De nouvelles techniques permettent de prolonger la durée de vie des aliments et ainsi d'en limiter le gaspillage. © Kurzgesagt, In a Nutshell, YouTube

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Cinq techniques high-tech pour conserver les aliments

Question/RéponseClassé sous :technologie , conservation des aliments , qualité nutritionnelle

Les aliments sont encore majoritairement conservés par traitement thermique. Un procédé qui dénature le goût et la qualité nutritionnelle. Les scientifiques imaginent donc des procédés parfois surprenants pour venir à bout des bactéries et des champignons à l'origine des contaminations et de la dégradation des produits.

La conservation des aliments est depuis toujours un véritable casse-tête. Une avancée majeure a eu lieu au XIXe siècle avec l'invention de l'appertisation, puis de la pasteurisation, et l'arrivée massive de la congélation. Toutes ces techniques présentent cependant des limites et dénaturent le goût des produits. C'est pourquoi les scientifiques explorent aujourd'hui de nouvelles voies pour éliminer les bactéries et prévenir le gaspillage alimentaire.

Le plasma froid

La stérilisation par plasma froid, déjà utilisée dans le domaine médical, intéresse aujourd'hui le secteur de l'agroalimentaire. Le plasma est généré à température ambiante en soumettant un gaz à une décharge électrique ionisant une toute petite partie du gaz qui reste donc globalement froid. Ce plasma est appliqué sur les aliments à l'aide d'une sonde, et les ions et radicaux libres vont alors détruire l'ADN des pathogènes. En fonction du type de micro-organisme à éliminer, différents gaz (dioxygène, dioxyde de carbone, O2/H2, O2CF4...) sont utilisés à des pressions et des quantités variables. Rapide et économique, cette méthode préserve les vitamines et les nutriments, elle pourrait donc se développer dans l'industrie ces prochaines années.

  • Utilisé pour : fruits et légumes, graines, viande, fromage

La lumière pulsée

La stérilisation par lumière pulsée consiste à bombarder les aliments avec des flashs intenses de lumière blanche (environ 21 % d'ultraviolet, 30 % de lumière visible et 49 % d'infrarouge) pendant des temps très courts (de l'ordre de 300 µs). Chaque flash délivre une énergie de quelques joules par cm2, l'énergie et le nombre de flashs déterminant l'effet antimicrobien du traitement. Le procédé, économique, rapide et très efficace (jusqu'à 99 % des pathogènes éliminés), ne s'applique toutefois pas aux aliments opaques ou épais car les rayons ont un faible pouvoir pénétrant. Il est aussi peu adapté aux aliments riches en protéines et acides gras qui absorbent une partie du rayonnement. De fait, il est utilisé surtout pour les boissons transparentes ou les produits contaminés en surface.

  • Utilisé pour : jus de fruit, lait, boissons froides
L’irradiation permet de détruire les pathogènes dans les aliments et de ralentir la maturation des légumes. © IAEAvideo, YouTube

La pasteurisation à froid par haute pression

Contrairement à la pasteurisation thermique, où les aliments sont chauffés à 85 °C, la pasteurisation à froid utilise les très hautes pressions (environ 6.000 bars) pour inhiber les bactéries. Les aliments sont disposés dans une enceinte pleine d'eau qui, après fermeture, est comprimée à l'aide d'une pompe pendant 3 à 5 minutes. Le procédé permet de multiplier la durée de vie du produit par 2 ou 3 tout en respectant son goût, sa texture et ses qualités nutritionnelles. Apparue au Japon dans les années 1990, la méthode a été validée par l'Europe en 2011, ce qui a poussé les industriels à s'équiper. Elle reste cependant limitée aux produits conditionnés dans des emballages souples et n'est pas applicable aux produits secs. Elle est aussi peu efficace contre les spores, très résistantes aux hautes pressions.

  • Utilisé pour : jambon, poisson, huîtres, légumes préparés, salades

La soupe bactériophage

Il s'agit de tremper les aliments dans une solution contenant des phages afin que ces derniers dévorent les bactéries pathogènes. Plusieurs souches ont été testées, comme le PhageGuard-E contre E.coli ou Listex P100 contre la Listeria. Présentée comme écologique, cette méthode offre cependant une efficacité très variable selon la concentration et le type d'aliment. Les scientifiques craignent en outre le développement de bactéries résistantes en cas d'utilisation à grande échelle. Des autorisations ont été délivrées dans plusieurs pays (États-Unis, Canada, Nouvelle-Zélande...). L'Anses, qui a produit un rapport sur ce sujet en 2014, estime que ce procédé peut constituer un outil additionnel mais « ne peut être considéré comme un moyen d'allonger la durée de vie des produits ».

  • Utilisé pour : viande fraîche, fromage, produits préparés

L’irradiation

L'irradiation des aliments, inventée dans les années 1940 par des scientifiques français, consiste à détruire les pathogènes (insectes, bactéries, moisissures...) avec un rayonnement ionisant. On utilise le plus souvent du cobalt-60 à différentes doses (entre 0,03 et 45 kGy) selon l'application : entre 50 et 150 gray pour ralentir la maturation des légumes ou le processus de germination, par exemple pour les pommes de terre et les oignons, et jusqu'à 10 à 50 kGy pour une stérilisation complète des aliments. Le procédé est entièrement sûr -- il ne reste pas de trace de radioactivité dans les aliments -- et évite l'utilisation de produits chimiques. Une cinquantaine de pays autorisent l'irradiation des aliments, dont la France pour une quinzaine de produits.

  • Utilisé pour : fruits et légumes, blé, farine, fruits de mer, poisson, épices, fruits secs
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