Lors du premier confinement dû à la pandémie de Covid-19, la moyenne française de prise de poids se situe aux alentours de 2,5 kilogrammes. © Tumisu, Pixabay, DP
Santé

Le RV du Dr Cocaul : la Covid-19 et l’obésité rencontre de deux maladies inflammatoires

ActualitéClassé sous :obésité , Coronavirus , Confinement

Nous avons largement entendu l'idée que la Covid-19, acronyme de corona virus disease, pouvait être particulièrement dangereuse en cas d'excès de poids et que les obèses figuraient largement dans les lits de réanimation lors de la fameuse première vague des mois de mars et avril derniers. Cela a contribué à faire davantage paniquer les personnes en obésité, ou en surcharge pondérale, avec entre autres comme conséquence la désertion des consultations médicales.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Confinement : et si on se mettait à la méditation ?  La méditation est un outil thérapeutique dont chaque personne peut apprécier les vertus. Qu'on la pratique seul ou accompagné, elle permet notamment de réduire le stress, l'anxiété, et les risques de dépression. Mais par où commencer ? Il existe plusieurs exercices pour s'initier. Découvrez-en un dans cette nouvelle vidéo ! 

Il faut comprendre que la Covid-19 génère une inflammation réactionnelle dans notre corps. L'obésité elle-même engendre de l'inflammation. Une inflammation sur terrain inflammatoire a tout d'un cocktail explosif. Il aurait fallu non pas générer de la peur et de l'angoisse mais plus orienter nos messages vers de la prévention et inciter les personnes obèses à ne pas se calfeutrer chez elle. La moyenne française de prise de poids lors du premier confinement se situe aux alentours de 2,5 kilogrammes. J'ai même des patients qui ont pris de l'ordre de 20 kilos sur deux mois. Comment expliquer cela ? Par un sentiment d'angoisse aigu qui exigeait pour certains une réponse alimentaire violente et soutenue à défaut de pouvoir parler de son mal-être en raison de la privation de liens sociaux.

Pour certains d'entre nous, l'angoisse de la Covid-19 influe sur notre comportement alimentaire. © StevePb, Pixabay, DP

L'isolement et le confinement sont délétères. Il conviendrait à mon sens de diffuser des messages gouvernementaux sur les différents médias incitant les gens (plus spécialement en obésité) à s'obliger à respecter l'heure de sortie quotidienne en appliquant bien sûr les gestes barrières. Le fait de sortir, de croiser des gens, de voir le ciel, les arbres, permet de temporiser l'angoisse et participe à l'exercice physique qui est l'une des réponses à la diminution de la charge inflammatoire des individus en surcharge.

Vers une montée en puissance des troubles du comportement alimentaire et de l'obésité ?

L'impact psychique de ces deux phases de confinement est très important et encore plus sur des personnes vulnérables. La seconde vague est plus psychologique avec des décompensations psychiatriques énormes.

L’angoisse est présente, nous n’avons guère de visibilité sur le temps où ce virus disparaîtra avant qu’un autre ne surgisse

J'assiste actuellement à une montée en puissance des troubles du comportement alimentaire (grignotage, compulsions sur le sucré, tachyphagie (manger trop vite), hyperphagie (manger trop en volume), boulimie vomisseuse, restriction cognitive (se priver pour contrôler son poids), night eating syndrome (le fait de se lever la nuit pour manger), anarchie des horaires de prise des repas). L'angoisse est présente, nous n'avons guère de visibilité sur le temps où ce virus disparaîtra avant qu'un autre ne surgisse. Le XXIe siècle sera viral. On voit bien que le monde nous échappe même au plus haut niveau du pouvoir politique. Toutefois, on peut agir pour limiter les risques. 

Au niveau alimentaire 

  • On privilégie les aliments anti-inflammatoires. Il convient de mettre des couleurs dans notre assiette avec des fruits et légumes colorés à chaque repas (penser à un arc-en-ciel).
  • On s'achète des épices, herbes aromatiques et on les utilise quotidiennement. Le curcuma, l'ail, l'oignon, le curry, le gingembre, le safran, etc. sont des alliés de notre santé. 
  • On privilégie l'huile de colza, de lin, de cameline, de noix). On limite l'huile de tournesol en raison de son profil plus inflammatoire par la présence d'oméga 6.
  • On incorpore les fruits secs comme les amandes pour les apports en oméga 3 (une poignée fermée par jour).
  • On consomme les petits poissons gras type sardines, maquereaux et gros poissons gras comme le thon, le saumon, une à deux fois par semaine.
  • On limite les viandes à 500 grammes par semaine et la viande rouge pas plus d'une fois par semaine, la charcuterie à 150 grammes par semaine (jambon inclus).
  • Les fruits de mer sont des alliés précieux pour leur richesse en vitamines et minéraux. On découvre les algues.
  • On diminue nos protéines d'origine animale pour aller vers plus de protéines végétales.
  • On limite considérablement les produits ultra-transformés (viennoiseries industrielles, paneterie industrielle, plats préparés, sauces industrielles, boissons sucrées dont sodas, crèmes desserts, glaces, bonbons, etc.)
  • On s'hydrate régulièrement avec une boisson qui nous veut du bien et qui a comme formule chimique H2O, c'est-à-dire l'eau et rien d'autre ! Je suis ébahi par des patients qui me disent être allergiques à l'eau !
  • On consomme quotidiennement du chocolat noir à raison de deux beaux carrés, allié antioxydant, et qui devrait bénéficier d'une vente en pharmacie !
Mettez de la couleur et de la variété dans vos assiettes. © Silviarita, Pixabay, DP

Au niveau du comportement alimentaire

  • On mange frugalement et pour cela on mâche en pleine conscience sans distracteur d'attention comme le portable, la TV. Donc les séries, c'est avant ou après.
  • On mange à horaires réguliers sur une vraie table, bien installé.

Au niveau de la bascule

Plus que la bascule qui reste une bascule avec tous ses défauts, on surveille son tour de taille qui doit être inférieur à 80 cm chez la femme (quelle que soit la hauteur) et 94 cm chez l'homme. Toute prise au-delà doit être combattue par des moyens raisonnables et de l'aide extérieure validée si besoin (médecin, diététicienne, coach sportif, psychologue). Ne croyez pas aux promesses minceurs des publicités télévisées racoleuses (qui aiment surtout votre portefeuille et votre crédulité).

Au niveau du sommeil

On se couche raisonnablement directement dans son lit avant minuit et on dort au minimum six heures trente. Le manque de sommeil fait grossir.

Au niveau activité physique

  • On ne pratique pas de sport durant le confinement mais on se bouge, on sort une heure par jour en marchant rapidement et en travaillant sa respiration.
  • Avant les repas, on respire en inspirant quatre secondes par le nez, bouche fermée en gonflant le ventre, on bloque la respiration sept secondes puis on expire, bouche ouverte huit secondes en creusant le ventre. On renouvelle ces séquences sur deux à trois minutes. Vous allez constater un apaisement bénéfique qui vous incitera à manger plus calmement. Le stress fait grossir surtout dans la région abdominale et génère par ce biais de l'inflammation. 

Donc, oui on peut être acteur de notre santé, diminuer nos profils inflammatoires et ainsi participer à minimiser les conséquences de la Covid si on l'attrape. On peut quand même agir favorablement à notre petite échelle !

En savoir plus sur le Dr Arnaud Cocaul

Le Dr Arnaud Cocaul est médecin nutritionniste, spécialisé dans la prévention de l'obésité et les troubles du comportement alimentaire en général. Il intervient dans les médias autour de sujets concernant la nutrition, et est favorable à une interface avec les médias. Il dispense des conférences grand public toujours dans l'esprit d'être un passeur et a participé à la réalisation d'une application ludique (Serious game) pour mobile, baptisée KcalMe.

Son encyclopédie des super aliments :

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !