Entraînement de Thomas Pesquet à bord du Crew Dragon de SpaceX. Le spationaute de l'ESA l'utilisera pour sa seconde mission à bord de la Station spatiale internationale. © ESA, Nasa
Sciences

Mission Alpha : quelles seront les expériences étonnantes de Thomas Pesquet à bord de l’ISS ?

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[EN VIDÉO] Thomas Pesquet se prépare pour le départ de la mission Alpha en 2021  En 2021, l'astronaute français Thomas Pesquet retournera sur la Station Spatiale Internationale à bord du vaisseau Crew Dragon de SpaceX, pour une mission de 6 mois baptisée « Alpha ». 

Pince acoustique, réalité virtuelle, étuis de transport consommables, neurosciences, vieillissement cérébral, mesure des radiations. Thomas Pesquet sera bien occupé ! Rémi Canton, chef de projet de la Mission Alpha et responsable du Cadmos au Cnes à Toulouse, nous en dit en peu plus sur les expériences étonnantes que l'astronaute français réalisera à bord de la Station spatiale internationale.

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À proprement parler, Thomas Pesquet ne choisit pas les expériences qu'il réalisera à bord de la Station spatiale internationale. Comme tous les astronautes qui s'y rendent, Thomas y va pour travailler. Typiquement, un astronaute en mission de six mois réalise en moyenne une centaine d'expériences pour le compte des partenaires de l'ISS, qu'ils soient américains, européens, canadiens, russes ou japonais. Dans le cadre de la mission Alpha, sur la centaine d'expériences et autres démonstrations que Thomas Pesquet réalisera pendant son séjour de 6 mois, le Cadmos devrait en fourni une douzaine.

Comme nous l'explique Rémi Canton, chef de projet de la Mission Alpha et responsable du Cadmos (Centre d'Aide au Développement des Activités en Micropesanteur et des Opérations Spatiales) au Cnes, à Toulouse, le « rôle du Cadmos est de monter des expériences dans l'ISS et peu importe qui les réalise. Notre client, c'est la science ». Thomas Pesquet est un des rouages. Dit autrement, « en temps normal, on ne fait pas un programme spécifique pour un astronaute en particulier, mais on profite de la présence de Thomas pour qu'il réalise tout un ensemble d'expériences et les démonstrations que nous avons en développement à l'occasion de sa mission ». En profitant de la notoriété de Thomas, « cela nous permet d'avoir plus de visibilité sur notre travail ».

On profite de la présence de Thomas pour qu’il réalise tout un ensemble d’expériences et les démonstrations que nous avons en développement à l’occasion de sa mission

Si sept expériences avaient été réalisées dans le cadre de Proxima, précédente mission de Thomas Pesquet à bord de l'ISS, le Cadmos va en fournir un peu plus. En effet, dans le cadre de la mission Alpha, le « temps équipage » obtenu et la masse totale d'équipement dont dispose le Cadmos permettent « de mettre en œuvre une douzaine d'expériences ». Comme sur Proxima, celles-ci sont réparties dans trois thématiques : scientifiques, technologiques et éducatives.

Bien que ces expériences n'aient pas été choisies par Thomas Pesquet, l'astronaute « ne les découvrira évidemment pas en orbite ». Au sol, des sessions d'entrainement sont prévues pour qu'il se familiarise à leur mise en œuvre, notamment pour l'expérience Pilote, « assez élaborée et pointue ». Il lui sera également nécessaire d'acquérir un certain coup de main pour « manier au mieux la pince acoustique et piéger les particules ».

L’écusson Alpha a été conçu par les artistes graphiques de l’ESA et représente un décollage de fusée. Le tour de l’écusson comprend 17 aplats de différentes couleurs symbolisant les 17 objectifs de développement durable fixés par les Nations unies. En haut de l’écusson, la Station spatiale internationale est stylisée dans les couleurs du drapeau français. Dix étoiles brillent en arrière-plan : elles évoquent à la fois la constellation du Centaure et les dix Français qui ont volé dans l’espace. © ESA

Recyclage, gestion des déchets et neurosciences

Avec Rémi Canton, découvrons en détail ces expériences, dont DreamsRenewable Foam et Pilote, qui ont été lancés ce week-end à destination de la Station spatiale internationale à bord d'un cargo de ravitaillement Cygnus de Northrop Grumman.

Dreams est un démonstrateur technologique visant à valider un « bandeau du sommeil » comme outil d'étude lors des missions de longue durée, et d'évaluation de l'impact du confinement et des conditions de micropesanteur.

L'expérience Renewable Foam consiste en un matériau de protection pour les étuis de transport visant à remplacer les traditionnelles mousses pétro-sourcées, encombrantes et inutiles une fois à bord de l'ISS. Pour démontrer les bénéfices de l'utilisation d'un matériau réutilisable (compost, alimentation d'une imprimante 3D...), cette « trousse » recyclable emportera le bandeau de l'expérience Dreams et le protégera lors de la phase ascensionnelle jusque dans la station (tenue aux vibrations notamment).

Le Cadmos développe des emballages pour augmenter la durée de vie des produits frais envoyés à bord de la Station

À bord de l'ISS, la gestion des déchets est compliquée. L'idée de cette expérience est de montrer l'exemple en étant un peu plus « vert » et en donnant à ce type de déchets une deuxième vie. Une autre version comestible est également prévue. En plus de ces étuis de transport, le Cadmos développe des emballages pour augmenter la durée de vie des produits frais envoyés à bord de la Station. L'idée est d'augmenter une date limite de consommation aujourd'hui de quinze jours à un mois.

Pilote est une expérience de neurosciences utilisant la réalité virtuelle couplée à un dispositif haptique à retour d'effort pour tester de nouvelles approches de télé-opération et techniques de pilotage robotique. L'idée de l'expérience est de ressentir des informations tactiles de façon à ce que, en les combinant avec des informations visuelles immersives, on puisse  mieux comprendre le fonctionnement du cerveau pour piloter un robot à distance.

Thomas Pesquet utilisera une étonnante pince acoustique qui n'a de pince que le nom. Télémaque est une expérience de lévitation acoustique qui a pour but de piéger des particules dans un champ acoustique (ultrason), de façon à les déplacer et à les immobiliser sans contact. C'est typiquement un outil dont les astronautes ont besoin. Même si, dans un environnement en micropesanteur, tout flotte, cet outil trouve un intérêt pour des expériences de sciences de la matière, par exemple si l'on souhaite analyser l'évaporation d'une goutte ou pour déplacer des échantillons biologiques sans les souiller.

Sport en apesanteur, mesures de radiation et… blob

Pour des questions de santé, chaque astronaute à bord de l'ISS est contraint à des séances de sport quotidiennes de plus ou moins deux heures. Afin d'agrémenter ces exercices physiques qui deviennent monotones au fil des jours, l'utilisation d'un casque de réalité virtuelle se justifie. Grâce à l'avancée technologique de la VR et au développement d'applications, l'astronaute peut être « transporté » dans un endroit familier sur Terre plutôt que de devoir fixer le même intérieur de l'ISS. Le but de l'expérience est qu'il se sente bien psychologiquement avec à la clé une meilleure motivation et une meilleure efficacité dans son travail. Cette expérience doit aussi valider quelques technologies qui pourraient être utilisées lors des voyages habités à destination de Mars.

Sans surprise, à bord de la Station, la mesure des radiations est un réel sujet d'inquiétude. Si, dans l'ISS les astronautes sont protégés des radiations, les futures missions habitées à destination de la Lune et de Mars quitteront l'environnement protecteur des ceintures de Van Hallen. Pour protéger la santé des astronautes, les mesures des niveaux d'expositions aux radiations des astronautes et de la dose de rayonnements qu'absorbe un astronaute devront être précises, tout comme la mise au point de système d'alerte.

Cet organisme, qui s’apparente à une moisissure, est capable de survivre des décennies sous une forme desséchée et de « revenir » à la vie dès qu'il est réhydraté

Pour cela, le Cadmos a développé un dosimètre à fibre optique. Ce dosimètre, véritable rupture technologique, doit permettre des mesures d'une précision jamais atteinte mais surtout de détecter des neutrons et pas seulement des protons comme c'est le cas aujourd'hui. Idéalement, le Cadmos souhaiterait que cette expérience fonctionne pendant cinq ans. Dans un premier temps, ce dosimètre sera seulement utilisé à l'intérieur du complexe orbital. Dans un second temps, il pourrait être adapté pour fonctionner à l'extérieur de l'ISS de façon à comparer les mesures prises à l'intérieur et à l'extérieur.

Enfin, plusieurs expériences pédagogiques sont également prévues dont des expériences étudiantes issues du concours « Génération ISS », organisées en partenariat avec le Mesri (ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation) et une expérience éducative à destination des plus jeunes, visant à étudier le comportement du blob, un organisme monocellulaire étonnant, capable de se déplacer et doté d'une certaine forme d'intelligence. Cette expérience du Cadmos a pour but d'intéresser les jeunes aux sciences et à mieux comprendre le comportant en micropesanteur de cet organisme qui s'apparente à une moisissure et qui peut survivre des décennies sous une forme desséchée, puis « revenir » à la vie dès qu'il est réhydraté.

Pour en savoir plus

Quelle sera la nouvelle mission de Thomas Pesquet dans l'espace ?

Article de Rémy Decourt publié le 03/02/2021

Thomas Pesquet a annoncé qu'il retournera dans l'espace le 20 avril. Il rejoindra la Station spatiale internationale à bord du Crew Dragon de SpaceX pour une mission d'une durée de plus ou moins six mois. Dans le cadre de sa mission Alpha, il réalisera plusieurs dizaines d'expériences dont douze pour le compte du Cnes et du Cadmos.

Après avoir volé une première fois à bord de la Station spatiale internationale lors de sa mission Proxima, pendant près de 200 jours, du 20 novembre 2016 au 2 juin 2017, l'astronaute français de l'Agence spatiale européenne se prépare activement à y retourner. Une mission d'autant plus importante que, si elle se déroule bien, Thomas Pesquet sera un des trois astronautes européens à voler à bord du Gateway. C'est du moins notre avis.

Lors de sa mission Alpha, Thomas Pesquet réalisera plusieurs dizaines d'expériences dont douze pour le compte du Cnes et du Cadmos. Ce Centre d'aide au développement des activités en micropesanteur et des opérations spatiales est une des structures opérationnelles du Cnes au Centre spatial de Toulouse (CST). Il avait développé et suivi les sept expériences réalisées par le Cnes lors de la première mission de Thomas Pesquet, dont Matiss qui avait pour but de tester différents matériaux capables d'empêcher des bactéries de se poser dessus.

Pour la mission Alpha, Thomas Pesquet travaillera d'ailleurs sur certaines des expériences héritées de Proxima (Fluidics, Echo, EveryWear, Perspectives...) et de nouvelles que le Cnes vient de présenter.

Des expériences très variées et utiles à de nombreuses applications

Comme le souligne le communiqué du Cnes, certaines de ces expériences « contribueront à des avancées scientifiques dans le domaine des sciences de la matière, avec notamment le développement d'une "pince" acoustique pour piéger à distance des particules, ou des sciences de la vie (projet d'étude du vieillissement cérébral) » tandis que d'autres doivent permettre de « préparer et valider les technologies de demain en vue de l'exploration, dans les domaines de la nutrition ou de la mesure des radiations (dosimètre à fibre optique) ».

Plusieurs expériences pédagogiques sont également prévues dont des expériences étudiantes issues du concours « Génération ISS », organisé en partenariat avec le Mesri (ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation) et une expérience éducative à destination des plus jeunes, visant à étudier le comportement d'un organisme monocellulaire étonnant, « le Blob, capable de se déplacer et doté d'une certaine intelligence ».

Certaines de ces expériences rejoindront la Station spatiale dès ce mois-ci à bord du cargo de ravitaillement Cygnus, dont le lancement est prévu le 20 février.


En vidéo : Thomas Pesquet parle de la mission Alpha et de son futur voyage à bord de Crew Dragon

Article de Emma Hollen publié le 01/08/2020

En 2021, l'astronaute français Thomas Pesquet retournera sur la Station Spatiale Internationale à bord du vaisseau Crew Dragon de SpaceX, pour une mission de six mois baptisée « Alpha ».

Le spationaute de l'ESA Thomas Pesquet vient d'être assigné au second vol habité du vaisseau Crew Dragon de SpaceX, qui décollera vers la Station spatiale internationale en 2021. Il sera le premier Européen à voler à bord de l'appareil. « J'ai déjà volé dans le Soyouz auparavant, un vaisseau très fiable. Mais il s'agit là d'un nouveau véhicule complètement différent, explique-t-ilC'est une approche complètement différente du vol dans l'espace ». Le design futuriste de la capsule et les grands écrans plats qui en agrémentent les parois donnent l'impression de se trouver au cœur d'un film de science-fiction.

Mission Alpha

La seconde mission spatiale de Pesquet, d'environ six mois, porte le nom d'Alpha. Une appellation aux significations multiples, faisant à la fois écho à Alpha du Centaure (le nom de sa première mission était une référence à Proxima du Centaure, l'étoile la plus proche du Système solaire), à la lettre grecque utilisée dans de nombreux domaines scientifiques, ou encore au nom de l'ISS alors que celle-ci était encore à la genèse de son développement. À bord de la Station spatiale, Pesquet poursuivra entre autres ses recherches sur les cellules souches et le vieillissement.


Mission Alpha : Thomas Pesquet sera le premier Européen à monter à bord de Crew Dragon

Article de Rémy Decourt, publié le 29 juillet 2020

La prochaine mission de Thomas Pesquet à bord de la Station spatiale internationale sera bien avancée de quelques mois, a confirmé l'Agence spatiale européenne. L'astronaute européen, de nationalité française, a officiellement été affecté au second vol opérationnel du véhicule spatial Crew Dragon de SpaceX (USCV-2) qui devrait décoller en mars 2021, depuis Cap Canaveral en Floride. La mission, d'une durée de six mois, a été baptisée Alpha.

On s'y attendait. L'Agence spatiale européenne a annoncé que la seconde mission de Thomas Pesquet, à bord de la Station spatiale internationale, serait avancée de plusieurs mois. Elle débutera au printemps 2021. Mais, contrairement à sa première mission où il avait voyagé à bord d'une capsule russe Soyouz, il effectuera cette fois-ci son aller-retour à destination du complexe orbital à bord d'une capsule Crew Dragon de SpaceX.

Premier astronaute européen à voyager à bord d’un véhicule Crew Dragon

La Nasa a également confirmé que l'astronaute français serait affecté au second vol opérationnel du véhicule spatial Crew Dragon de SpaceX (USCV-2), qui devrait décoller depuis Cap Canaveral en Floride. Thomas voyagera en tant que spécialiste de mission aux côtés des astronautes de la Nasa Shane Kimbrough et Megan McArthur, respectivement commandant de bord et pilote du véhicule spatial, et de l'astronaute de la Jaxa (l'agence spatiale japonaise) Akihiko Hoshide.

Seule incertitude, la date de lancement. La Nasa et l'ESA sont restés vagues en annonçant que le vol aurait lieu au printemps 2021. Nous pensons qu'il aura lieu plutôt au début du printemps qu'à la fin. Cette incertitude s'explique par plusieurs facteurs qui sont susceptibles d'influer sur cette date de lancement dont la disponibilité des véhicules, le planning de rotation des équipages, les pannes ou ennuis techniques qui pourraient survenir à bord de la Station et la date de la mise en service du Starliner de Boeing. Comme pour USCV-1, dont la date de lancement a été fixée au 20 septembre (entre le 15 et le 30 septembre), dans l'équipage affecté, aucun astronaute russe y figure en raison de leur méfiance envers les capsules américaines privées.

La seconde mission de Thomas Pesquet à bord de la Station spatiale internationale « portera le nom "Alpha", d'après Alpha Centauri, le système stellaire le plus proche de la Terre, perpétuant ainsi la tradition française qui consiste à baptiser les missions spatiales du nom d'une étoile ou d'une constellation », indique le communiqué de l’ESA. Un nom et logo plutôt surprenant !

Nous reviendrons plus en détail sur la mission Alpha, quand toutes les expériences seront connues. Pendant sa mission Proxima, Thomas Pesquet a pris part à plus de soixante expériences européennes sur plus de 200 expériences au total, et établi un record pour le grand nombre d'heures consacrées à la science en une semaine. Parions que lors de la mission Alpha, il fera mieux !

L’écusson Alpha a été conçu par les artistes graphiques de l’ESA et comprend un décollage de fusée. Le tour de l’écusson comprend 17 aplats de différentes couleurs représentant les 17 objectifs de développement durable fixés par les Nations unies. En haut de l’écusson, la Station spatiale internationale est stylisée dans les couleurs du drapeau français. Dix étoiles brillent en arrière-plan : elles évoquent à la fois la constellation du Centaure et les dix Français qui ont volé dans l’espace. © ESA

L’écusson Alpha a été conçu par les artistes graphiques de l’ESA et comprend un décollage de fusée. Le tour de l’écusson comprend 17 aplats de différentes couleurs représentant les 17 objectifs de développement durable fixés par les Nations unies. En haut de l’écusson, la Station spatiale internationale est stylisée dans les couleurs du drapeau français. Dix étoiles brillent en arrière-plan : elles évoquent à la fois la constellation du Centaure et les dix Français qui ont volé dans l’espace. © ESA


Comment se passe l'entraînement de Thomas Pesquet pour sa prochaine mission ?

Article de Rémy Decourt publié le 20/07/2020

Alors que la date de la seconde mission de Thomas Pesquet à bord de la Station spatiale internationale n'a toujours pas été officiellement annoncée, Lionel Ferra, instructeur d'astronautes à l'Agence spatiale européenne, nous explique comment l'astronaute européen s'entraîne dans ce contexte inédit de crise sanitaire et comment il se prépare à voler à bord du Crew Dragon de SpaceX et du Starliner de Boeing.

Fin janvier, l'Agence spatiale européenne annonçait que Thomas Pesquet réaliserait une seconde mission de longue durée à bord de la Station spatiale internationale. Depuis cette date, l'astronaute européen, de nationalité française, a débuté son entraînement au côté d'une équipe d'entraîneurs et d'instructeurs du Corps européen des astronautes, dont Lionel Ferra qui a bien voulu répondre à nos questions. Instructeur robotique, Lionel Ferra est spécialisé dans l'utilisation du bras robotique Canadarm2 et responsable de l'entraînement des astronautes européens à son maniement.

Comme chaque astronaute européen, Thomas a suivi une formation de base de 18 mois qui lui a permis « d'acquérir les compétences interdisciplinaires essentielles aux vols spatiaux habités, avant d'être assigné à une mission ». En prévision de sa future mission, il suit un entraînement de « maintien de ses compétences ». Sa formation est « adaptée aux besoins de sa mission, dont le programme n'est pas complètement figé aujourd'hui ». La décision de retour en vol de Thomas Pesquet a été prise tard, de sorte que le Cnes et l'ESA n'ont pas encore validé le processus d'entraînement pour chacune des expériences qui seront réalisées. Cet exercice « scientifique », c'est-à-dire lié aux « expériences qui seront réalisées dans le cadre de sa mission n'a que partiellement débuté ». Certaines expériences se feront même que quelques semaines avant le départ de l'astronaute, notamment celles nécessitant des données médicales sur sa santé.

Thomas se familiarise avec l’opération du Canadarm2 avec Lionel Ferra, entraîneur d’astronautes de l’ESA, à l’EAC, avant l'application des mesures sanitaires liées à l'épidémie de Covid-19. © SA-D.Ham

L'entraînement doit tenir compte de la Covid-19

Cet entraînement doit tenir compte de la crise sanitaire dans laquelle le monde est plongé. Une situation qui contraint tout un chacun à « respecter les gestes barrières, la distanciation physique et le port du masque ». La préparation a donc été adaptée en conséquence avec un « nombre accru de sessions à distance », de façon à limiter les « entraînements physiques sur site aux seuls strictement nécessaires ». Il faut savoir qu'une « bonne partie des formations dispensées aux astronautes se déroulent en individuel en temps normal », ce qui en soit limite le risque d'exposition au virus. Concernant les exercices qui doivent se faire en groupe, des mesures « ont été prises pour qu'ils puissent se dérouler dans les conditions les plus sûres possible ».

Lors de cette prochaine mission, Thomas Pesquet deviendra le « premier astronaute européen à voyager à bord d'un véhicule américain » : soit la capsule Crew Dragon de SpaceX, soit la Starliner de Boeing. Il s'envolera depuis Cap Canaveral en Floride et non pas du cosmodrome de Baïkonour au Kazakstan, comme en 2016. La date exacte de sa mission « n'a pas encore été déterminée » mais les négociations avec la Nasa portent sur « le deuxième ou le troisième vol commercial USCV ». Son entraînement est donc « organisé de façon à ce que Thomas soit prêt au plus tôt ». Si l'on se fie au calendrier de la Nasa, USCV-2 est prévu au premier trimestre 2021, en février, et USCV-3 au troisième trimestre 2021, vers la fin de l'été. Il y a quelques jours, nous avons annoncé que Thomas Pesquet commencerait sa mission en février 2021. Une information que l'intéressé et l'Agence spatiale européenne n'ont pas confirmée, ce qui laisse à penser qu'elle est fausse ou prématurée ! Cela dit, la décision de faire voler le Français à bord d'USCV 2 ou 3, si elle a déjà été prise, ne sera pas annoncée avant le retour sur Terre du Crew Dragon actuellement amarré à l'ISS (Demo-2), qui qualifiera définitivement le système de transport de SpaceX, voire après USCV-1.

Quant à USCV-1, il pourrait avoir lieu cet automne, avec quatre astronautes et pour une durée de six mois. Cet équipage - constitué des Américains Michael Hopkins, Victor Glover et Shannon Walker, ainsi que du Japonais Soichi Noguchi - volera à bord d'une capsule Crew Dragon.

Le Crew Dragon de SpaceX amarré à la Station spatiale internationale à côté du cargo HTV japonais (1er juillet 2020). © Nasa

Le planning de rotation des équipages, comme le choix des véhicules, dépend de nombreux facteurs dont celui de la disponibilité des véhicules. Aujourd'hui, seule la capsule Crew Dragon est (quasi) qualifiée pour transporter des astronautes. Après le succès partiel du premier vol d’essai du Starliner, Boeing doit réaliser d'ici la fin de l'année un nouvel essai à vide de son véhicule. Si la Nasa certifie le véhicule à l'issue de ce vol, le Starliner pourrait transporter son premier équipage commercial dès USCV-3, voire USCV-2 ! Une situation qui peut surprendre mais s'explique par une stratégie de certification très différente de celle de SpaceX. En effet, le Starliner testé en fin d'année sera un véhicule opérationnel avec toute son avionique et son système de support vie, ce qui n'était pas le cas lors du premier vol à vide de la capsule Crew Dragon. Le Starliner pourrait revoler seulement un mois après son vol d'essai !

À nouveaux véhicules, nouveaux entraînements

D'ici quelques semaines, Thomas Pesquet devrait débuter son entraînement en Californie, pour Space X, et/ou à Houston, pour Boeing. Contrairement à la préparation nécessaire pour voler à bord des capsules Soyouz, la «  qualification pour voler à bord des véhicules américains sera moins longue et moins difficile à obtenir ». Une semaine tout au plus pour l'entraînement basique et quelques jours de plus pour obtenir le grade de pilote, voire celui de commandant de bord.

Du fait de sa conception qui remonte à l'ère du début des vols habités, la capsule Soyouz nécessitait « la maîtrise parfaite du russe et des dizaines d'heures d'entraînement pour se familiariser avec son cockpit », d'une très grande fiabilité, mais dont l'ergonomie n'était pas le maître mot. À l'opposé, le niveau d'automatisation du Crew Dragon est si poussé « qu'il décharge l'équipage de très nombreuses tâches manuelles que les astronautes avaient l'habitude de réaliser à bord des capsules Soyouz ! » Quant au Starliner, Boeing a fait le choix d'une « interface avec des commandes plus classiques qui devrait plaire aux astronautes ».

Contrairement au voyage à bord des capsules russes Soyouz, où seuls les cosmonautes russes pilotent le Soyouz, la règle sera peut-être moins stricte avec les véhicules spatiaux américains. Des astronautes étrangers pourraient ainsi être pilote ou commandant de bord. D'ailleurs, la « France et l'ESA font pression pour que Thomas ne soit pas un simple passager mais qu'il soit le pilote, voire le commandant de bord du véhicule qui le transportera ! »


Thomas Pesquet retournera à bord de l'ISS en février 2021

Article de Rémy Decourt publié le 09/07/2020

Le départ de Thomas Pesquet pour sa deuxième mission à bord de la Station spatiale internationale a été avancé de six mois. L'astronaute européen s'envolera en février 2021 pour un séjour de longue durée. Ce changement de date s'explique par la méfiance des Russes envers les capsules américaines qui doivent également transporter les cosmonautes Russes à bord de l'ISS.

Thomas Pesquet, dixième spationaute de nationalité française à être allé dans l'espace, se prépare pour sa deuxième mission à bord de la Station spatiale internationale. Il devrait y rester au moins six mois. Ce vol de longue durée sera le deuxième pour l'astronaute français qui avait déjà effectué un long séjour à bord du complexe orbital, de novembre 2016 à juin 2017, lors de Proxima, sa première mission spatiale.

Initialement, cette deuxième mission était prévue pour débuter à l'été 2021. Mais, Roscosmos, l'Agence spatiale russe, a refusé que ses cosmonautes montent à bord des premiers vols des capsules américaines pour rejoindre l'ISS ! Le désistement des cosmonautes russes a donc libéré de la place sur les premiers vols USCV (US Crew Vehicle) à destination de la Station spatiale. Alors que Thomas Pesquet devait embarquer à bord d'USCV-3 à l'été 2021, l'astronaute européen a profité de la situation pour partir plus tôt sur USCV-2 dont le lancement est actuellement prévu en février 2021.

Thomas Pesquet lors d'une sortie dans l'espace dans le cadre de sa mission Proxima (janvier 2017). © Nasa, ESA

Une décision stratégique pour viser la Lune

Cet empressement à embarquer plus tôt n'est pas aussi anodin qu'il y paraît. En effet, il prive l'astronaute européen d'un « privilège », dont nous évoquerons le sujet ultérieurement, mais il augmente ses chances de participer à la première mission habitée à destination du Gateway, la future station internationale à proximité de la Lune !

Si, officiellement aucune décision n'a été prise à ce sujet, cette première mission serait alors composée de trois astronautes de la Nasa et d'un Européen. Elle aurait pour tâche de mettre en service le module Ihab que doit fournir l'ESA au titre de sa participation au Gateway. Cela fut le cas par exemple quand le module Columbus a été arrimé à l'ISS : un astronaute de l'ESA faisait partie de l'équipage de la Navette pour l'y installer.

Lors de sa première mission à bord du complexe orbital en 2016, Thomas Pesquet avait décollé du Kazakstan à bord d'une capsule russe Soyouz. Pour sa deuxième mission, il décollera depuis le Centre spatial Kennedy de la Nasa à bord d'un véhicule américain -- soit le Crew Dragon de SpaceX, soit le Starliner de Boeing -- qui n'a pas encore été choisi. Dans le planning des lancements de la Nasa, susceptible de modifications à tout moment, les deux premiers vols USCV seront réalisés par SpaceX tandis qu'USCV-3 le sera par Boeing.


Thomas Pesquet sera le premier Européen à prendre place à bord de Crew Dragon

Article de Futura avec l'AFP Relaxnews publié le 27/05/2020

Comme tous les passionnés, l'astronaute Thomas Pesquet aura les yeux rivés au ciel, ce soir, et « croise les doigts » pour que le lancement du Crew Dragon par SpaceX se déroule bien. Il sera le prochain astronaute européen à voler vers la Station spatiale internationale (ISS) à bord du nouveau véhicule américain, le premier réalisé par une entreprise privée.

L'astronaute français Thomas Pesquet « croise les doigts » pour que le premier lancement d'astronautes américains par SpaceX se passe bien ce mercredi 27 mai, car il sera le premier Européen à voler à bord d'un véhicule américain pour atteindre la Station spatiale internationale (ISS) en 2021, a-t-il confié à l'AFP depuis le centre de la Nasa où il s'entraîne.

L'astronaute Thomas Pesquet sera le prochain astronaute européen à retourner dans l'espace. Ici, lors d'une conférence de presse à Tokyo, le 19 septembre 2018. © Martin Bureau, AFP, Archives

SpaceX va lancer deux Américains à bord de sa nouvelle capsule Crew Dragon. Qu'attendez-vous de ce vol en tant qu'astronaute de l'Agence spatiale européenne (ESA), qui doit vous envoyer pour une deuxième mission l'an prochain ?

Thomas Pesquet : Je croise les doigts pour que ça se passe bien ce soir. Pour nous, Européens, l'enjeu est assez énorme car, traditionnellement, on accédait à l'espace avec les fusées russes Soyouz. On va passer aux nouveaux véhicules américains, donc si le vol de SpaceX marche, tant mieux pour moi qui suis a priori le prochain en lice, côté européen, à aller dans l'espace, quelque part au milieu de l'année 2021 ; il n'y a pas de remise en cause de l'agenda.

Je suis content de retourner dans l'espace de manière différente. Ce sera soit sur une capsule Crew Dragon de SpaceX, soit sur le Starliner, son équivalent chez Boeing ; c'est du 50/50 pour l'instant.

Après l'échec de l'essai de Starliner en décembre, avez-vous davantage confiance dans SpaceX ?

Thomas Pesquet : J'ai confiance dans les deux. SpaceX aussi a connu des échecs lors de tests et c'est plutôt bien d'ailleurs que les essais ne soient pas parfaits, sinon on risque de baisser la garde.

Ma première semaine d'entraînement sur le véhicule de SpaceX doit démarrer en juin -- pour Boeing, je n'ai pas encore de visibilité. Même si on a du mal à avoir accès à l'information, j'ai déjà pu comparer les deux en assistant à des ateliers sur la conception des vaisseaux : avec ses écrans tactiles à 100 %, Crew Dragon n'offre pas la même ergonomie.

La capsule Crew Dragon au sommet de la fusée Falcon 9 de SpaceX, le 24 mai 2020 au centre spatial Kennedy. © SpaceX, AFP

Chez Boeing, c'est une interface à laquelle on est plus habitué, avec des commandes manuelles... Ça ressemble à un cockpit d'avion et c'est sûr que tous les pilotes du monde auront plus confiance si vous leur donnez un joystick que si vous leur donnez un iPad !

Mais il est certain que SpaceX représente un saut technologique intéressant, une image très moderne, que tout le monde connaît. Ils ont cherché à casser les codes, allant jusqu'à écrire noir sur blanc qu'il fallait soigner l'esthétique de leurs scaphandres. C'est la première fois que je vois ça !

Comment se passe votre entraînement au centre de la Nasa à Houston (Texas), dans ce contexte de pandémie de Covid-19 ?

Thomas Pesquet : À mon arrivée, le 9 mai, j'ai été mis en quatorzaine mais j'avais déjà commencé l'entraînement à distance. Maintenant, on s'entraîne avec précaution : masque chirurgical, marquages au sol, distanciation... On ne veut pas prendre le risque d'infecter les équipages.

D'habitude, à la Nasa, il y a beaucoup de monde, mais là, on est la plupart du temps seul avec l'instructeur. Ça fait drôle mais globalement ça se passe bien et au final, je trouve que le système est assez résilient. Qu'on arrive à lancer des gens à l'heure, c'est impressionnant.

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