L’Inra propose des pistes pour réduire le gaspillage et les déchets alimentaires. © SpeedKingz, Shutterstock

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Gaspillage alimentaire : 9 actions pour le réduire

ActualitéClassé sous :éco-consomation , déchets alimentaires , gaspillage alimentaire

L'Inra, qui a travaillé avec un groupe d'experts internationaux, propose neuf actions pour limiter les déchets alimentaires en milieu urbain. Les leviers identifiés doivent tenir compte de la sécurité sanitaire, de la santé des personnes et de l'évolution de l'environnement urbain.

Les pertes et gaspillages alimentaires sont associés essentiellement aux étapes de la distribution et de la consommation et, du fait de la concentration urbaine, ils se produisent principalement en ville. Au niveau européen, sur un total de denrées perdues de 173 kg par an et par habitant, 70 % sont imputables à ces étapes de distribution et consommation, et les biodéchets sont peu ou mal valorisés.

Les chercheurs de l'Inra accompagné d'experts internationaux ont identifié neuf leviers, déjà portés à travers le monde par divers acteurs (État, collectivités, entreprises ou consommateurs) :

  1. des outils économiques et financiers : outils incitatifs, redevances ou taxes pour responsabiliser les opérateurs (restaurateurs, ménages, collectivités...) et encourager la réduction des déchets à la source ou leur valorisation,
  2. l'assouplissement des cahiers des charges de la grande distribution,
  3. le retrait progressif des aliments de la commercialisation : pour ouvrir le marché aux produits ayant des défauts ou proposer des produits proches de leur date de péremption par leur déstockage ou les dons,
  4. la répartition de la responsabilité entre les acteurs : le report de responsabilité vers le consommateur pourrait sécuriser certaines pratiques,
  5. des règles d'urbanisme et le développement d'infrastructures adaptées pour faciliter la collecte de biomasse, l'agriculture ou l'élevage urbains, encadrer des nouveaux modes de consommation comme le troc, la vente de repas entre particuliers...
  6. des outils technologiques pour permettre de maîtriser les flux alimentaires et contrôler la péremption des aliments : des emballages « intelligents » (puces fraîcheur, détection des altérations), les produits vendus en vrac, les appareils ménagers connectés (le réfrigérateur qui aide à gérer les stocks en fonction des produits et de leur date de péremption),
  7. l'exploitation collaborative des données : le suivi des flux et des capteurs intelligents qui permettent le partage des données (production, stock, négoce, consommation) entre tous les acteurs de la chaîne d'approvisionnement. Par exemple, le partage des données de caisse entre la grande distribution et ses fournisseurs, ou encore le partage en temps réel des invendus proches de la date limite de consommation et les associations de proximité,
  8. des technologies de valorisation des aliments non consommés et des déchets : pour l'alimentation animale, la production d'énergie, le compostage et épandage ou la chimie verte,
  9. les actions de sensibilisation, de formation et d'éducation de tous les publics.
Le compostage est une solution pour valoriser ses déchets alimentaires. © Pixavril, Shutterstock

Des choix à faire en fonction de l’évolution des villes

Le groupe d'experts a ensuite confronté ces leviers à trois scenarii contrastés d'évolution des villes : concentration urbaine et mondialisation, villes en réseau et croissance verte, villes en repli et économies de partage. Si la plupart des leviers peuvent être mobilisés dans tous les scenarii, les moyens de leur mise en place varient fortement selon les caractéristiques du contexte urbain. Ainsi, le recyclage des biodéchets alimentaires dépend du déploiement de technologies d'ampleur industrielle dans un contexte de métropole mondialisée, alors que, dans un contexte de villes moyennes en réseau favorisant la croissance verte, il s'appuiera sur le déploiement local d'une économie circulaire, soutenu par des règles d'urbanisme et des infrastructures portées par les collectivités.

En amont de la consommation alimentaire, la limitation de la production de déchets alimentaires à la source peut profiter des opportunités offertes par la proximité dans les deux scenarios de villes en réseau et de ville en repli. Mais elles mobilisent, dans le premier cas, des technologies basées sur la numérisation des activités du système alimentaire, et la mobilisation des données ainsi générées, en vue d'améliorer l'efficience des organisations logistiques. Dans le cas de ville en repli, c'est le développement de technologies minimales et économes ainsi que la mise en place de règles encadrant agriculture urbaine et nouvelles pratiques d'approvisionnement (troc, préparation de repas à la demande, etc.) qui sont susceptibles de limiter le gaspillage à la source. Enfin, l'assouplissement des cahiers des charges de la grande distribution ou les leviers favorisant le don (révision des règles de répartition des responsabilités) ne semblent véritablement intéressants que dans les contextes de métropolisation...

Dans tous les cas, les mesures favorables à la réduction du gaspillage à la source devront être cohérentes avec les exigences de sécurité sanitaire, tout comme les risques liés à la diffusion de contaminants peuvent être un frein à la mobilisation des bio-déchets à des fins agricoles ou pour des usages énergétiques, chimiques ou de produits bio-sourcés. D'autre part, les mesures incitatives à la valorisation et au recyclage des bio-déchets peuvent diminuer l'impact de l'objectif prioritaire affiché par les politiques publiques actuelles : la réduction avant tout du gaspillage à la source.

Sur ces bases, les chercheurs ont recensé dans leur rapport paru le 8 juin 2016, les besoins de connaissances nécessaires à la mise en œuvre de ces actions, selon chaque scénario d'évolution.

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