé qu'un milliard de dollars sur les trois promis au Fonds vert de l'ONU.

« Cela n'a pas d'importance que Donald Trump ait tourné le dos à l'accord de Paris », a assuré lundi l'ancien gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger, insistant sur l'engagement des Américains à tous les autres niveaux. « Personne n'a laissé tomber [...] Nous, au niveau subnational, nous allons prendre le relais », a insisté le fondateur du R20, réseau d'autorités régionales. D'autres Américains ont fait le déplacement, comme l'ancien maire de New York Michael Bloomberg, le gouverneur de Californie Jerry Brown, le milliardaire Bill Gates ou encore l'acteur Sean Penn.

Quelques vedettes sur le perron de l'Élysée. Saurez-vous reconnaître Bill Gates, Michael Bloomberg et Richard Branson ? © Christophe Archambault, AFP

À la recherche d'idées concrètes

Les pays du Nord ont promis de porter à 100 milliards de dollars par an d'ici 2020 leurs financements climat aux pays du Sud, qui réclament des assurances sur cette promesse, en particulier pour pouvoir s'adapter aux impacts des dérèglements (digues, surélévation des habitats, systèmes d'alerte météo, etc.). « La pièce manquante du puzzle est le financement pour aider les pays les plus pauvres à avoir accès à une énergie propre, pour qu'ils ne suivent pas le chemin du monde riche qui marche aux énergies fossiles », a commenté Mohamed Adow, de l'ONG Christian Aid.

Mais le sommet de mardi n'est pas une conférence des donateurs, insiste la présidence française qui évoque des « solutions concrètes » pour « multiplier les projets sur le terrain ». Parmi les engagements qui pourraient être annoncés : des dons de fondations, des coalitions pour la neutralité carbone ou contre le charbon. Pour trouver d'autres sources de financement, plusieurs ministres français ont appuyé l'idée d'une taxe européenne sur les transactions financières, projet au point mort après des années de discussions.

Munies de pancartes « Une France exemplaire »« OGM non merci », près de 200 personnes se sont rassemblées devant le Panthéon, à Paris, en marge du sommet, à l'appel de plusieurs associations. Pour Attac France, la France ne doit pas verser « un euro de plus pour les énergies fossiles ». L'ONG 350.org a, elle, dénoncé un sommet qui est « une opération de communication pour Emmanuel Macron ».

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