Les données qu’ils ont recueilli dans l’Arctique pendant plus d’un an laissent penser aux chercheurs que la région pourrait déjà avoir franchi son point de basculement. © st_iv, Adobe Stock
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Réchauffement climatique : l'Arctique a peut-être déjà basculé

ActualitéClassé sous :Réchauffement climatique , calotte glaciaire du Groenland , Fonte des glaces

[EN VIDÉO] L’Arctique n’est plus le même  La transformation de l’Arctique en une région plus chaude, moins gelée et biologiquement différente est aujourd’hui incontestablement en marche. Sous l’effet du réchauffement climatique, les températures augmentent, faisant fondre les glaces et verdir la toundra, déclenchant dans la région, de gigantesques feux de forêt et modifiant en profondeur l’environnement des populations animales qui vivent en Arctique. Et des conséquences sont désormais à attendre pour l’ensemble de la planète. © NOAA 

Ils ont passé plus d'un an dans l'Arctique. Aujourd'hui, les chercheurs de l'expédition Mosaic nous mettent en garde : sous l'effet du réchauffement climatique, la région a peut-être déjà franchi le point de basculement qui rendra irréversible la fonte de la calotte polaire.

L'expédition Mosaic à bord du Polarstern a duré plus d'un an. Elle a impliqué 300 chercheurs issus de 20 pays. Et elle a recueilli 150 téraoctets de données et plus de 1.000 échantillons de glace. C'est tout simplement la plus grande mission scientifique menée du côté du pôle Nord.

Il y a quelques jours, Markus Rex, celui qui a dirigé l'expédition, a dévoilé quelques premiers résultats plutôt inquiétants. Au printemps 2020, la banquise arctique s'est retirée plus rapidement que jamais et au cours de l'été, l'étendue de la glace de mer était deux fois moins importante que lors des décennies passées. Son épaisseur a diminué de moitié ces 130 dernières années.

Une situation grave

C'est la première fois qu'autant de données ont été récoltées sur la situation climatique de l'Arctique. Et les conclusions des chercheurs montrent clairement la gravité de cette situation tout autant que la nécessité d'agir en urgence.

Selon Markus Rex, « la disparition de la banquise estivale dans l'Arctique est l'une des premières mines dans le champ du réchauffement climatique, l'un des points de basculement que nous déclenchons en premier lorsque nous poussons le réchauffement trop loin. Et nous pouvons aujourd'hui nous demander si nous n'avons pas déjà marché sur cette mine et ainsi déclenché le début de l'explosion. Seule l'évaluation au cours des prochaines années nous permettra de déterminer si nous pouvons encore sauver la banquise grâce à une protection climatique énergique ou si nous avons déjà dépassé cet important point de basculement du système climatique. »

Pour en savoir plus

Une partie du Groenland proche du point de non-retour

La calotte glaciaire du Groenland est une composante instable du système Terre. Elle est susceptible de s'effondrer rapidement sous l'effet du réchauffement climatique anthropique. Avec des conséquences importantes sur l'ensemble de la planète. Il y a quelques mois, des données avaient été mal interprétées, laissant penser que le point de basculement avait déjà été dépassé. Mais aujourd'hui, des chercheurs pensent avoir la preuve qu'une partie de cette région est très proche de son point de non-retour.

Article de Nathalie Mayer paru le 21/05/2021

Des scientifiques ont détecté de nouveaux signaux indiquant que la partie centre ouest de la calotte glaciaire du Groenland pourrait subir une transition critique relativement bientôt. La déstabilisation de la calotte glaciaire a commencé. Un basculement de la calotte glaciaire augmenterait considérablement l’élévation du niveau mondial de la mer à long terme. © the_lightwritter, Adobe Stock

Le glacier Jakobshavn, c'est le glacier le plus rapide du Groenland. Quelque part dans le centre ouest de la calotte. Et des chercheurs de l’Institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam (Allemagne) et de l’université arctique de Norvège affirment aujourd'hui y avoir trouvé la preuve que cette partie du Groenland est extrêmement proche de son point de non-retour. Cela signifie que la fonte de la calotte devrait s'accélérer progressivement et de manière inévitable, même si le réchauffement climatique était stoppé.

Les chercheurs ont analysé 140 ans de données de fonte et de hauteur des glaces. Des données qu'ils ont injectées dans des modèles pour produire des simulations. « Nous assistons peut-être au début d'une déstabilisation à grande échelle. Les signaux que nous observons restent régionaux. Mais c'est peut-être dû à la rareté des données dont nous disposons », expliquent les chercheurs.

La calotte du Groenland se maintient parce que la neige remplace la glace qui fond (image 1). Mais aux basses altitudes, la neige persiste moins et la glace fond plus (image 2). Les chercheurs montrent aujourd’hui que le centre ouest du Groenland approche dangereusement du point de non-retour en dessous duquel la fonte de la glace va irrémédiablement s’accélérer (image 3). Selon eux, la fonte de l’équivalent d’une élévation du niveau de la mer de un à deux mètres est d’ores et déjà inévitable. Même si cela devrait prendre un millénaire. © TiPES, HP

Des conséquences pour l’ensemble de la planète

Ce que ces travaux mettent en lumière, c'est un mécanisme non linéaire de rétroaction positive. Pour comprendre, rappelons que pour se maintenir, la calotte glaciaire doit compenser ses pertes de glace par la fonte et le vêlage des glaciers par des chutes de neige. Or, la fonte est plus importante aux basses altitudes. À mesure que la surface de la calotte d'abaisse - en raison de la fonte des glaces -, elle est exposée à des températures moyennes plus élevées. Ce qui entraîne une fonte plus importante. Faisant encore baisser la calotte. Et accélérer la perte de glace. Au-delà d'un seuil critique, du fameux point de non-retour, un climat beaucoup plus froid serait nécessaire pour que la calotte retrouve sa taille.

Les chercheurs espèrent que la configuration des précipitations évoluera favorablement en raison de la hauteur changeante de la calotte. Mais si la calotte glaciaire du Groenland devait transiter vers une fonte accélérée - pour un réchauffement climatique entre 0,8 et 3,2 °C au-dessous des valeurs préindustrielles -, les conséquences pour notre Planète seraient importantes. Cette masse de glace contient en effet la masse équivalente à l'élévation du niveau mondial de la mer de sept mètres. Une perte de la calotte glaciaire du Groenland devrait également ajouter au réchauffement climatique en raison de la diminution de l'albédo. Elle perturberait les principaux courants océaniques, les ceintures de mousson, les forêts tropicales, les systèmes éoliens et les régimes de précipitations du monde entier.


La fonte de la calotte glaciaire au Groenland aurait atteint un point de non-retour

Dans cette région du globe qui se réchauffe deux fois plus vite que dans le reste du monde, rien ne semble arrêter désormais la fonte de la calotte glaciaire au Groenland. Les chutes de neige ne parviendront pas à contrebalancer les centaines de gigatonnes de glace qui se déversent dans l'océan, contribuant ainsi à l'élévation du niveau de la mer et mettant en péril la vie de millions d'habitants.

Article de Futura avec l'AFP-Relaxnews paru le 18/08/2020

La fonte de la calotte glaciaire au Groenland semble avoir atteint un point de non-retour. © Marc Pelissier, Adobe Stock

Au Groenland, la fonte de la calotte glaciaire est irrémédiable, selon des scientifiques qui avancent qu'elle continuerait à rétrécir « même si le réchauffement climatique s'arrêtait aujourd'hui » car les chutes de neige ne compensent plus les pertes de glace. « Les glaciers du Groenland ont en quelque sorte franchi un point de non-retour, où les chutes de neige qui reconstituent la calotte glaciaire chaque année ne peuvent plus contrebalancer la glace qui s'écoule des glaciers vers l'océan », a expliqué dans un communiqué l'Université d'Ohio State, où travaillent les auteurs de l'étude publiée par la revue Communications Earth and Environment, le 13 août.

 Le glacier d'Apusiajik, près de Kulusuk, au Groenland, le 17 août 2019, © Jonathan Nackstrand, AFP, Archives

Deux décennies de fonte accélérée 

Le changement climatique pèse lourd sur les glaciers et la fonte de la calotte glaciaire menace des dizaines de millions de personnes à travers le monde. Les rapports alarmants sur la fonte des glaces à travers le gigantesque territoire arctique, région qui se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète, se multiplient depuis plusieurs années.

Cette île de deux millions de km2 (près de quatre fois la superficie de la France), bordée aux trois quarts par les eaux de l'océan Arctique, est recouverte à 85 % de glace. « L'étude confirme les résultats de nombreuses autres études (...) selon lesquels la combinaison de la fonte et du détachement des icebergs explique la grande quantité de glace perdue du Groenland au cours des deux dernières décennies », a résumé pour l'AFP Ruth Mottram, climatologue de l'Institut danois de météorologie (DMI), spécialiste de l'Arctique.

Dans les années 1980 et 90, la calotte glaciaire perdait environ 450 gigatonnes (environ 450 milliards de tonnes) de glace par an, remplacée par les chutes de neige, ont relevé les scientifiques après l'analyse de quelque 40 ans de données. À partir des années 2000, la fonte s'est accélérée, grimpant à 500 gigatonnes mais n'a pas été compensée par les chutes de neige. « La calotte glaciaire du Groenland perd de sa masse à un rythme accéléré au XXIe siècle, ce qui en fait le plus important contributeur à l'élévation du niveau de la mer », souligne l'étude.

 Un petit iceberg flotte à Kulusuk, au Groenland, le 14 août 2019. © Jonathan Nackstrand, AFP, Archives

Le point de non-retour est-il atteint ? 

Toutefois, si la fonte des glaciers groenlandais liée au changement climatique est extrêmement préoccupante, d'autres membres de la communauté scientifique estiment prématuré de parler d'un point de non-retour. « Nous ne savons pas de combien les concentrations en gaz à effet de serre vont augmenter », a expliqué à l'AFP Ruth Mottram.

D'autres membres de la communauté scientifique estiment prématuré de parler d'un point de non-retour

Les résultats publiés dans Nature montrent que « même si nous stabilisions les températures (et les émissions de gaz à effet de serre) au niveau actuel, la calotte glaciaire continuerait à fondre, mais seulement jusqu'à ce que sa taille soit à nouveau en équilibre avec le climat », a-t-elle indiqué.

D'après une étude récente de l'Université de Lincoln (Royaume-Uni), la fonte des glaces au Groenland devrait contribuer à hauteur de 10 à 12 cm à la hausse du niveau des mers d'ici 2100. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l' évolution du climat (Giec) avait estimé, en 2013, que le niveau des mers monterait de 60 centimètres d'ici la fin du siècle.

En outre, la fonte de la calotte glaciaire n'est pas seulement un symptôme du changement climatique, elle est aussi un facteur de réchauffement de la Planète. Lorsque la glace fond, elle est remplacée par l'océan qui réverbère moins les rayons du soleil et les absorbe, accélérant le dégel.

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