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La richesse géologique d'Etosha : le bassin de l’Ovambo, les sources et le calcrète

Dossier - Cent jours en Namibie, un voyage géologique
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Claire König a sillonné la Namibie pendant presque cent jours à la découverte des événements géologiques, des paysages et de la faune fascinante de ce pays d'Afrique. Du Damaraland à la côte atlantique, préparez-vous à un surprenant voyage en Namibie, véritable odyssée dans le désert.

  
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Le parc national d'Etosha, fondé en 1907 et d'une superficie originelle de 93.240 km2, a été réduit cinq fois jusqu'à n'atteindre plus que 22.912 km2 à la suite du plan Odendaal, un report qui a provoqué cinq amendements. Nous verrons comment il s'est formé, quelles sont les sources qui l'alimentent et ce qu'est le calcrète.

Quiver Tree Forest près de Keetmanshoop Namibie. © Bjørn Christian Tørrissen, CC BY-SA 4.0

Le parc national d'Etosha est sans doute l'endroit le plus visité de Namibie : il comporte trois grands campings : un à l'ouest (Okaukeujo), un au centre (Halali) et un à l'est (Namutoni, qui est un ancien fort).

Le bush dans le parc d'Etosha, en Namibie. © Artbandito, CC by-nc 2.0

Un conseil : réservez vos places très à l'avance si vous y allez seuls, les voyagistes sont souvent prioritaires ! Nous y avons passé un mois plein, lors de notre dernier voyage en Namibie, en juillet. C'est alors l'hiver et il ne fait pas chaud du tout la nuit. Il faut un équipement d'hiver pour passer les soirées au bord du point d'eau, puisqu'il faut rentrer avant le coucher du soleil et que nous sommes enfermés dans les camps (à l'abri des prédateurs). Ceci n'empêche pas de voir de magnifiques scènes au point d'eau : lions et éléphants viennent y boire, et nous avons assisté à une confrontation épique entre un oryx et quatre hyènes pendant plus de deux heures, scène très impressionnante, en particulier à cause des cris des hyènes !

Un aperçu de la forêt de Kokerbaum. © Christian König, DR

Etosha, le bassin de l’Ovambo (craton du Congo)

Le développement du bassin de l'Ovambo (craton du Congo) est dû à l'orogenèse des Damara Mountains il y a 600 millions d'années. Il est évident que ces montagnes subissaient une érosion intense. Ce bassin en constituait l'avant-pays et servait de dépôt aux débris d'érosion. Les montagnes atteignaient plus de 5.000 m d'altitude, et actuellement, on en est à 2.000 m grâce à un dôme sous-jacent. Sinon, cette chaîne de montagnes aurait disparu depuis longtemps !

Cette Nama sequence, déposée pendant près de 200 millions d'années, provient des calcaires de la montagne située au sud, et ces dépôts constituent la première couche sur le socle du bassin. Pendant les âges glaciaires du Gondwana, les dépôts de graviers et de sables ont commencé il y a 300 millions d'années, dus aux immenses glaciers qui s'écoulaient dans la région. On trouve des varves lacustres, des dépôts sédimentaires issus de la fonte des glaciers (à Halali par exemple), des conglomérats et des moraines sur le bord sud du bassin.

Puis, lors du climat désertique qui suivit de 170 millions d'années et pendant environ 100 millions d'années, des sables, les Etjo sandstones, se sont déposés. Ils se situent 200 m au-dessous du niveau actuel du sol et n'affleurent nulle part à Etosha. Ensuite, vers 120 millions d'années, le soulèvement isostatique dû à la séparation de l'Amérique du Sud a provoqué une augmentation de pente des rivières qui coulaient dans la région, moins sporadiquement qu'ailleurs à cause du massif karstique se trouvant au sud, qui sert de réserve d'eau. Ces rivières débouchaient dans un immense lac, dont les dépôts forment le fond du bassin actuel.

Le pan actuel est encore de temps en temps un lac, d'une surface de 4.600 km2 à 1.200 d'altitude. Il y a donc encore, un peu, un écoulement souterrain depuis le massif d'Otavi, puisque la différence d'altitude est de 800 m.

Sur le pan d’Etosha, il est possible d’observer une fine couche de dépôt calcaire très dure, le calcrète. © Joachim Huber, CC by-nc 2.0

D'autre part, il arrive que des écoulements viennent du nord, lorsque les affluents du Kunene débordent un peu, comme ce qui se passe dans le bassin de l'Okavango au Botswana.

De 120 km de long et 72 km de large, ce bassin peu profond, très alcalin (beaucoup d'ions sodium et potassium) est aussi rempli par la pluie, et peut rester en eau sur de longues périodes, offrant ainsi une possibilité de nidification pour la plus grande colonie de flamants de Namibie s'il ne sèche pas trop vite (dans ces cas-là peuvent avoir lieu de périlleux sauvetages de tous ces flamants). Il sert aussi de point d'eau à la faune, et les petits cours d'eau permanents venant du sud garantissent la continuité de l'approvisionnement.

Ce lac, tantôt en eau, tantôt sec, forme ce qu'on appelle un désert de sel. À ce titre, il est fortement soumis aux phénomènes d'érosion éolienne, et on trouve des dunes bien marquées dans la partie est du bassin, la région d'Andoni. Pour donner une idée, il tombe, en moyenne, 400 mm eau par an avec une évaporation de 3.000 mm eau par an. En 1981, il n'a plu que 200 mm, mais en 1978, le lac était plein avec 700 mm de pluies.

Petite anecdote concernant Etosha : lors de notre premier voyage en 1991, nous avons eu la chance d'assister à une éclipse de soleil à 13 h 30, c'est-à-dire quand le soleil est presque au zénith, et nous avons vu des ombres en croissant qui tournent avec le temps. Les oiseaux étaient tous silencieux, il faisait très sombre et très frais tout d'un coup. Atmosphère étrange !

Un point d'eau dans le parc national d’Etosha. © Christian König, DR

Les sources, résurgences du réseau karstique du sud

Les sources sont les résurgences du gigantesque réseau karstique du sud, et elles sortent ici parce qu'elles rencontrent les couches argileuses dues aux dépôts glaciaires. Ces eaux s'accumulent donc sur ces couches, et constituent un faible aquifère dans lequel le niveau monte. Quand il déborde, l'eau coule dans le pan, d'autant mieux qu'il y a une ou deux terrasses d'anciens rivages qui font encore une petite pente de trois à quatre mètres, comme à Sueda.

Des roches sédimentaires aperçues à Halali, dans le parc national d’Etosha. © Christian König, DR

Par endroits, la couche argileuse est un peu plus profonde et disjointe du pan. Si elle est un peu incurvée, on a des sources de type artésien, c'est le cas à Klein Namutoni.

Le calcrète, une croûte de calcaire

Le calcrète est une formation typique des régions désertiques ou au climat très aride. En effet, c'est exactement l'inverse de ce qui se produit dans les régions humides, où l'eau qui s'infiltre dissout les minéraux et les emporte vers le sous-sol. Ici, l'eau va de bas en haut à cause du déficit hydrique et, saturée de minéraux dissous lors de son long chemin depuis les montagnes, elle s'évapore, déposant son calcaire en surface. Ce calcaire est extrêmement fin et forme une croûte très dure, la plupart du temps mince.

Une termitière à Etosha. Les termites sont surtout présents dans les pays chauds, comme la Namibie, et ce depuis au moins le Jurassique. © Joachim Huber, CC by-sa 2.0

Ce phénomène quaternaire est présent partout, mais spécialement visible à Kalkheuvel. Il y a été longtemps piétiné par les animaux venant boire à ce trou d'eau permanent, et le calcrète s'est brisé à force de passages et de chocs. Il apparaît maintenant sous forme de blocs blancs. La poussière d'Etosha, due à ce phénomène, est fine et les voitures de touristes, lancées à fond lors de la rentrée au camp, soulèvent des nuages de poussière pénibles pour nous, les plantes et les animaux, mais les touristes ont toujours beaucoup de peine à respecter ce qu'ils visitent, spécialement en Afrique.

Coucher de soleil en Namibie. Les nuits peuvent être particulièrement fraîches dans la région. © Christian König, DR

Les hamadas, que l'on peut aussi voir dans le Sahara, constituaient des passages très difficiles, des plaines interminables de cailloux (pas forcément calcaires) pour les caravanes chamelières.