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Luttes : Pour lutter contre un environnement hostile

Dossier - Les molécules qui font des épices leurs intérêts
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Les molécules qui font des épices leurs intérêts ( odeur, goût, couleur …), ne sont pas là uniquement pour le plus grand plaisir de nos papilles et de nos yeux, elles ont aussi un rôle essentiel pour la plante.

  
DossiersLes molécules qui font des épices leurs intérêts
 

Pour se protéger, des agressions des animaux végétariens qui attaquent les fruits, les graines, les racines ou les feuilles, les plantes ont à leurs disposition plusieurs stratégies :

  • Faire fuir les prédateurs par leurs odeurs
  • Prendre un mauvais goût pour qu'à la première bouchée ils se souviennent de la plante et ne recommencent plus, au moins pour cette fois.
  • Etre toxique ou mortel

Pour l'odeur, la plante utilise encore une fois ses huiles essentielles qui sont souvent insecticides ou insectifuges. C'est le cas du thym, du romarin, de la lavande. C'est pourquoi, l'on conseille souvent de planter des herbes aromatiques dans les potagers ou près de rosiers : ça évite d'avoir à utiliser des pesticides. La menthe, elle synthétise des mono et des sesquiterpènes qui agissent comme un répulsif pour la majorité des herbivores (moutons, vaches).

Du côté du goût, les plantes ont inventé de nombreuses familles de molécules qui ont un goût désagréable, en plus du goût ces produits cumulent souvent une forte toxicité. Comme par exemple les glucosides (saponines,) et les alcaloïdes (strychnine, nicotine, atropine, quinine) qui sont amers et toxiques pour la majorité des agresseurs des plantes, ce sont des phagodéterrants puissants.

Mais les plantes disposent aussi de molécules moins fatales mais tout autant efficace : comme les tanins produits très fortement amers (ils sont présents dans le thé et lui donne son amertume). Certaines plantes comme les acacias sont capable en cas d'attaque d'herbivore de prévenir, en libérant de l'éthylène, les arbres voisins pour que ceux-ci fabriquent des tanins en grande quantité avant que les herbivores n'arrivent sur eux.

Wabasi

Il y a deux familles de plantes aromatiques qui sont passés maître dans de domaine de la lutte anti-herbivores : les brassicacées (choux, moutardes, wasabi, raifort) et les alliacées (poireaux, ail, oignons, échalotes, ciboulettes. Et ce sont les molécules qui défendent la plante et qui nous intéressent pour les mettre dans nos assiettes. Etrange, non ?

Moutarde

Tout d'abord, penchons nous sur la famille de la moutarde et du choux. Ces plantes contiennent naturellement des produits nommés des glucosinolates qui dans leurs états premiers n'ont ni goût ni propriété particulière. Mais lorsque un herbivore ou un couteau rompt les cellules de la plante, lorsque tous les liquides internes aux cellules se mélangent, une réaction chimique se produit grâce à une enzyme. Celle-ci a pour effet de casser en deux la molécule de glucosinolate en libérant d'un coté un sucre et de l'autre une molécule très agressive : des sinigrosides qui font fuir les animaux et attirent les cuisiniers ! (La plante utilise le glucosinolate comme moyen de stocker facilement la molécule active le sinigroside).

Mais certains insectes se sont immunisés au fil du temps contre ces armes chimiques et en profitent pour consommer à grande vitesse la plante, c'est le cas de la piéride du choux...

Les aulx ont une technique similaire mais avec d'autres molécules : pour l'ail : allicine est de l'alliine stocké sous une forme inactive, lors de la rupture des cellules sous les dents des agresseurs une enzyme intervient et libère l'alliine.

Mais certaines plantes ont des armes chimiques très puissantes : il existe des fabacées tropicales (famille de l'arachide, des pois et du tamarin) qui synthétisent leurs propre insecticide : la rotenone. Cet insecticide est tellement efficace que nous l'avons mis dans la majorité de nos insecticides modernes.

Cumin

D'autres plantes se laissent manger par les herbivores mais elle contiennent soit de fausses hormones (phytostérols) qui empêche les insectes de muer et donc ils meurent en quelques semaines, soit de faux acides aminés (constituants des protéines) qui vont rendre inefficace la majorité des enzymes et protéines de l'animal, le tuant à petit feu. Il en existe plus de 300 dans le règne végétal comme la mimosine des acacia qui fait tomber la toison des ovins.

Enfin, il existe aussi une stratégie surprenante : certaines plantes se rendent délibérément très attirantes pour leurs parasites, ceux-ci sont pris d'une telle fringale qu'ils s'en font exploser la panse. C'est le cas des ombellifères (famille du cumin, anis) pour lutter contre le papillon ajax qui est fou des odeurs de méthyl chavicol, carvone, méthyl eugénol.

Mais les plantes n'ont pas à se protéger uniquement contre les herbivores et les insectes nuisibles. Elles doivent aussi lutter contre des champignons, des bactéries, des virus. Pour ce faire, elles ont aussi toute une armada de molécules :

les isoflavanoïdes, le resveratrol, les tanins, les lignines, la juglone, les sesquiterpènes (comme le capsidiol des piments), stilbeniques, phenanthreniques, flavanoides (phaseolline)certaines sont synthétisées en cas d'agression d'autre sont tout le temps présentes. D'autres sont stockées sous forme inactives (un glycoside) comme le cyanure.

Cannelle

A noter aussi les Bétalaines qui donne leurs couleurs aux bougainvilliers et betteraves, sont aussi antiviraux et antifongique !

Gingembre

Une bonne partie des (mono et sesquiterpènes présents dans racines, écorces, et bois sont antiseptiques et donnent toute leur valeur à plusieurs épices dont le gingembre, la cannelle, le camphrier.

Piments
  • Luttes contre les autres plantes

Parfois les plantes se font aussi la guerre entre elles pour conserver ou agrandir leur espaces vitaux, pour éviter la concurrence dans des sols pauvres ou peu irrigué ou encore peu ensoleillé. On parle dans ce cas de télétoxie. Par exemple les odeurs, agréable à nos narines, du cannelier, ou du camphier qui sont à base de cinéole, camphre et autres molécules, on la vertu d'empêcher les graines de germer trop près de la plante. De même de nombreux conifères fabriquent leurs propre herbicide : les pro cyanidols (poly-catéchol, épicatéchol).

Un dossier préparé par Toil'd'épices