Se pourrait-il que le coronavirus, responsable du Covid-19, affecte aussi le cerveau ? © chinnapong, Adobe Stock
Santé

Inflammation, état délirant : le Covid-19 semble lié à des dommages cérébraux sévères

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L'infection par le SARS-CoV-2 engendre des problèmes de santé divers et parfois graves. Des médecins anglais décrivent plusieurs cas de différents dommages cérébraux observés chez des certains patients souffrant du Covid-19. L'un d'entre eux, habituellement rare, a vu sa prévalence augmenter durant la pandémie. 

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Régulièrement, les médecins en apprennent plus sur la maladie complexe qu'est le Covid-19. L'infection par le coronavirus SARS-CoV-2 est le déclencheur d'une réaction inflammatoire intense qui abîme plusieurs organes. Des chercheurs de l'University College de Londres décrivent dans une publication parue dans Brain plusieurs cas de patients atteint du Covid-19 présentant une inflammation cérébrale rare.

Les affections neurologiques ne sont pas toujours liées à la gravité des symptômes respiratoires

« Nous avons identifié un nombre plus important de personnes avec des affections neurologiques, comme une inflammation cérébrale, qui ne sont pas toujours corrélées à la gravité des symptômes respiratoires », explique le docteur Michael Zandi dans un communiqué de presse.

Scanner cérébral de trois patients de l'étude atteint de dommages cérébraux. © Paterson et al. Brain 2020

Une inflammation aiguë du cerveau

Cette étude a été menée sur 43 patients âgés de 16 à 65 ans, pris en charge au National Hospital for Neurology and Neurosurgery à Londres. L’infection au SARS-CoV-2 a été avérée pour 29 d'entre eux, pour les autres, elle n'a pas été formellement confirmée mais reste probable pour 8 personnes ou possible pour 6 personnes, selon les auteurs de l'étude. Parmi les affections cérébrales identifiées dans ce groupe, une en particulier inquiète les médecins, l'encéphalomyélite aiguë disséminée ou EMAD. Habituellement, les médecins londoniens ne traitent qu'un seul patient chaque mois pour cette affection, mais les cas ont augmenté avec l'épidémie de coronavirus. Sur 43 cas considérés dans l'étude, 12 souffrent d'une EMAD.

Ils rapportent aussi le cas d'un patient admis à l'hôpital avec, pour seul symptôme, une affection neurologique et aucun syndrome respiratoire aiguë. Il a été testé positif au coronavirus par la suite.

Appelée aussi encéphalite post-infectieuse, l'EMAD est connue pour apparaître entre 2 à 30 jours après une infection virale. Elle est caractérisée par une inflammation de la substance blanche du cerveau entraînant la dégradation de la gaine de myéline qui entoure les axones des neurones.

L'EMAD semble être gouvernée par une réaction trop importante du système immunitaire. L'analyse du liquide céphalorachidien des patients Covid-19 va également dans ce sens, aucun virion n'y a été retrouvé. Le coronavirus n'attaquerait donc pas directement le cerveau. Les mécanismes précis qui conduisent à l'apparition de l'EMAD après une infection au coronavirus doivent encore être éclaircis.

Le cerveau est composé de substance grise qui regroupe le corps cellulaire des neurones, et de la substance blanche qui regroupe les axones, myélinisés, ou non, des neurones. © AboutKidsHealth

Accident vasculaire cérébral et autres dommages cérébraux liés au Covid-19

Les autres patients considérés présentent des problèmes tout aussi inquiétants. Dix d'entre eux ont souffert d'une encéphalopathie transitoire accompagnée pour certains d'épisodes de délire. Huit autres ont fait un accident vasculaire cérébrale et les huit derniers ont présenté des symptômes comparables au syndrome de Guillain-Barré.

Voilà encore une nouvelle piste à explorer parmi la liste, déjà longue, des conséquences sur l'organisme du Covid-19, une maladie qui n'en finit pas de se complexifier. D'autres études seront nécessaires pour comprendre les conséquences neurologiques à long terme de l'infection au SARS-CoV-2.

Pour en savoir plus

Quels impacts du SARS-CoV-2 sur le cerveau ?

Article publié le 26 avril 2020 par Futura avec l'AFP-RelaxNews

La fièvre, la toux, l'essoufflement ou encore la perte d'odorat sont les symptômes connus du Covid-19. Des chercheurs s'interrogent à présent de l'impact du SARS-CoV-2 sur le cerveau et le système nerveux, certains patients atteints du virus présentant une perte de repères et des signes de confusion.

Les médecins de New York traitant des patients atteints de Covid-19 observent de plus en plus qu'avec la fièvre, la toux et l'essoufflement, un autre symptôme apparaissait. Certains éprouvent de la confusion, au point de ne pas savoir où ils sont, ni quelle est l'année actuelle. Cette perte de repères est parfois liée au manque d'oxygène dans le sang, mais chez certains malades le niveau de confusion semble être hors de proportion par rapport au niveau d'affection de leurs poumons. Pour Jennifer Frontera, neurologue à l'hôpital universitaire Langone à Brooklyn, la question se pose de l'impact du nouveau coronavirus sur le cerveau et le système nerveux.

Des patients atteints du Covid-19 présentent une perte de repères et des signes de confusion. Les neurologues ne sont pas surpris que le SARS-CoV-2 puisse affecter le cerveau. © fizkes, Adobe Stock

De possibles inflammations du cerveau

Des études commencent à décrire le phénomène. Dans la revue de l'Association de médecine américaine (Jama), la semaine dernière, des médecins ont rapporté que 36 % de 214 patients chinois avaient des symptômes neurologiques, allant de la perte d'odorat à des douleurs nerveuses, et jusqu'à des crises convulsives et des accidents vasculaires cérébraux (AVC).

Dans le New England Journal of Medicine, la revue médicale américaine la plus cotée, des médecins français à Strasbourg ont décrit que plus de la moitié de 58 patients en réanimation étaient confus ou agités. Des scanners des cerveaux ont révélé de possibles inflammations.

« Tout le monde dit que c'est un problème de respiration, mais cela affecte aussi quelque chose qui nous est très précieux, le cerveau, dit à l'AFP S. Andrew Josephson, chef du département de neurologie à l'université de Californie San Francisco. Si vous vous sentez confus, si vous avez des problèmes pour réfléchir, ce sont de bonnes raisons de consulter un médecin, ajoute-t-il. La vieille idée selon laquelle il ne faut venir que si on est à bout de souffle n'est sans doute plus valable. »

Les virus peuvent affecter le cerveau de deux façons

Les virologues ne sont pas totalement surpris que le nouveau coronavirus, SARS-CoV-2, puisse affecter le cerveau et le système nerveux, car ce lien a été observé avec d'autres virus, notamment le virus du sida, le VIH. Les virus peuvent affecter le cerveau de deux façons principales, explique Michel Toledano, neurologue à la Mayo Clinic dans le Minnesota. La première est par le déclenchement d'une réponse immunitaire anormale appelé « orage de cytokine », qui provoque une inflammation du cerveau : cela s'appelle une encéphalite auto-immune. La seconde est par une infection directe du cerveau : cela s'appelle une encéphalite virale. Le cerveau est protégé par ce qu'on appelle la barrière hémato-encéphalique : son rôle est de bloquer les substances intruses, mais elle peut être percée.

Certains émettent l'hypothèse que le nez pourrait être la voie d'accès au cerveau, puisque la perte d'odorat est commune à de nombreux malades du Covid-19. Mais ce n'est pas vérifié, et beaucoup de patients perdant l'odorat n'ont pas de problèmes neurologiques sérieux.

Des troubles durables ?

La piste principale est en fait celle de la réponse immunitaire en surchauffe. Pour en avoir le cœur net, il faudrait détecter le virus dans le liquide cérébrospinal. Cela a été fait une fois, chez un Japonais de 24 ans, dont le cas a été décrit dans l'International Journal of Infectious Disease. Il a souffert de confusion et de convulsions et l'imagerie de son cerveau montrait des inflammations. Mais le test n'est pas encore validé et les scientifiques restent prudents.

Pour éclaircir ces mystères, Jennifer Frontera, qui enseigne à l'école de médecine de l'université de New York, collabore à un projet de recherche international visant à standardiser la collecte de données. Sa propre équipe a consigné des cas de crises convulsives chez des patients Covid-19 qui n'en avaient jamais fait avant de tomber malades. Les chercheurs ont également observé de minuscules hémorragies cérébrales qualifiées d'« inédites ». Ils veulent aussi prélever le liquide cérébrospinal d'un quinquagénaire dont la matière blanche du cerveau est gravement affectée. Mais ces prélèvements, tout comme les IRM, sont difficiles à faire sur des patients sous respirateur artificiel. Et comme la majorité meurt, on étudie mal les dommages neurologiques.

Nous voyons beaucoup de patients dans des états de confusion

Ceux qui survivent finissent en revanche par consulter des neurologues. « Nous voyons beaucoup de patients dans des états de confusion », dit à l'AFP Rohan Arora, neurologue à l'hôpital Long Island Jewish Forest Hills. Il affirme que 40 % des rescapés du coronavirus sont concernés. On ignore si ces troubles sont durables. Le passage en réanimation est, en soi, créateur de confusion, en particulier à cause des médicaments. Mais le neurologue constate que le retour à la normale, pour les patients Covid, semble prendre plus longtemps que pour ceux qui ont survécu à une crise cardiaque ou un AVC.

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