L'eVscope d'Unistellar est prêt pour le test. © Unistellar

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Test de l'eVscope d'Unistellar, un télescope 2.0 facile d'utilisation

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[EN VIDÉO] Test de l'eVscope d'Unistellar, un télescope pas comme les autres  Nous avons testé l’eVscope de la startup française Unistellar. EV pour « enhanced vision », vison amplifiée. Doté d’un capteur très sensible, cet instrument d’un nouveau genre, connecté, vous dévoile les objets du cosmos, comme aucun autre télescope peut le faire. 

L'univers des télescopes pour les curieux et astronomes amateurs est en train de se transformer. La nouvelle génération à laquelle appartient l'eVscope de la startup Unistellar est connectée et promet une exploration du cosmos impressionnante avec une grande simplicité d'utilisation. Nous avons fait le test.

Nous avons évoqué plusieurs fois dans nos colonnes le développement de l’eVscope par la startup française Unistellar. Le nom eVscope conjugue Enhanced Vision (EV) pour « vision amplifiée » avec télescope. L'idée des pères du projet, les chercheurs Arnaud Malvache, Laurent Marfisi, Antonin Borot et Franck Marchis, est d'offrir une observation des objets du ciel profond, d'ordinaire difficiles à distinguer dans une lunette ou un télescope classique.

On dit souvent « que la première impression est toujours la bonne ». Cela est vrai avec l'eVscope car, de l'ouverture du carton jusqu'à sa mise en route et les premières observations, le même sentiment demeure : simplicité, qualité, ergonomie et puissance. Unistellar a réussi son pari d'unir dans un seul corps de quelque neuf kilos seulement avec le trépied -- ce qui le rend facile à transporter pour une escapade en famille ou avec des amis --, haute technologie et facilité de prise en main, pour des résultats à la hauteur de ses ambitions, celle de montrer les trésors du cosmos à l'utilisateur néophyte ou expérimenté.

Pour le design, tout est dans l'épure, Unistellar a pris le parti d'un design sobre et d'un encombrement minimum -- à l'instar d'un des maîtres du genre, Apple avec l'iPhone ou l'iMac par exemple qui supprime au fil des versions boutons et des entrées comme le port mini-jack. Tout doit refléter la simplicité. Aussi, point de raquette de commande avec joystick pour piloter le télescope, à l'inverse de tous les télescopes et lunettes motorisés. Tout se passe dans l'application. Et point de chercheur ni d'oculaires interchangeables. Voilà qui tranche avec les télescopes traditionnels, lesquels se sont beaucoup démocratisés en 30 ans.

Caractéristiques techniques de l’eVscope

Compact, l'eVscope possède un miroir primaire de 114 mm de diamètre et une focale de 450 mm. À la place du miroir secondaire au centre de l'araignée (aux pattes assez larges), il y a un capteur Cmos de Sony, le IMX224, sorti en 2014. D'une résolution moyenne (1,2 mégapixel), il a pour avantage sa grande sensibilité.

L'eVscope bénéficie d'un trépied solide avec un niveau à bulle, bienvenu pour un positionnement optimal en azimutal. Point de plateau au centre, sans doute pour diminuer l'encombrement ; il aurait pu être utile pour poser son smartphone notamment pendant sa recharge car Unistellar a eu la bonne idée d'ajouter un port USB 2 à dessein, à côté de l'USB-C.

Ce dernier permet la recharge de la batterie interne via le chargeur fourni. L'autonomie annoncée est de 10 heures. Ce qui est largement suffisant pour une nuit d'été. Pour une longue nuit d'hiver, cela peut paraître juste. Surtout si vous avez choisi de vous éloigner, dans les montagnes ou la campagne, pour observer et que le télescope est très sollicité. C'est pourquoi une batterie amovible serait bienvenue car les amoureux d'observations nomades pourraient s'en offrir une deuxième de rechange pour parer à toute éventuelle pénurie. Par ailleurs, cela permettrait aussi des recharges faciles sans qu'il soit nécessaire de sortir l'appareil à chaque fois de son carton ou de son sac (il existe une version avec sac à dos). Bien entendu, si vous opérez dans votre jardin, vous pouvez toujours tirer une rallonge électrique pour éviter toute coupure.

Description de l'eVscope. 01 : miroir primaire ; 02 : capteur CMOS ; 03 : l'ordinateur interne ; 04 : projection de l'image captée. © Unistellar

Comment se déroule l’observation avec l’eVscope ?

Simplicité et performances sont le credo d'Unistellar. Voyons comment cela se passe.

Pour les néophytes, nul besoin de connaître le ciel comme sa poche ni d'être obligé de positionner le télescope sur l'Étoile polaire comme pour bon nombre d'instruments classiques sur monture équatoriale (lunettes et télescopes). Il est en alt/azimutal et c'est le logiciel interne qui communique avec votre smartphone qui s'occupe de tout. Vous lancez l'application Unistellar (iOS et Android) après avoir basculé sur le réseau wifi du télescope dans les réglages de votre smartphone. Vous visez n'importe quelle région du ciel au moyen du joystick virtuel dans l'appli (il n'est pas évident à utiliser au début) et la reconnaissance des étoiles fait le reste. Cela ne demande que quelques secondes et permet à l'eVscope de déterminer le plus précisément possible sa position par rapport à la voûte céleste. Une fois l'opération réussie, on peut commencer à observer.

Pour cela, direction le deuxième menu en bas de l'appli. C'est là que l'on retrouve les collections d'objets que l'on peut visiter, déclinés par types : galaxies, amas, nébuleuses, etc. La première liste propose les objets recommandés relativement à l'heure et la période d'observation (en effet, on ne voit pas les mêmes toute l'année). Vous en avez un en particulier en tête ou vous ne le trouvez pas ? C'est simple, il suffit de taper son nom directement dans le champ de recherche et le voilà. Et quand votre choix est fait, vous n'avez plus qu'à cliquer sur le « go to », dans la fiche de l'objet... pour y aller.

Le masque de Bathinov fourni par Unistellar. © XD, Futura

Améliorer la mise au point avec le masque de Bathinov

Mais, avant de se lancer, il est conseillé de vérifier la mise au point en faisant appel au « masque de Bathinov ». Cela est nécessaire pour obtenir des étoiles ponctuelles et éviter qu'elles ressemblent à des « patates », comme il est souvent dit dans le jargon des astronomes amateurs. L'opération est très simple. Le masque est à retirer du couvercle du télescope dans lequel il est imbriqué. On le place à l'entrée du tube et on vise une étoile très brillante via l'application. Il ne reste plus qu'à centrer les traits croisés au moyen de la roue située à l'arrière du miroir primaire. Et le tour est joué lorsque l'astre est traversé d'une croix et d'un autre trait au centre comme sur l'image ci-dessus.

L'étoile Véga vue à travers le masque de Bathinov, très utile pour parfaire la mise au point. © XD, Futura

Unistellar vous guide dans vos observations

Vous êtes débutant et vous ne savez pas quoi regarder ? L'eVscope est là pour vous guider. La liste des « objets recommandés » est une bonne entrée en matière. Ils sont tous accompagnés d'une description en français. De quoi vous familiariser avec eux au fil de vos nuits d'observation. Une carte du ciel virtuelle donnant leurs positions par rapport aux constellations serait un plus, surtout pour les néophytes. Mais, nul doute que cela sera au menu d'une version ultérieure. Unistellar a très à cœur de parfaire l'interface et procède régulièrement à des update. Soulignons d'ailleurs la grande stabilité de l'appli qui n'a jamais posé de problèmes et communique parfaitement avec le télescope. Idem avec la connexion Wi-Fi. Et puisqu'il en est question, celle-ci vous permet de contrôler l'eVscope tout en étant assis à plusieurs mètres. Nul besoin de rester tout le temps près de lui pour le piloter.

M13, à gauche après pointage, et à droite, avec le mode "Enhanced View" activé (œil jaune). © XD, Futura

Observer le ciel profond avec l’eVscope

Choisissons de regarder M51, la galaxie des Chiens de chasse, surnommée aussi la galaxie du tourbillon. Les photons collectés par le miroir primaire (concave) sont concentrés sur la caméra Cmos -- une configuration commune aux télescopes classiques sauf qu'ici, il n'y a pas de miroir secondaire. Le capteur les transmet ensuite à l'ordinateur interne logé dans le bras porteur de l'appareil, lequel nous affiche l'objet dans l'écran OLED de l'oculaire, comme si vous regardiez en direct, ou sur votre smartphone via le Wi-Fi. 

Mais ce n'est pas la vision définitive de l'objet. En activant la fonction « vision amplifiée » en mode automatique, l'algorithme dédié dans le logiciel interne -- régulièrement mis à jour dans un souci d'optimiser au maximum les performances -- délivre en quelques instants une première image traitée de l'objet. D'autres vont suivre tant que vous restez sur l'objet, si bien qu'au fil du temps, l'observation s'améliore, et offre des clichés de meilleure qualité. L'algorithme déployé par Unistellar travaille sur l'exposition et prend en compte le fond du ciel perturbé par la pollution lumineuse. Vous avez l'option de conserver les images présentées (en format png) ou de les partager.

Unistellar propose également une alternative au mode automatique. En le désactivant, vous pouvez jouer en effet avec les curseurs gain et temps de pause pour obtenir une image plus personnalisée. Avec l'expérience, vous pourrez devenir un maître en la matière.

L’eVscope compose avec la pollution lumineuse

Tous nos tests ont été réalisés dans le jardin d'une maison située au cœur d'un village et les résultats ne nous ont pas déçus malgré la pollution lumineuse environnante (ce n'est pas autant qu'à Paris bien sûr). Avec un télescope ordinaire, nous aurions eu de la peine à deviner les bras spiraux de M51 et sans doute que les deux bulbes lumineux apparaitraient comme deux pâles et minuscules flocons. Force est de constater qu'avec l'eVscove, et avant même d'opérer une vision amplifiée, nous pouvions déjà distinguer les bulbes centraux et les bras spiraux. Mais, évidemment, c'est encore mieux avec la fonction Enhanced Vision comme le montre l'image ci-dessous.

M51 (Messier 51) observée avec l'eVscope. © Futura, XD

Dans des conditions optimales, par une nuit noire et sans Lune, sous la Voie lactée et confortablement installé dans un site éloigné de la nuisible pollution lumineuse, les observations doivent être encore plus impressionnantes. L'été qui arrive est d'ailleurs l'occasion de se tourner vers la cascade d'objets qui se « cachent » dans notre Galaxie et au-delà : les nébuleuses qui enfantent des étoiles, les essaims de jeunes étoiles, les denses amas globulaires, les nuages sombres, etc.

Aidez les scientifiques

L'eVscope a un autre atout par rapport à tous les télescopes traditionnels : la fonction « Science participative ». Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, le projet est d'associer des observations précises menées avec tous les eVscopes volontaires de la planète pour aider les chercheurs. Par exemple, pour caractériser un astéroïde géocroiseur lors de son passage devant une étoile -- vous devenez un « gardien de la Terre » ! -- ou des exoplanètes transitant devant leur soleil. Une initiative très stimulante qui a pour partenaire le prestigieux Seti Institute. Les premiers résultats scientifiques viennent d'être publiés.

M13 (Messier 13), le Grand amas d'hercule, observé avec l'eVscope. Des dizaines de milliers d'étoiles sont concentrées dans ce célèbre amas globulaire. © XD, Futura

Ce que nous avons apprécié et un peu moins aimé

L'eVscope séduira beaucoup les néophytes, astronomes amateurs débutants, ne serait-ce que pour sa grande simplicité d'utilisation. Cet objectif est atteint. Mais plus encore : plutôt que de se contenter d'une observation directe et classique avec l'optique, Unistellar offre des images de qualité des objets célestes visités. Certes, pas du même acabit qu'Hubble ou des astrophotograhes experts qui ont travaillé de longues heures sur des captures en haute résolution mais, pour qui n'a pas l'habitude de regarder l'univers, c'est bluffant.

L'eVscope est un condensé de technologies et d'intelligence au service de la simplicité. Tout cela fonctionne sans le moindre problème. Pour ce qui est de la visée, l'instrument est très précis, l'objet arrive toujours au centre ou presque. La reconnaissance d'étoiles y veille à chaque nouveau pointage. Son déplacement d'un astre à un autre est plutôt rapide, et ajoutons qu'il ne souffre même pas -- ou alors, il rectifie -- des rafales de vent qui peuvent le faire trembler. Nous avons pu tester avec le mistral : les tremblements créés dans l'image ne sont pas conservés.

Autre aspect bluffant : ses performances dans un environnement où la pollution lumineuse est présente. Nous n'avons pas eu l'occasion de l'essayer dans une grande ville comme Paris, mais les rues éclairées n'ont pas été un obstacle majeur. Qu'est-ce que ce doit être dans une réserve de ciel étoilé par une nuit noire !

La fonction Science participative est une très belle idée. On se sent utile en contribuant à la recherche, quand cela est possible.

Nous avons aimé aussi la fonction « rangement du télescope ». On n'a presque rien à faire : il suffit de cliquer sur ce bouton et le télescope reprend sa position de départ, puis s'éteint tout seul. Ensuite, le rangement se fait très vite : vraiment un jeu d'enfant.

La prise USB-A est une bonne idée aussi. C'est bien vu : en cas de panne de la batterie de votre smartphone, on recharge en toute simplicité.

La recharge de la batterie se fait simplement, mais peut-être serait-il mieux qu'elle soit amovible car cela éviterait de sortir le télescope de son carton pour la recharge.

Observer la Lune avec l'evscope ne lui rend pas justice, en revanche. Vous risquez de préférer un instrument classique, plus habile en vision directe à restituer tous les détails de cet astre proche et très lumineux. Au final, ce n'est pas gênant car ce qui fait l'attrait et le privilège de l'eVscope, c'est son regard unique sur le ciel profond. Et cela, avec une indéniable simplicité.

En partenariat avec les équipes d'Unistellar. 

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