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Infections nosocomiales : la bactérie Abri fait de la résistance

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L'Abri, Acinetobacter baumannii résistant à l'imipénème, est une bactérie de plus en plus impliquée dans des infections nosocomiales. Elle s'avère même mortelle dans 17 % des cas, principalement chez des personnes très affaiblies hospitalisées en service de réanimation.

Abri fait de la résistance. La bactérie Acinetobacter baumannii est fréquente dans le sol et ne présente aucun danger pour une personne en bonne santé. En revanche, elle est très dangereuse lorsqu'elle se cache dans les hôpitaux. © Matthew J. Arduino, CDC, DP

Abri : derrière ce nom rassurant se cache pourtant un être redouté des médecins. Acinetobacter baumannii est une bactérie pathogène tolérant toute une batterie d'antibiotiques. Quelques-unes d'entre elles ont également développé une résistance à l'imipénème, un antibactérien couramment utilisé dans les hôpitaux. On les dénomme donc Abri, à partir des premières lettres de chaque mot.

Or, depuis les 4 dernières années, elles se montrent de plus en plus agressives dans les hôpitaux. Selon le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) du 24 juillet, le nombre de signalements d'infections nosocomiales (Sin) dues à cette bactérie est en très nette augmentation, comme le démontrent des chercheurs de l'Institut de veille sanitaire (INVS).

Parmi les 10.288 Sin reçus entre le 1er août 2001 et le 31 mai 2011, 343 concernaient Abri, soit 3,3 %. Cette donnée, à elle seule, ne traduit pas grand-chose mais lorsqu'on regarde l'implication de la bactérie année après année, les indicateurs passent au rouge. Entre 2003 et 2008, les infections nosocomiales causées par Abri représentaient entre 2 et 3 % des signalements. Jusque-là, tout était à peu près en ordre. En 2009, elles franchissaient la barre des 3 %, puis passaient à 5,1 % en 2010 avant d'atteindre 11,1 % sur les 5 premiers mois de 2011.

Face à une bactérie résistante telle qu'Abri, une hygiène irréprochable des mains et des surfaces s'impose dans les hôpitaux pour éviter une épidémie d'infections nosocomiales. © Plastique1, StockFreeImages.com

Un Abri qui se révèle mortel

Sur les 343 signalements, 315 (92 %) étaient imputables à Abri seul, tandis que dans les 28 restants, il était retrouvé avec une ou deux autres espèces bactériennes. Un SIN pouvant correspondre à plusieurs contaminations, ces 315 cas représentent en réalité 936 personnes ayant déclaré une infection nosocomiale causée par la bactérie résistante. Parmi eux, 160 ont trouvé la mort, soit une létalité brute de 17,1 %.

La bactérie n'est normalement pas dangereuse chez les individus en bonne santé. Lorsqu'elle se trouve en milieu hospitalier, elle est malheureusement en contact avec des personnes fragiles. Dans 56 % des cas, Abri infectait des patients en service de réanimation, et donc en grande détresse. La même bactérie cause différentes maladies, d'après les signalements : elle touche fréquemment (37 % des situations) le système respiratoire, cause de nombreuses septicémies (18,9 %) et des infections urinaires (12,6 %). 

La résistance aux médicaments se banalise

Abri est à prendre au sérieux. Dans certains hôpitaux du Nord - Pas-de-Calais, de Martinique ou d'Aquitaine, la situation est même devenue épidémique à tel point qu'il a fallu fermer temporairement des chambres voire des services, comme ce fut le cas une semaine durant au CHU de Fort-de-France

Face à un tel pathogène, l'hygiène doit être irréprochable, surtout pour cette bactérie qui se transmet par contact, comme lors d'une poignée de main. Les auteurs en appellent également à une utilisation raisonnée des antibiotiques, nécessaire pour lutter contre Abri, mais pas seulement : le phénomène de résistance aux médicaments prend de l'ampleur au niveau mondial et les solutions thérapeutiques contre les souches tolérantes s'amenuisent peu à peu. Si on ne peut pas l'empêcher, il faut tenter, au maximum, de le retarder.

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