La présence de sang dans les selles doit systématiquement amener à consulter son médecin. © Ryanking999, Adobe Stock

Santé

Sang dans les selles : de quoi s'agit-il ?

Question/RéponseClassé sous :Sang dans les selles , Rectorragie , Méléna
 

La présence de sang dans les selles a tendance à effrayer. Si la cause est le plus souvent bénigne, il faut systématiquement consulter son médecin, l'autodiagnostic étant très périlleux. En effet, il peut s'agir d'une maladie dont la prise en charge doit être immédiate. Néanmoins, la quantité de sang retrouvée n'est pas corrélée à la gravité du problème.

Il existe plusieurs anomalies physiologiques causant l'apparition de sang dans les selles. La plupart du temps, il n'y a aucune raison de s'inquiéter, bien qu'il soit impératif de consulter un médecin afin d'éviter tout mauvais diagnostic.

Le rouge et le noir

Tout d'abord, le sang peut présenter deux couleurs, que Stendhal avait identifiées malgré lui. Si le sang est de couleur rouge, alors l'origine du saignement est dans la partie basse du tube digestif, c'est-à-dire entre le jéjunum et l'anus. On parle de rectorragie si le sang n'est pas mélangé aux selles, et d'hématochézie s'il y est mélangé.

Tandis que si le sang est de couleur noire, il s'accompagne généralement d'une odeur nauséabonde. Son origine se trouve dans la partie supérieure du tube digestif, entre l'œsophage et le duodénum. On parle alors de méléna, dont la couleur s'explique par l'oxydation de l'hémoglobine (protéine présente dans le sang) lors du passage dans l'intestin grêle et le colon.

Schéma de l'appareil digestif humain. La partie haute du tube digestif se trouve entre l'œsophage et le duodénum. Tandis que la partie basse se situe entre le jéjunum et l'anus. © LadyofHats, Wikimedia commons, CC 4.0

Il existe un troisième cas. Le sang peut aussi être invisible à l'œil nu, simplement parce qu'il n'est présent qu'en toute petite quantité. Il s'agit de sang occulte. Cela est souvent dû à un cancer colorectal. Pour le détecter, il faut effectuer un test immunologique qui recherche les globines, des protéines impliquées dans le stockage ou le transport de l'oxygène dans le sang. Néanmoins, ce test ne doit être effectué qu'à partir de 45 ans, puisque seulement un cancer colorectal sur trois concerne les patients de 18 à 50 ans. Mais malheureusement, l'incidence de cette pathologie chez les moins de 50 ans augmente.

Les causes bénignes du sang dans les selles

L'explication la plus fréquente du sang dans les selles se trouve dans les hémorroïdes. Les veines présentes au niveau de l'anus se dilatent et saignent lors du passage au petit coin. Bien que douloureuses, elles ne sont pas dangereuses. Un traitement médical peut s'avérer nécessaire, mais dans tous les cas, les saignements doivent s'arrêter dans les 48 heures. Par ailleurs, il est important de consulter un médecin malgré des soupçons d'hémorroïdes. En effet, l'autodiagnostic des hémorroïdes est une des causes de mauvais diagnostic d'une pathologie plus grave.

Une autre cause peut préoccupante est la constipation. Celle-ci entraîne parfois une fissure anale, et quelques traces de sang, mais elle se résorbe généralement seule. La fissure anale peut également survenir en cas d'inflammation de la muqueuse rectale, ou de certaines pratiques sexuelles. Pour faciliter la guérison, le médecin peut prescrire des antidouleurs ainsi qu'une crème cicatrisante. Dans certains cas, la fissure perdure. La consultation d'un spécialiste, le proctologue, peut alors être nécessaire pour disposer d'un traitement plus complexe. En dernier recours, une opération chirurgicale peut avoir lieu.

La consultation d'un médecin généraliste suffit souvent en cas de causes bénignes. Si le problème persiste, il peut être pertinent de se tourner vers un spécialiste comme le proctologue. © Annagarmatiy, Adobe Stock

Sang dans les selles : les causes plus graves

Une fois les raisons les plus anodines écartées, le sang dans les selles peut trouver son origine dans des pathologies plus graves. La plus connue est le cancer colorectal, qui est le deuxième cancer le plus fréquent chez la femme (après celui du sein), et le troisième chez l'homme (après ceux du poumon et de la prostate). Parmi les facteurs de risques, on trouve évidemment l'âge, mais aussi la génétique, la bactérie Fusobacterium nucleatum, et le mode de vie. On estime qu'entre 6.000 et 8.000 cancers colorectaux pourraient être évités dans l'hexagone, si les Français réduisaient leur consommation de produits carnés cancérogènes, en particulier la charcuterie. D'autres facteurs de risques sont les Mici, ou maladies inflammatoires chroniques de l'intestin.

En plus de favoriser ce type de cancer, les Mici font partie des pathologies qui conduisent à du sang dans les selles. Elles regroupent essentiellement deux maladies, la maladie de Crohn pour 48 % des 250.000 personnes touchées en France, et la rectocolite hémorragique pour les 52 % restants. Les Mici sont caractérisées par l'inflammation chronique de la muqueuse d'une partie du tube digestif, liée à une hyperactivité du système immunitaire digestif. Elles nécessitent un suivi médical étroit.

Une autre cause possible du saignement est l'ulcère gastro-duodénal. Il s'agit d'une plaie profonde dans la paroi interne de l'estomac ou dans le duodénum. Elle apparaît suite à une inflammation chronique de cette paroi, généralement favorisée par la bactérie Helicobacter pylori. En temps normal, l'estomac est protégé de l'acide gastrique par un épais mucus, mais cette bactérie en perturbe l'équilibre. Ainsi, l'acide peut entrer en contact avec la muqueuse, et causer un ulcère. La muqueuse de l'estomac peut aussi être agressée par la prise très régulière d'anti-inflammatoires non stéroïdiens, dont l'aspirine ou l'ibuprofène par exemple. Cela survient chez 15 à 30 % des utilisateurs chroniques. Le tabagisme est également un facteur favorisant, puisqu'il augmente les sécrétions acides de l'estomac.

Cette liste d'origines du sang dans les selles n'est pas exhaustive. Il existe aussi l'angiodysplasie, les varices ou déchirures de l'œsophage, les maladies diverticulaires, la rectite... Peu importe la cause du saignement, il est crucial de consulter un médecin. 

Le cas de la femme enceinte et des enfants

Si cela peut paraître encore plus effrayant, la cause est souvent une simple constipation ou poussée hémorroïdaire. Aucune raison de s'affoler. Cela peut aussi survenir en réponse à une gastro-entérite. Dans tous les cas, les probabilités sont faibles que la cause soit grave, mais il reste préférable de consulter un médecin.

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