Pour sauver le climat, il faudra plus qu’une transition vers les énergies renouvelables. De l’efficacité, de la sobriété. Quelles sont les propositions en la matière des douze candidats à l’élection présidentielle qui s’annonce ? © CURIOS, Adobe Stock
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Présidentielle et urgence climatique : les propositions des candidats sont-elles à la hauteur du défi ?

Le premier tour de l'élection présidentielle, c'est dimanche ! Et la principale inquiétude des Français porte sur leur pouvoir d'achat. Les questions environnementales, toutefois, semblent vouloir s'accrocher au peloton de tête des thèmes qui préoccupent. Alors que diriez-vous de faire, ensemble, le point sur les positions des douze candidats ? Aujourd'hui, plus particulièrement, parlons climat.

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Depuis le début de l’ère industrielle, la Terre s'est réchauffée d'environ 1,1 °C. Et le Giec, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat l'a rappelé il y a quelques mois, notre responsabilité est « sans équivoque ». Il y a donc urgence à réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Pour cela, plusieurs leviers. Un premier consiste évidemment à revoir notre manière de produire de l'énergie. En évitant à l'avenir, le recours aux énergies fossiles. Nous l'avons évoqué dans nos deux premiers sujets consacrés à l'élection présidentielle à venir.

Un deuxième levier pour sauver le climat se cache dans notre façon de consommer l'énergie. Dans l'efficacité, mais aussi, dans une certaine sobriété. D'autant que depuis quelques semaines maintenant, une autre problématique s'est ajoutée à ça. Celle de notre dépendance énergétique. À tel point que Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l'énergie (CRE), vient d'appeler l'ensemble des Français à commencer dès maintenant, à faire des économies d'énergie -- de gaz et d'électricité notamment. « Il y a urgence et chacun doit s'y mettre », a-t-il déclaré dans les médias. Sans ça, notre pays risque, selon lui, d'avoir à faire face à de fortes tensions d'approvisionnement l'hiver prochain.

L'autre urgence mise en avant plus récemment par les experts du Giec, c'est de développer des moyens d'adaptation pour nos sociétés. Car au-delà d'une simple hausse des températures, les conséquences du réchauffement climatique anthropique en cours s'annoncent importantes. Nous avons déjà commencé à en subir quelques-unes.

Comment les douze candidats à l'élection présidentielle du 10 et du 24 avril prochains se sont-ils saisis de ses questions ? Futura a fouillé leurs programmes pour vous. Fouillé parce qu'ils sont peu, très peu à nous avoir répondu. Seuls Yannick Jadot -- par l'intermédiaire de Delphine Batho -- et Jean-Luc Mélenchon -- par l'intermédiaire de son équipe presse -- nous ont apporté quelques précisions concernant leurs propositions. Notez qu'Emmanuel Macron n'a pas pu être contacté. Mauvais timing...

Combien nos moyens de transport émettent-ils de dioxyde de carbone (CO2) ? L’Ademe nous propose quelques chiffres. © Ademe

Sur la question des transports

Parmi les thèmes les plus abordés par les candidats, il y a d'abord celui de la mobilité. Entre augmentation du prix des carburants et part importante dans les émissions de gaz à effet de serre, ce n'est pas très étonnant. La question intéresse et touche tout le monde.

Du côté des faits, rappelons que le secteur des transports compte, en France, pour plus d'un tiers des émissions de gaz à effet de serre. Avec un transport routier responsable d'environ trois quarts de ces émissions. Et une voiture particulière, de plus de la moitié de ces dernières.

Sur la question des transports, c'est donc essentiellement le thème de la mobilité individuelle qui revient. Avec de nombreux candidats qui font la promotion de la voiture électrique. Pour coller à son idée « d'électrifier les usages », Emmanuel Macron promet ainsi « une offre abordable de voitures électriques pour tous grâce à une filière 100 % française ».

Anne Hidalgo, elle aussi, cherche à rendre les « véhicules électriques accessibles pour un coût mensuel inférieur aux frais d'un véhicule à essence » grâce à un « système de leasing social »« Un prêt à taux zéro pour la mobilité durable viendra en aide à l'acquisition d'une voiture électrique. » Elle pense, d'un point de vue pratique, à déployer « un million de bornes électriques supplémentaires ». Et souhaite, par ailleurs, investir dans le ferroviaire avec « des petites lignes, des trains de nuit et du fret ».

Rappelons tout de même que la prudence est de mise concernant la question de la voiture électrique. Car la production -- et l'élimination -- d'un véhicule électrique reste moins respectueuse de l'environnement que la production -- et l'élimination -- d'un véhicule thermique. Même si l'on peut espérer des progrès sur ce point. Par ailleurs, les émissions de gaz à effet de serre rattachées à une voiture électrique sont dépendantes de la manière dont est produite l'électricité qu'elle consomme. En France et plus globalement en Europe, une voiture électrique émet moins de CO2 au kilomètre qu'une voiture thermique. Mais ce n'est pas forcément le cas partout.

Dans les pays qui produisent leur électricité à partir de charbon, rouler à l’électrique n’est pas une bonne option pour le climat. © Parlement européen

Pour en revenir aux propositions de nos candidats, sachez que Nicolas Dupont-Aignan propose « de relancer un puissant mouvement d'innovation automobile en privilégiant massivement des véhicules allégés, des moteurs plus efficaces et le développement de la traction électrique (électrique ou hybride rechargeable) ». Il veut aussi « poursuivre le développement des réseaux de transport en commun ».

Valérie Pecresse se démarque un peu en annonçant la fin de la vente des véhicules thermiques pour 2035 et même des hybrides rechargeables pour 2040. Et sa volonté de « soutenir les biocarburants ainsi que l'hydrogène et l'électrique plutôt pour l'aéronautique et la logistique ». Elle aussi, en revanche, pense « moderniser et rénover le ferroviaire ».

Éric Zemmour, lui, estime qu'il pèse, sur les automobilistes, « des contraintes excessives ». Il compte ainsi « restaurer la limitation de vitesse à 90 km/h sur les routes nationales et départementales, mettre fin à toute interdiction pour certains véhicules de circuler en ville (zones à faibles émissions métropolitaines) » ou encore « allonger la durée de validité du contrôle technique à 3 ans ».

Marine Le Pen est un peu sur la même longueur d'onde concernant les limitations de vitesse. Elle veut par ailleurs « détaxer partiellement les carburants » et envisage « un plan national de circulation, de manière à améliorer la complémentarité entre rail, transport aérien et réseau routier ».

Précisons à ce stade qu'avec la vitesse qui augmente, c'est généralement la consommation de la voiture qui augmente aussi. Et avec elle, le niveau de pollution. Le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) montre ainsi que les moteurs polluent le moins entre 50 et 80 km/h. En ville, la réduction de la limitation de vitesse n'aurait cependant que peu d'impact direct. Elle encouragerait toutefois, selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), à un meilleur partage de la route et favoriserait la marche et le vélo.

Poursuivons avec la proposition de Fabien Roussel qui compte appuyer « les trains du quotidien » en rouvrant de petites lignes. Dans les « transports collectifs urbains, la gratuité sera instaurée ». Du côté des marchandises, « le développement du fret ferroviaire et fluvial deviendra un axe stratégique majeur ».

Philippe Poutou souhaite, quant à lui, « développer des transports 100 % publics et gratuits tout en développant l'offre de transports en agglomération et en zone rurale ». D'un point de vue écologique, il appelle à donner la « priorité au fret fluvial et ferroviaire et à réduire drastiquement le transport aérien. À l'interdire même sur les circuits courts ».

Jean-Luc Mélenchon propose « le report important vers des transports collectifs (investissements massifs), la diminution des distances parcourues, le développement du covoiturage et de l'autopartage, la baisse de la vitesse et le basculement vers les véhicules électriques (67 %), les hybrides gaz naturel (30 %) et à hydrogène (3 %) en 2050. » Il nous parle aussi de « lancer la grande révolution du transport à la demande, via des outils libres et gratuits de cartographie des besoins et d'inscription des trajets ». Et d'une « réorientation de l'aide à l'acquisition de véhicules bas carbone vers les ménages à faibles revenus » ainsi que de « la mise à disposition de parcs de véhicules à faibles émissions », toujours pour les ménages à faibles revenus. Le tout sera piloté par un « commissariat à l'aménagement ».

Yannick Jadot croit lui aussi dans le covoiturage« C'est le moyen le plus rapide et le plus impactant pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et réaliser des économies », nous assure Delphine Batho, sa porte-parole. Comment le développer ? « En le rendant gratuit par le mécanisme du forfait mobilité durable rendu obligatoire et porté à 1.000 euros par an » et en facilitant son usage « par la création de voies spécifiques, d'aires de covoiturage ou encore de solutions intelligentes de mise en relation des automobilistes. » Pour les territoires urbains cependant, Yannick Jadot préfère miser sur « les transports en commun et le vélo ». En parallèle, il annonce aussi la fin de la vente des véhicules thermiques dès 2030. Il évoque l'idée du « retrofit », de la conversion « d'un million de moteurs thermiques et moteurs électriques ». Ainsi que les « trains du quotidien » et « l'interdiction des lignes aériennes pour des trajets qui, en train, durent moins de 4 heures ».

Nathalie Arthaud, enfin, estime que « comme dans les autres domaines, aucun progrès ne sera réalisé en ce qui concerne les transports, leur prix, leur organisation, leur impact sur l'environnement et sur le quotidien des hommes et des femmes, sans remettre en question le pouvoir de cette minorité de capitalistes sur l'économie ».

Sur la question de l’agriculture et de l’industrie

Autres secteurs qui émettent beaucoup de gaz à effet de serre : l'agriculture et l'industrie. Chacune est responsable d'environ 20 % des émissions de CO2 en France.

Considérons l'agriculture, d'abord. C'est surtout le méthane (CH4) émis par les ruminants qui plombe les chiffres du secteur. Mais il y a aussi le protoxyde d'azote (N2O), moins connu. Avec un pouvoir réchauffant bien supérieur pourtant à celui du CO2. Le résultat de l'usage d'engrais azotés.

Seulement, se nourrir est, pour le moins, ce que l'on peut appeler un besoin vital. Et au jour où près d'un quart des Français reconnait restreindre son alimentation, que nous proposent donc en la matière les candidats à la prochaine élection présidentielle ?

Philippe Poutou veut « en finir avec l'agriculture intensive ». Il compte « développer les circuits courts et mettre fin à l'élevage industriel ».

Yannick Jadot souhaite « remplacer l'élevage industriel par un élevage agroécologique en 10 ans grâce aux aides publiques agricoles, développer la consommation de protéines végétales et de viande locales -- avec du 100 % dans les cantines notamment -- et encourager les circuits courts ». Il propose aussi d'ajouter à l'étiquetage nutritionnel, « un étiquetage environnemental » qui permettrait de mieux identifier les produits qui s'inscrivent dans une démarche durable.

Jean-Luc Mélenchon aussi milite pour « les circuits courts et une restauration collection 100 % locale -- et biologique ». Il souhaite « réduire de 50 % la consommation moyenne de protéines animales tout comme le gaspillage alimentaire ».

Valérie Pécresse propose d'instaurer « des clauses environnementales -- et sociales -- dans les marchés publics pour favoriser les circuits courts. » Elle attend « un approvisionnement 100 % local dans les cantines d'ici 2027 ».

Anne Hidalgo veut faire de « l'agroécologie, le nouveau modèle agricole pour tous ».

Fabien Roussel vise à « créer les conditions d'un processus de transition agroécologique de la production agricole garantissant une alimentation de qualité. » Il veut « valoriser l'agroforesterie » et « empêcher le développement d'installations industrielles d'élevage ».

Eric Zemmour qui veut « privilégier les circuits courts en augmentant la part des produits locaux dans la restauration collective ».

La répartition des émissions de gaz à effet de serre par secteur et par région. © Haut conseil pour le climat

Les candidats à l'élection de ce mois d'avril évoquent aussi la problématique de l'industrie.

Yannick Jadot propose ainsi un « plan de réindustrialisation » qui orientera « les fonds privés vers les industries vertueuses » et qui « soutiendra l'innovation dans les filières d'avenir ». Il veut, d'une part, « encourager les industries engagées dans des processus de décarbonation de leurs procédés (chimie, construction, métallurgie, etc.) » et d'autre part, « soutenir l'installation de nouvelles industries contribuant à la transition (batteries, etc.) ».

Jean-Luc Mélenchon souhaite « imposer aux entreprises une comptabilité carbone, accompagnée d'une trajectoire de baisse de leurs émissions, ciblant en particulier l'industrie lourde ».

Valérie Pécresse veut « développer une économie circulaire » basée par exemple sur « la fin des emballages plastiques à usage unique et un chèque de récupération de 10 euros pour chaque téléphone recyclé -- 50 euros pour chaque ordinateur ».

Anne Hidalgo conçoit « la réindustrialisation de la France comme un moteur de la transition écologique de notre pays. » Elle promet de « réduire de 50 % les émissions de CO2 du secteur d'ici 2035 par rapport à 2015 ». Elle prévoit aussi de « conditionner les aides publiques au strict respect de critères environnementaux ».

Nicolas Dupont-Aignan mise sur « la production en France pour raccourcir nos circuits d'approvisionnements et bâtir une économie circulaire » qu'il estime « trop peu mise en avant ». Parmi ses propositions : « lutter contre l'obsolescence programmée, investir dans la valorisation énergétique des déchets ou encore favoriser les investissements dans l'écoconception ».

Fabien Roussel veut lui aussi « réindustrialiser le pays » en « développant l'économie circulaire, les circuits courts et les process industriels durables ».

Marine Le Pen prône une « économie circulaire » encouragée par « une fiscalité réduite » ou encore un étiquetage qui informe sur la réparabilité d'un équipement.

Selon Nathalie Arthaud, « il est urgent d'enlever aux groupes privés la direction de l'industrie et d'organiser l'économie de façon rationnelle et planifiée, pour répondre aux besoins du plus grand nombre, tout en préservant l'environnement ».

Entre 2000 et 2015, l’efficacité énergétique dans les bâtiments a augmenté à un rythme qui correspond à un doublement des performances en 50 ans. Mais pour réellement atteindre cet objectif, il reste du travail à accomplir dans le domaine. © FrankBoston, Adobe Stock

Sur l’efficacité énergétique

D'une manière plus globale, gagner en efficacité peut permettre d'économiser de l'énergie. Et ce faisant, de limiter nos émissions de gaz à effet de serre. C'est valable dans le domaine du transport ou de l'industrie tout autant que dans celui de l'agriculture et de la production d'énergie. Mais dans les programmes des douze candidats à la prochaine élection présidentielle, la question de l'efficacité énergétique est généralement réduite à celle de l'efficacité énergétique des logements -- un peu plus largement, des bâtiments. Ils sont ainsi à peu près tous d'accord. Il faut rénover, rénover, rénover. Et les mesures s'orientent naturellement sur l'isolation. Car le chauffage résidentiel et tertiaire -- dominé par le gaz fossile -- est responsable en France de plus de 80 % des émissions de CO2 du secteur de l'usage des bâtiments. Un secteur lui-même responsable de plus de 15 % des émissions de gaz à effet de serre du pays.

Philippe Poutou évoque ainsi un « plan d'isolation thermique de tous les logements ».

Jean-Luc Mélenchon propose de « passer de 33 000 logements rénovés (bâtiment basse consommation, BBC) actuellement à près de 800 000 en 2030 par l'obligation progressive et conditionnelle, la formation, et surtout la coordination pour éviter le saupoudrage de subventions. » Objectif affiché : « réduire la consommation du parc tertiaire de 60 % d'ici 2050, générant plusieurs milliards d'euros d'économies d'énergie par an ». Il ajoute qu'il souhaite « interdire la location des passoires thermiques et conditionner l'obtention des labels écologiques à des résultats énergétiques concrets et vérifiés ».

Eric Zemmour compte « investir dans l'isolation des bâtiments résidentiels et industriels ».

Yannick Jadot annonce « un plan massif de rénovation des logements et bâtiments -- isolation et remplacement des chaudières -- de 10 milliards d'euros par an pour atteindre une réduction de 50 % de la consommation d'énergie. » Il promet aussi que « les 5 millions de passoires thermiques seront rénovées complètement en 10 ans avec aucun reste à charge pour les ménages les plus modestes. » Parce que selon Delphine Batho, « la première chose à faire pour le climat est de réduire notre consommation d'énergie. »

Anne Hidalgo aussi compte « mener un grand plan pluriannuel de rénovation énergétique des bâtiments basé sur un nouveau dispositif : aucun frais à avancer au moment des travaux ; le remboursement, dont l'ampleur dépendra du niveau des revenus, se fera au moment de la revente ou de la succession. » Son objectif : « la rénovation complète et performante de 760.000 logements privés par an, soit 22 millions de logements d'ici 2050. » Dans le parc locatif, Anne Hidalgo souhaite encadrer « les loyers en fonction de la performance énergétique du logement ».

Valérie Pécresse, quant à elle, veut « en finir avec les passoires énergétiques en doublant le nombre de logements rénovés ».

Emmanuel Macron annonce « 700.000 logements rénovés par an avec des solutions proposées à tous les Français, dont certaines sans aucune avance de frais ».

Fabien Roussel propose « la mise en place d'une obligation de rénovation énergétique performante, sociale et progressive des logements d'ici à 2040 et de rénovation globale des passoires thermiques d'ici à 2030, sans reste à charge pour les plus modestes ». Il souhaite « consacrer 10 milliards par an à la rénovation énergétique des logements et des bâtiments publics pour isoler et rénover 700 000 logements par an ». Son autre idée : « conditionner la construction de logements sociaux à des labels obligatoires de performance énergétique et environnementale élevée » et « apporter des aides d'État aux collectivités pour financer spécifiquement la rénovation énergétique de leurs bâtiments ».

Nicolas Dupont-Aignan évoque « un vaste plan d'équipement d'isolation thermique des bâtiments particuliers avec le doublement du dispositif MaPrimeRenov' », mais aussi « l'aide au financement des équipements moins consommateurs d'énergie ». Il compte « encourager l'usage de l'électricité (pompes à chaleur, par exemple) » et sur le plus long terme, celui « du bois-énergie-- sans ignorer que cette ressource est limitée --, celui du biogaz-- limité lui aussi, mais pour une production locale -- et celui du solaire thermique et de la géothermie ».

Sur la sobriété énergétique

En parallèle des mesures d'efficacité énergétique, une autre notion est aujourd'hui dans tous les esprits. Même si elle n'a généralement pas bonne presse. Celle de sobriété énergétique. Certains l'envisagent comme le premier levier à actionner dans le cadre de notre transition énergétique. L'association négaWatt, par exemple. Mais aussi un certain nombre de scientifiques.

La sobriété nous invite à consommer moins. À modifier nos habitudes et nos comportements en fonction de leurs impacts. Sur l'environnement et le climat, mais aussi sur la société en général. Ainsi les mesures qui consisteraient à réaugmenter les limites de vitesse à 90 km/h sur les routes départementales et nationales iraient-elles à l'encontre du principe même de sobriété. Mais la sobriété va au-delà de quelques écogestes. Pour être réellement efficace, elle suppose une réflexion profonde sur nos modes de vie et sur le fonctionnement de notre société.

Une idée qui, on pourrait le croire, plaira à Nathalie Arthaud. Pourtant, elle explique que « les communistes pensent que les problèmes de la société viennent du capitalisme » et non, finalement, « de la surconsommation et de ce que les écologistes appellent le "productivisme" ». Elle ajoute qu'il « ne s'agit pas de nier la nécessité de faire des économies d'énergie ». Mais que « c'est l'organisation sociale » qui est à blâmer pour nos excès. « Non les consommateurs de crevettes, les habitants de passoires thermiques ou les automobilistes. » Loin « du pessimisme affiché par les décroissants », Nathalie Arthaud fait « confiance à la recherche scientifique »« Les associations décroissantes organisent par exemple des manifestations contre le "gouffre à milliards" que représente le projet ITER qui pourrait d'ici 20 ans aboutir à des découvertes décisives en matière de fusion nucléaire. Son budget est au contraire ridiculement petit : 10 milliards d'euros sur 45 ans ! Ce n'est pas, en réalité, les dépenses occasionnées qui choquent les décroissants : c'est que l'on tente d'apporter une réponse scientifique à la crise énergétique », assure-t-elle.

Philippe Poutou évoque un « plan de sobriété énergétique » ainsi que l'« arrêt des productions inutiles (publicité, armement, etc.) ».

Anne Hidalgo appelle à la « sobriété numérique », un secteur qui « contribue plus que le transport aérien aux émissions de gaz à effet de serre et dont l'impact augmente rapidement ». Elle compte « développer des filières de réemploi et de reconditionnement d'équipements électroniques » et « imposer aux opérateurs de Data Center, une charte de réduction de leur empreinte carbone ». Le tout sans oublier de « prioriser le déploiement des technologies existantes dans les zones blanches ».

Jean-Luc Mélenchon veut « s'interroger sur le bien-fondé de nos consommations énergétiques » avec pour objectif -- en comptant aussi sur la sobriété alimentaire et industrielle -- de « diviser par trois notre consommation d'énergie primaire d'ici 2050 sans altérer la qualité de vie ».

Yannick Jadot fait, de son côté, clairement de la sobriété l'une de ces priorités. « Elle doit permettre de sortir des énergies fossiles tout en assurant de meilleurs services à l'ensemble de la population. » Il évoque, par exemple, la sobriété dans le domaine du numérique avec une volonté de « lutter contre l'obsolescence programmée ».

Sur la question de l’adaptation enfin

L'objectif fixé par l'Accord de Paris sur le climat est de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. Toutes les mesures proposées par les candidats à la prochaine élection présidentielle devraient aller dans ce sens. Mais le réchauffement est mondial. Notre capacité à le limiter dépend donc aussi des efforts mis en œuvre par les autres nations. Et, quels que soient les engagements pris, il semble aujourd'hui que certains de ses effets sont devenus inévitables. C'est pourquoi un récent rapport du Giec insistait sur les stratégies d'adaptation qui pourraient -- ou devraient -- être mises en œuvre. L'Organisation des Nations unies émettait dernièrement un avis similaire.

L'adaptation c'est la manière dont nous allons nous ajuster au climat -- présent ou attendu -- et à ses effets. Avec pour objectif d'éviter -- ou au moins de limiter -- les nuisances. Voire d'exploiter les quelques opportunités qui pourraient se présenter. Pourtant, peu de candidats à la prochaine élection présidentielle évoquent la nécessité d'adaptation.

Yannick Jadot est de ceux-là. Il annonce un plan d'investissement dont l'un des axes sera « l'adaptation de notre société à la hausse des températures à hauteur de 1,5 °C, dont les conséquences sur nos modes de vie seront déjà importantes ». Il compte aussi « renforcer les normes liées à la construction pour mieux intégrer l'adaptation au changement climatique et relocaliser certains quartiers en zone de vulnérabilité, mais également instaurer une taxe sur les billets d'avion qui contribuera à financer l'adaptation et la transition énergétique dans les pays du sud ».

Fabien Roussel évoque, lui aussi, « la nécessité de s'adapter » : « Le dérèglement climatique a, d'ores et déjà, de lourdes conséquences : inondations des terres, incendies de forêt, etc. Il y a donc urgence à aider les territoires à s'adapter afin de mieux faire face à ce type d'événements. »

Valérie Pécresse envisage une « aide pour les communes qui devront faire face à la montée des océans et à l'érosion de leurs côtes ».

Anne Hidalgo, quant à elle, appelle à une « politique de prévention qui commencera par des moyens humains et d'ingénierie dirigés vers les organismes publics impliqués dans l'adaptation au dérèglement climatique ». Pour elle, « l'investissement dans la recherche permettra de développer des solutions technologiques et écologiques pour faire face à la montée des eaux ».

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