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Une peinture pour lutter contre les infections nosocomiales

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Comme sous-produit de leur recherche portant sur des textiles anti-microbiens et même des tenues en Kevlar pour soldats en pleine guerre bactériologique, une groupe de chercheurs de l'université du Dakota du Sud vient de mette au point des peintures murales tueuses de microbes. Son large spectre la rendrait très utile pour lutter contre les infections nosocomiales.

La présence de N-halamines altère-t-elle la qualité de la peinture ? Non, répondent les auteurs, qui montrent deux tests après exposition à l'air libre, de deux bleus différents, sans N-halamines (à gauche) et avec (à droite). Crédit : American Chemical Society

Lorsque Yuyu Sun a commencé ses études de chimie en Chine, ses objectifs étaient très pragmatiques. En effet, le pays étant l'un des premiers exportateurs de textile dans le monde, un diplôme dans le domaine de la chimie des textiles anti-microbiens était un bon moyen de s'assurer un poste dans l'industrie.

L'étudiant ambitieux s'est assez rapidement mué en un chercheur passionné et Yuyu Sun a finalement poursuivi ses recherches au-delà du doctorat dans les grandes universités américaines comme celle de Californie à Davis. Il s'est particulièrement intéressé aux N-halamines, des composés organiques azotés liés à des halogènes connus comme d'excellents tueurs de microbes. L'idée était de trouver le moyen de les intégrer dans les textiles, les matières plastiques, les caoutchoucs, les peintures et les revêtements. L'idée de revêtements muraux aux propriétés bactéricides est loin d'être nouvelle et constitue aujourd'hui une active voie de recherche. Au MIT (Massachusetts Institute of Technology), une équipe a mis au point un polymère agissant mécaniquement, grâce à des micropointes perçant la membrane bactérienne, offrant l'avantage d'éviter l'apparition d'une résistance.

L'intérêt des N-Halamines est leur large spectre. En plus d'être efficace contre les champignons, les moisissures et les virus, les peintures incorporant des N-halamines viennent à bout de bactéries résistant à beaucoup d'antibiotiques, comme le célèbre staphylocoque doréStaphylococcus aureus (MRSA), devenu au cours des ans un problème majeur.

Une arme de plus contre les maladies nosocomiales ?

Comme application, on pense à les intégrer à des costumes en Kevlar de soldats, qui pourraient opérer sur le champ de bataille d'une guerre bactériologique, ce que Sun a effectivement étudié. Mais une retombée bien plus pacifique et directe de ces recherches est de fournir le moyen de réduire les infections nosocomiales.

Avec son collègue Zhengbing Cao, Yuyu Sun vient précisément de produire ce genre de peinture comme ils l'expliquent dans une publication du journal de l'American Chemical Society, Applied Materials & Interfaces.

Aux Etats-Unis, des microbes devenus extrêmement résistants à la plupart des antibiotiques et que l'on retrouve sur les murs des hôpitaux sont responsables de 88.000 décès chaque année. En France, on estime à 4.000 par an le nombre de décès dus aux maladies nosocomiales. Des matériaux dits biocides incorporant des N-halamines, comme des vêtements protecteurs, des respirateurs ou mêmes les peintures murales seraient donc bienvenus.

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