Santé

Le rôle de l'alimentation dans l'ostéoporose

Dossier - Ostéoporose et perte de masse osseuse
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L'ostéoporose correspond à une perte osseuse importante. Cette maladie qui touche souvent les femmes après la ménopause est responsable de nombreuses fractures chez les personnes âgées.

  
DossiersOstéoporose et perte de masse osseuse
 

Véronique Coxam est directrice de recherche à l'INRA de Clermont-Ferrand.  Elle dirige l'équipe « Alimentation, squelette et métabolisme », qui étudie le rôle de l'alimentation dans l'ostéoporose.

Les différents points fragile de l'organisme. © Lightspring - Shutterstock

1 - Quel rôle l'alimentation peut-elle jouer dans l'ostéoporose ?

L'alimentation a un rôle très important à jouer. Pendant des années, les médecins ont prescrit le traitement hormonal substitutif de la ménopause (THS) en prévention de l'ostéoporose. Or le THS présente des effets indésirables. L'AFSSAPS a préconisé qu'il ne soit plus prescrit en première intention pour la prévention de l'ostéoporose. Le corps médical se retrouve donc relativement démuni face à cette maladie. Il existe une demande pour d'autres types de prévention. La nutrition a un rôle important à jouer, bien sûr dans une optique de prévention plutôt qu'en curatif

2 - Que faut-il manger pour éviter l'ostéoporose ?

Jusqu'à présent, nous étions focalisés sur le calcium et la vitamine D. Or, tous les composants de l'alimentation ont un rôle à jouer ! L'os est une trame protéique formée de collagène qui se minéralise. Le squelette a donc également besoin de protéines. En ce qui concerne le calcium, la nature en est très riche. Nos lointains ancêtres avaient ainsi une alimentation riche en calcium et leur organisme devait lutter contre cet excès. C'est pourquoi le calcium n'était pas très bien absorbé.

Aujourd'hui, notre alimentation s'est beaucoup appauvrie en minéraux. Elle est trois fois moins riche en calcium, alors que la barrière intestinale est toujours efficace pour limiter son absorption. La vitamine D est donc indispensable pour l'aider à franchir cette barrière.  Il faut donc éviter les fuites de calcium dans l'organisme. Par exemple, les régimes très riches en sel ou en protéines ne permettent pas une bonne fixation du calcium, et les protéines animales génèrent de l'acidité. Comme l'os est plutôt basique, il est mobilisé pour neutraliser le pH sanguin. A l'inverse, les fruits et légumes sont plutôt basiques ; il faut donc un équilibre entre produits d'origine animale et végétale. Notre alimentation peut également apporter des éléments protecteurs pour l'os : vitamines, lipides, minéraux, oligoéléments, antioxydants... Au niveau cellulaire, l'ostéoporose est en effet un problème d'inflammation et de stress oxydant.

3 - Vous avez travaillé sur les polyphénols et les phyto-oestrogènes. Que sont ces molécules ?

Les polyphénols se trouvent dans le règne végétal. Ils interviennent dans les stratégies défensives de la plante. Il existe plusieurs classes de polyphénols. Les phyto-oestrogènes représentent une de ces classes. La structure des phyto-oestrogènes ressemble à celle des oestrogènes humains. Ils peuvent donc leurrer l'organisme. Les mécanismes sont complexes et pas complètement compris. Les phyto-oestrogènes peuvent se comporter comme des oestrogènes ou avoir l'effet opposé ! Les phyto-oestrogènes se fixent sur les récepteurs des oestrogènes et occupent la place. Ils peuvent donc devenir dans certains cas des « anti-oestrogènes », molécules qui ont fait objet d'un certain engouement. Les phyto-oestrogènes peuvent avoir un effet oestrogénique sur l'os et anti-oestrogénique sur le sein !

4 - Quels sont vos projets de recherche actuels ?

Nous continuons à travailler sur les polyphénols pour comprendre les mécanismes moléculaires de leur action. Nous étudions aussi les lipides et le rôle des oméga 3 et des oméga 6. Dans l'organisme, les oméga 3 et les oméga 6 donnent naissance à des cytokines. Ces molécules sont des médiateurs du système immunitaire. Elles ont un rôle soit inflammatoire soit anti-inflammatoire. Les oméga 3 conduisent à la formation de cytokines anti-inflammatoires. C'est pourquoi on parle beaucoup d'eux dans le cadre des maladies cardio-vasculaires.

L'inflammation est le phénomène qui déclenche la résorption osseuse. En fait, nous nous apercevons que toutes les maladies liées à l'âge ont des mécanismes communs... C'est la raison pour laquelle les recommandations nutritionnelles prodiguées par les scientifiques sont protectrices pour l'ensemble des pathologies dégénératives, telles que cancers, maladies cardio-vasculaires, ostéoporose...

Propos recueillis le 15 juin 2009 par MC Jacquier.