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Tsumeb et les anciennes mines connues des Bushmen

Dossier - Cent jours en Namibie, un voyage géologique
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Claire König a sillonné la Namibie pendant presque cent jours à la découverte des événements géologiques, des paysages et de la faune fascinante de ce pays d'Afrique. Du Damaraland à la côte atlantique, préparez-vous à un surprenant voyage en Namibie, véritable odyssée dans le désert.

  
DossiersCent jours en Namibie, un voyage géologique
 

La ville de Tsumeb a été fondée en 1905 et compte de nos jours presque 20.000 habitants. Les mines de ce lieu sont extraordinaires par la diversité des espèces minérales qu'on y trouve, fruits d'une longue histoire géologique.

Malachite azurite. © Archbob, CCO

Après avoir fait quelques courses, nous avons dormi dans l'orangeraie au Zum Potje Ristcamp, où le chien de la maison a mangé tout notre fromage ! Ces fermes sont vraiment isolées et doivent se débrouiller : confitures, conserves, volailles et groupe électrogène pour l'énergie (trois heures par jour le soir, pour des questions de coût). Il s'agit de ne pas ouvrir 50 fois le congélateur ! Mais la confiture de figues de barbarie était délicieuse.

La mine de Tsumeb est aujourd’hui fermée. © Potjie, Flickr, CC by-nc-sa 2.0

Les mines de Tsumeb étaient connues des Bushmen : on a retrouvé des fontes de minerai de cuivre datant de cette époque. Ils en faisaient commerce avec les tribus de l'Ovambo. Le premier spécimen connu de Tsumeb est daté de 1860, il s'agit d'un morceau de minerai riche en cuprite. L'université de Berlin reçoit en 1887 un lot de minerais à analyser. L'académie de Freiberg en reçoit aussi. Exploitées par les Européens dès 1893, ces mines ont produit plus de 25 millions de tonnes de minerais, entre 1905 et 1990. La mine a fermé en 1996.

On retrouve certains de ces minéraux à l'Académie des sciences naturelles de Philadelphie et à la Smithonian Institution à Washington dès 1949. Ce gisement incroyable est entré dans l'histoire avec 247 espèces minérales différentes, dont 52 découvertes pour la première fois et 40 espèces spécifiques à cet endroit. Cette mine a produit de l'antimoine, de l'argent, de l'arsenic, du cadmium, du cobalt, du cuivre, de l'étain, du fer, du gallium, du germanium, du mercure, du molybdène, du nickel, du plomb, du vanadium ou encore du zinc. On croit rêver !

La structure de la mine est très particulière. Il s'agit d'un tuyau très étroit de plus de 1.000 m de profondeur et pratiquement vertical, resté longtemps une énigme pour les géologues jusqu'à ce qu'ils admettent que ce tuyau pouvait être de formation karstique.

Donc, il y a 650 millions d'années, la chaîne du Damara commence à se soulever et la dissolution du calcaire commence. Puis, lors de transgressions marines, le tuyau se remplit de sable qui se transforme en quartzite très dur lors des régressions suivantes. Ceci doit sans doute se répéter un certain nombre de fois au cours des 100 millions d'années suivantes. On y trouve aussi quelques brèches d'éboulement. Puis vers 550 millions d'années, les infiltrations d'eaux chaudes et riches enrichissent le puits en minéraux, lors des phénomènes hydrothermaux liés à l'orogenèse du Damara, elle-même due au rapprochement des deux cratons.

Azurite et malachite sont mélangées à l’image. © Euthman, Flickr, CC by 2.0

Le minerai primaire profond (sulfures) fut oxydé et altéré en minerais secondaires (carbonates et oxydes) moins profonds. C'est parmi ceux-ci que se trouvent les plus belles pièces de la collection de minéraux au musée de Tsumeb : azurite, dioptase et malachite. Mais en certains endroits, une redissolution des minerais secondaires dépose à nouveau, plus bas, des métaux natifs, et on trouve ainsi de l'argent, du cuivre et un peu d'or en zone dite de cémentation.