La prise de conscience semble être efficace pour réduire le gaspillage et les déchets alimentaires. © kpn1968, Adobe Stock

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Gaspillage alimentaire : comment le réduire de 60 % avec des gestes simples

ActualitéClassé sous :éco-consomation , gaspillage alimentaire , Journée nationale anti-gaspillage

Qui ne s'est pas entendu dire « Fini ton assiette » ? Ces petits rien, entre autres, qui sont jetés et qui font grossir nos poubelles de 59 %. C'est ce que démontre l'expérience menée auprès de 250 ménages. La chasse au gaspillage alimentaire passe par une prise de conscience de chacun de nos actes et par des gestes simples au quotidien.

Avec quelques gestes simples, c'est 59 % de gaspillage alimentaire en moins : 250 ménages se sont soumis à une expérience qui semble montrer que, dans les foyers, la clé de la chasse au gaspi réside dans la prise de conscience. Dans quatre régions de France, des familles aux profils variés ont participé pendant deux mois à une « opération-témoin » sur les habitudes à la maison menée par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe).

Elles ont d'abord été invitées à peser leurs déchets, à comportement constant. Puis, un mois plus tard, à choisir trois gestes, comme établir ses menus à l'avance, regarder les dates de conservation avant d'acheter, préparer les bonnes quantités, s'adapter aux dates de péremption, etc. ; le but étant d'évaluer la différence.

Le gaspillage représente 29 kilos, par personne et par an

Résultat, publié pour la Journée nationale anti-gaspillage et qui est aussi la Journée mondiale de l'alimentation : des pertes réduites de 59 %, soit l'équivalent de 11.300 repas économisés au total sur un an pour ces 250 ménages. En France, le gaspillage alimentaire à la maison est évalué à 29 kilos de déchets par personne et par an, dont sept kilos d'aliments encore emballés.

La consommation à domicile représente cependant moins de 20 % des pertes alimentaires totales, qui elles sont estimées à 10 millions de tonnes par an ; elles sont générées pour plus de la moitié au niveau des producteurs et transformateurs, puis des distributeurs et de la restauration collective et commerciale, selon l'Ademe. Faute de dispositif de suivi, difficile de connaître l'évolution de la situation. Les pouvoirs publics ont fixé en 2013 comme objectif de réduire de 50 % le gaspillage sur l'ensemble de la chaîne alimentaire d'ici 2025, avant le vote d'une loi anti-gaspi en 2016. À domicile en tout cas, l'expérimentation « montre qu'il est possible de réduire de beaucoup le gaspillage grâce à des gestes simples », note l'Ademe.

Dans les foyers, la clé de la chasse au gaspillage se situe dans la prise de conscience. © Geoffroy Van Der Hasselt, AFP, Archives

Les petites quantités font les grosses poubelles

Pour les particuliers, le plus dur est « la prise de conscience qui ne va pas du tout de soi, note Emily Spiesser, chargée de mission consommation responsable. En France, gaspiller c'est mal vu ; personne n'a l'impression de gaspiller. Pourtant, quand on regarde de plus près, parfois ça peut être en petites quantités, mais mises bout à bout cela devient important ». Il y a aussi ces pertes moins visibles : les restes de soupe, le lait des céréales, les sauces... Dorothée Cognez, salariée de Familles Rurales, l'une des trois associations partenaires de l'expérience, a participé par curiosité, convaincue de ne pas gâcher.

« Grosse surprise ! On était à 31 kilos par personne, au-dessus de la moyenne nationale ! » Dans la poubelle ou l'évier, partaient la bouteille de lait à moitié bue, « surtout des liquides, et du poisson ou de la viande encore emballés mais périmés ». Cette famille de Seine-de-Marne a concentré ses efforts sur « la façon d'acheter : on fait des listes de courses, et on compte combien de repas prévoir dans la semaine. Avant j'achetais trop de choses. On est tombé à 18 kilos de déchet (par tête), moins 43 % ! »

Mondialement, 25 % à 30 % de la nourriture produite est gaspillée ou perdue

Trois mois après la fin de l'opération, tous les foyers continuent à appliquer les gestes choisis, assure l'Ademe. Parmi les mieux ancrés : veiller à la conservation des aliments (en connaissant ses stocks au frigidaire et dans les placards). Celui jugé le plus facile par les participants : ne pas jeter ses restes.

On peut s'aider d'astuces suggérées par la Zéro déchets Académie en cliquant ici. Par exemple, des recettes pour agrémenter ses restes. Ou des calculs simples pour préparer les portions justes. L'Ademe met aussi en ligne mercredi un tutoriel d'auto-diagnostic. L'enjeu n'est pas des moindres : prélèvement inutile de ressources naturelles, émissions de gaz à effet de serre évitables (3 % du total en France), déchets supplémentaires...

Mondialement, 25 % à 30 % de la nourriture produite est gaspillée ou perdue, soulignait cet été le Giec (experts climat de l'ONU) qui a placé la question au cœur de son rapport sur l'usage des terres.

Pour en savoir plus

Gaspillage alimentaire : 9 actions pour le réduire

Article de l'INRA, publié le 11 juin 2016

L'Inra, qui a travaillé avec un groupe d'experts internationaux, propose neuf actions pour limiter les déchets alimentaires en milieu urbain. Les leviers identifiés doivent tenir compte de la sécurité sanitaire, de la santé des personnes et de l'évolution de l'environnement urbain.

Les pertes et gaspillages alimentaires sont associés essentiellement aux étapes de la distribution et de la consommation et, du fait de la concentration urbaine, ils se produisent principalement en ville. Au niveau européen, sur un total de denrées perdues de 173 kg par an et par habitant, 70 % sont imputables à ces étapes de distribution et consommation, et les biodéchets sont peu ou mal valorisés.

Les chercheurs de l'Inra accompagné d'experts internationaux ont identifié neuf leviers, déjà portés à travers le monde par divers acteurs (État, collectivités, entreprises ou consommateurs) :

  1. des outils économiques et financiers : outils incitatifs, redevances ou taxes pour responsabiliser les opérateurs (restaurateurs, ménages, collectivités...) et encourager la réduction des déchets à la source ou leur valorisation,
  2. l'assouplissement des cahiers des charges de la grande distribution,
  3. le retrait progressif des aliments de la commercialisation : pour ouvrir le marché aux produits ayant des défauts ou proposer des produits proches de leur date de péremption par leur déstockage ou les dons,
  4. la répartition de la responsabilité entre les acteurs : le report de responsabilité vers le consommateur pourrait sécuriser certaines pratiques,
  5. des règles d'urbanisme et le développement d'infrastructures adaptées pour faciliter la collecte de biomasse, l'agriculture ou l'élevage urbains, encadrer des nouveaux modes de consommation comme le troc, la vente de repas entre particuliers...
  6. des outils technologiques pour permettre de maîtriser les flux alimentaires et contrôler la péremption des aliments : des emballages « intelligents » (puces fraîcheur, détection des altérations), les produits vendus en vrac, les appareils ménagers connectés (le réfrigérateur qui aide à gérer les stocks en fonction des produits et de leur date de péremption),
  7. l'exploitation collaborative des données : le suivi des flux et des capteurs intelligents qui permettent le partage des données (production, stock, négoce, consommation) entre tous les acteurs de la chaîne d'approvisionnement. Par exemple, le partage des données de caisse entre la grande distribution et ses fournisseurs, ou encore le partage en temps réel des invendus proches de la date limite de consommation et les associations de proximité,
  8. des technologies de valorisation des aliments non consommés et des déchets : pour l'alimentation animale, la production d'énergie, le compostage et épandage ou la chimie verte,
  9. les actions de sensibilisation, de formation et d'éducation de tous les publics.
Le compostage est une solution pour valoriser ses déchets alimentaires. © Pixavril, Shutterstock

Des choix à faire en fonction de l’évolution des villes

Le groupe d'experts a ensuite confronté ces leviers à trois scenarii contrastés d'évolution des villes : concentration urbaine et mondialisation, villes en réseau et croissance verte, villes en repli et économies de partage. Si la plupart des leviers peuvent être mobilisés dans tous les scenarii, les moyens de leur mise en place varient fortement selon les caractéristiques du contexte urbain. Ainsi, le recyclage des biodéchets alimentaires dépend du déploiement de technologies d'ampleur industrielle dans un contexte de métropole mondialisée, alors que, dans un contexte de villes moyennes en réseau favorisant la croissance verte, il s'appuiera sur le déploiement local d'une économie circulaire, soutenu par des règles d'urbanisme et des infrastructures portées par les collectivités.

En amont de la consommation alimentaire, la limitation de la production de déchets alimentaires à la source peut profiter des opportunités offertes par la proximité dans les deux scenarios de villes en réseau et de ville en repli. Mais elles mobilisent, dans le premier cas, des technologies basées sur la numérisation des activités du système alimentaire, et la mobilisation des données ainsi générées, en vue d'améliorer l'efficience des organisations logistiques. Dans le cas de ville en repli, c'est le développement de technologies minimales et économes ainsi que la mise en place de règles encadrant agriculture urbaine et nouvelles pratiques d'approvisionnement (troc, préparation de repas à la demande, etc.) qui sont susceptibles de limiter le gaspillage à la source. Enfin, l'assouplissement des cahiers des charges de la grande distribution ou les leviers favorisant le don (révision des règles de répartition des responsabilités) ne semblent véritablement intéressants que dans les contextes de métropolisation...

Dans tous les cas, les mesures favorables à la réduction du gaspillage à la source devront être cohérentes avec les exigences de sécurité sanitaire, tout comme les risques liés à la diffusion de contaminants peuvent être un frein à la mobilisation des bio-déchets à des fins agricoles ou pour des usages énergétiques, chimiques ou de produits bio-sourcés. D'autre part, les mesures incitatives à la valorisation et au recyclage des bio-déchets peuvent diminuer l'impact de l'objectif prioritaire affiché par les politiques publiques actuelles : la réduction avant tout du gaspillage à la source.

Sur ces bases, les chercheurs ont recensé dans leur rapport paru le 8 juin 2016, les besoins de connaissances nécessaires à la mise en œuvre de ces actions, selon chaque scénario d'évolution.

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