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Planète

Le blob, étonnante créature terrestre, s'expose à Paris

ActualitéClassé sous :biologie végétale , Physarum polycephalum , mystère de la nature

Je ne suis qu'une cellule, pas de cerveau, pas de neurone, mais je résous des problèmes, je peux me déplacer d'un centimètre par heure, voire 4 si j'ai très faim et je peux quasiment mourir mais revivre en étant placé au micro-onde. Qui suis-je ? Le blob, un organisme vivant non identifié... La nouvelle star à voir au parc zoologique de Paris, le premier zoo au monde à m'exposer.

Vous l'avez sans doute croisé en forêt, ou dans votre cave, sans savoir qui il était : le blob, curiosité biologique composée d'une unique cellule mais capable de comportements complexes, débarque au parc zoologique de Paris qui est le premier à accueillir cette espèce non animale, et c'est une première mondiale ! La nouvelle star du zoo au Bois de Vincennes a pris ses quartiers dans le vivarium, où le public pourra faire sa connaissance à partir du samedi 19 octobre. « Notre mission, c'est aussi de montrer les mystères de la nature », s'est félicité Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelle et du parc zoologique, lors de la présentation à la presse.

On ne sait pas bien où le mettre dans l'arbre du vivant

Installé dans sa « blob zone », à l'abri de la lumière, le Physarum polycephalum (son nom scientifique) ressemble à une masse spongieuse, jaune et visqueuse. Ni animal, ni plante, ni champignon, c'est un organisme primitif, apparu il y a 500 millions d'années, avant le règne animal. « On ne sait pas bien où le mettre dans l'arbre du vivant », explique Bruno David.

Un blob, une créature qui ressemble à un champignon mais qui se déplace d'1 cm par heure, nouvelle star du Parc zoologique de Paris, au bois de Vincennes. © Stéphane de Sakutin, AFP

Ni animal, ni plante, ni champignon ou les trois à la fois

Il fut longtemps considéré comme un champignon, avant d'être évincé de ce règne pour rejoindre, dans les années 1990, les myxomycètes, sous-classe des amibozoaires (dont les amibes). Comme il n'a qu'une cellule, il est microscopique au démarrage de son cycle, et donc difficile à repérer dans son milieu, comme les forêts tempérées, à l'ombre, ou certaines caves. Mais il possède plusieurs noyaux qui peuvent se multiplier ou se diviser, à volonté. « On peut créer des blobs de toutes les tailles, il n'y a pas de limite connue », explique à l'AFP Audrey Dussutour, éthologue au CNRS et spécialiste du blob.

La créature peut atteindre jusqu'à 10 mètres en laboratoire, où l'on peut aussi la subdiviser en la découpant -- il existe même des « moules à blob » -- car les fragments cicatrisent. Dans les chambres de culture du zoo, les jardiniers créent ainsi chaque jour de nouveaux spécimens, à partir du même échantillon, pour en avoir un maximum à présenter au public.

Le blob s'étale et croît en surface. Après avoir grignoté sa nourriture, il peut remplir tout l'espace en une nuit. Ici, des boîtes de pétri contenant des cultures de blob, le 16 octobre 2019 au Parc zoologique de Paris. © Stéphane de Sakutin, AFP

Fascinante créature quasiment immortelle

Marlène Itan, « blobicultrice » depuis peu, vient tous les jours arroser et nourrir les sclérotes (sortes de bébés) qui poussent dans son élevage. « Ça change de nos habitudes. On ne sait jamais à quoi s'attendre en arrivant ! » se réjouit-elle. Car le blob ne cesse de surprendre. Il peut mourir de plusieurs façons, mais peut aussi entrer en dormance, en se desséchant. « Dans cet état, il est quasiment immortel... On peut même le mettre au micro-ondes quelques minutes ! », selon Audrey Dussutour. Car, une fois ré-humidifié, il peut repartir, en redémarrant son cycle à zéro, ajoute la chercheuse, qui possède en laboratoire des spécimens âgés de plus de 70 ans.

Autre curiosité : grâce au courant circulant son réseau veineux, le blob bouge, à raison de 1 à 4 centimètres par heure. L'observer à travers une vitre n'étant pas très spectaculaire, le zoo a conçu une muséographie interactive pour le mettre en scène, notamment via des vidéos en accéléré. Son système vasculaire complexe passionne les physiciens. Certains tentent même de s'en inspirer pour l'appliquer à des réseaux électriques.

Audrey Dussutour dans son laboratoire à Toulouse le 31 mai 2019. © Éric Cabanis, AFP, Archives

Le blob a précédé le règne animal

Malgré son absence de système nerveux, il est capable de mémoriser. Le zoo retrace ainsi une expérience montrant un blob apprendre, petit à petit, à ignorer du sel (qui, a priori, le repousse) déposé sur la trajectoire le menant à sa pitance.

Avec ses 720 sexes différents, le blob a une reproduction sexuée semblable à celle du champignon. « Il était là avant, donc ce sont davantage les champignons et les animaux qui s'en sont inspirés que l'inverse », conclut Audrey Dussutour. C'est cette scientifique qui a trouvé son surnom, en hommage au film The blob, avec Steeve McQueen (1958), où une masse gluante extra-terrestre grossit à mesure qu'elle dévore tout sur son passage. Le Physarum polycephalum, quant à lui, est inoffensif.

Ni animal, ni plante, ni champignon, ou les trois à la fois, le blob est un organisme primitif, apparu il y a 500 millions d'années. © Le Monde

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