En Malaisie, on teste des palmiers à huile nains pour réduire l'impact des plantations sur la forêt tropicale. © Nanang Sujana/CIFOR, Flickr, CC By-NC-ND 2.0

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Des palmiers à huile nains pour limiter la déforestation ?

ActualitéClassé sous :forêt , huile de palme , lutte contre la déforestation

Moins de place, pour plus de rendement, c'est la promesse de ces palmiers miniatures testés en Malaisie, à l'heure où les plantations d'huile de palme couvrent 27 millions d'hectares à travers le globe, détruisant les forêts tropicales et la précieuse biodiversité qu'elles abritent. La Malaisie affiche le taux de déforestation le plus rapide parmi les pays producteurs, avec 14,4 % de ses forêts perdues entre 2000 et 2012.

Dans un laboratoire de Malaisie, des rangées d'éprouvettes contenant des plants de palmiers à huile nains sont alignées, un projet voué à rendre la production d'huile de palme moins chère et plus durable et pour lequel les scientifiques sont pleins d'espoir. Objectif: réduire les coûts et les dommages environnementaux de cette culture décriée par les défenseurs de l'environnement, qui accusent l'expansion rapide des plantations de palmier à huile de détruire les forêts tropicales et de mettre en danger l'habitat des orangs-outans ou d'autres animaux, ainsi que le mode de vie de certains peuples autochtones.

L'huile de palme est devenue un ingrédient clé pour beaucoup d'industries, des biocarburants au chocolat en passant par les cosmétiques. La production en Indonésie et en Malaisie, les deux principaux pays de récolte, en a été dopée. Mais la mauvaise image de cette culture, la faiblesse actuelle de la demande des principaux pays importateurs et l'accumulation des stocks ont fait baisser les prix mondiaux de cette matière première, poussant le secteur à rechercher de nouveaux relais de croissance.

Des plants de palmiers nains en éprouvettes dans un laboratoire à Bangi, le 18 décembre 2018 en Malaisie. © Mohd Rasfan - AFP

L'agence malaisienne dédiée à la culture de l'huile de palme (Palm Oil Board) espère que l'initiative en faveur des palmiers à huile nains aidera à résoudre certains de ces problèmes. « Avec cette variété plus petite, nous pouvons améliorer les rendements, optimiser l'utilisation des terres et rendre la production d'huile de palme plus durable », a indiqué à l'AFP la biologiste Meilina Ong-Abdullah.

Dans son laboratoire de Bangi, près de la capitale, d'autres chercheuses en blouse blanche et masques tranchent des plantes et les transfèrent dans des éprouvettes. Mais ce programme de recherches, sur lequel travaillent aussi d'autres équipes scientifiques en Asie et en Amérique du sud, est confronté à de multiples difficultés, notamment le prix relativement élevé de ces nouveaux palmiers... qui pourrait les rendre trop onéreux pour les cultivateurs.

Une chercheuse étudie des spécimens de palmiers à huile nains dans un laboratoire à Bangi, le 18 décembre 2018 en Malaisie. © Mohd Rasfan - AFP

Moins de surface, plus d'arbres

Les palmiers nains, d'une taille environ 30% plus petite que la variété la plus courante, sont le fruit d'une décennie de recherches par l'agence gouvernementale dédiée à cette culture stratégique. Grâce à cette taille réduite, les fruits rouges du palmier peuvent être récoltés plus facilement avant d'être pressés pour donner de l'huile. Cela signifie moins de main-d'oeuvre.

Un rendement doublé

Un plus grand nombre d'arbres peuvent aussi être plantés sur la même surface, et leur rendement de 37,5 tonnes de fruits par hectare est le double de la moyenne du secteur, explique l'agence gouvernementale. Elle espère aussi, grâce aux palmiers nains, que la tentation de couper des forêts vierges pour planter des palmiers à huile classiques sera moins forte, et que les cultivateurs pourront replanter des parcelles moins productives avec ces nouveaux plants.

Ce projet pourrait ainsi contribuer à résoudre le problème de la raréfaction des terres cultivables, causé par la croissance rapide et vorace des plantations de palmiers à huile. En Malaisie, ces plantations couvrent déjà 5,8 millions d'hectares, ce qui équivaut à la superficie de la Croatie.

Petits mais onéreux

Dans le cadre de ces expérimentations, des palmiers nains ont été plantés dans plusieurs zones, dont le domaine de Bukit Lawiang dans l'État de Johor (sud du pays). Les arbres y atteignent 5 mètres, contre 7,5 mètres ailleurs en moyenne. En vente dès 2017, l'adoption des palmiers nains est cependant lente. À 30 ringgits (7 dollars), le semis de palmier nain est vendu deux fois plus cher que la variété conventionnelle.

Des palmiers à huile nains plantés à Bukit Lawiang dans le cadre d'un programme de recherches, le 13 février 2019 en Malaisie. © Mohd Rasfan - AFP

Mohamad Isa Mansor, qui a une plantation de cinq hectares, voudrait bien acquérir ces arbres nains, mais le prix est dissuasif, objecte-t-il. « Les petits exploitants sont pauvres et se maintenir à flot est déjà un défi à cause des cours faibles de l'huile de palme brute, explique-t-il. Replanter un hectare avec la nouvelle variété coûtera environ 6.000 ringgits (1.500 dollars). Où est-ce qu'on va trouver cette somme énorme ? »

Le gouvernement « n'a pas les finances pour aider les petits propriétaires à replanter en ce moment », prévient Teresa Kok, ministre en charge du secteur, interrogée par l'AFP. Le projet ne devrait pas non plus suffire à apaiser les défenseurs de l'environnement ou l'opposition grandissante à l'huile de palme, particulièrement en Europe.

« Ma principale inquiétude à propos du secteur de l'huile de palme est la destruction de la biodiversité. Les coupes de forêts doivent cesser, a souligné à l'AFP Mohideen Abdul Kader, de l'ONG Les Amis de la Terre. Et si possible, les forêts rasées devraient être reboisées. »

  • Les plantations d'huile de palme couvrent 5,8 millions d'hectares en Malaisie.
  • Les palmiers nains développés en laboratoire occupent moins d'espace mais sont deux fois plus productifs que les palmiers courants.
  • Leur prix rédhibitoire freine toutefois leur adoption à grande échelle. Leur acceptation par les défenseurs de l'environnement reste incertaine.
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